Accueil du site > Musique > 2009 > Dan Deacon - Bromst

Dan Deacon - Bromst

vendredi 27 mars 2009, par Marc

Résisterez-vous à l’énergie ?


Le plaisir à découvrir une musique dépend des conditions d’écoute, on l’a déjà dit. Par un matin pluvieux, commencer sa journée auditive par le crescendo de Build Voice est en tous cas une entrée en matière plus qu’engageante. On y retrouve l’euphorie de la terrifiante pièce montée et centrale de son dernier album Spiderman Of The Rings, avec une forme plus compacte et aussi génératrice de sourire paroxystique. L’album précédent l’avait révélé hors du petit noyau dur de ses fans et gageons que maintenant le public s’élargisse encore. Il est arrivé à maturité, à nous de le cueillir.

Dan Deacon est un petit rigolo de talent. Mais comme toujours dans ces cas-là, c’est quand cette énergie est canalisée que le plaisir est le plus grand. On songe alors à un Caribou sous acide, à Mickey Mouse ayant pris des trucs, à Nathan Fake passé à la centrifugeuse. Du groupe canadien, on retrouve parfois les longs passages, tendus comme du Krautrock, un peu intrigants, qui s’éclaircissent de cloches (Surprise Stephani). C’est dans des moments comme ça qu’on se dit qu’il évolue. Qu’il s’assagit se plaindront sans doute certains, mais les nerfs de beaucoup d’auditeurs s’en trouveront rassérénés.

Mais ce n’est pas ce qui constitue l’ossature de ce Bromst. Ce qui plait surtout, ce sont les moments encore plus paroxystiques comme Get Older. Ou alors les surprises, les montées qui nous prennent avec elles (Snookered) avant de virer au break des plus délirants, soutenu par un martèlement et puis se relancent avec des birbes de voix servant de notes. On se rend alors compte que malgré nous, on a été happés par une musique vraiment barrée mais qu’on n’est pas plus mal à l’aise que ça. Rendre normales les plus purs coups de folie n’est pas la moindre performance du gars de Baltimore. Mais heureusement, tout n’est pas abordé avec le doigt dans la prise. C’est ce qu’on pense sur Padding Ghost, juste avant que l’hystérie ne reprenne le dessus.

Un des ingrédients qui parsèment l’album, ce sont les clochettes. Sur un morceau instrumental, c’est un peu court (Slow With Horns/Run Fro Your Life, Baltihorse) et ils souffrent de ne pas suffisamment se différencier des autres morceaux. Par contre, je suis plus client de ses morceaux abstraits, composés de samples de voix (Wet Wings, Of The Mountains), comme une inquiétante incantation qui partirait en sucette évidemment, et ces changements réussis relancent vraiment l’intérêt. D’une manière générale d’ailleurs, les voix sont souvent en retrait, voire vocodées (Red F.), et semblent se fondre dans l’ensemble. Quand elles ne virent pas au gimmick avec le déconnant Woof Woof et dont l’intro est composé de … (complétez si vous avez suivi) sur un son de basse bien distordu.

Il y a aussi toujours cette couche de synthé qu’on avait rencontré sur les trublions Montréalais de Think About Life dont on est sans nouvelles. Ne le cachons pas, le risque d’éprouver un peu vos nerfs en cas d’inclination moindre n’est pas nul. N’insistez pas si vous n’êtes pas d’attaque, remettez ça à vos séances de dégustation de Red Bull. C’est que les batteries synthétiques sur des voix cartoonesques déjantées et le son un peu casse-tête dégagent une énergie qu’il faut être en état d’encaisser. Mais l’usage d’une certaine distorsion n’est pas pris comme une fin en soi (Ed Banger style) mais en tant qu’ingrédient pour donner de l’épaisseur. Dans un genre plus apaisé et un passé récent, il y a eu aussi les élucubrations shoegaze de Fuck Buttons.

L’album précédent m’avait fait balancer de l’émerveillement à l’énervement. Ce n’est plus vraiment le cas ici. En se recentrant sur un format plus direct sans pour autant se brider, Dan Deacon livre son album le plus abouti à ce jour. Si vous vous sentez d’attaque pour une copieuse décharge d’adrénaline, la folie communicative aura tôt fait de vous emporter.

Article écrit par Marc

Share on Facebook

Répondre à cet article

8 Messages de forum

  • Dan Deacon - Bromst 28 mars 2009 08:52, par Laurent

    C’est très bien formulé ! Moi, "Spiderman of the Rings" m’avait davantage laissé dans l’énervement que l’émerveillement. Après ce compte rendu plus encourageant, on va jeter une oreille moins méfiante à "Bromst". Mmmh, Build Voice, ça c’est fait. On pense effectivement à un Caribou sous LSD, et c’est pas mal du tout. Allez, l’envie est là, m’en vais écouter la suite.

    Répondre à ce message

    • Dan Deacon - Bromst 30 mars 2009 13:27, par marc

      Je continue à penser qu’il "faut avoir la tête à ça" pour en profiter pleinement mais son évolution est encourageante. Vivement la suite donc.

      Répondre à ce message

  • Dan Deacon - Bromst 11 avril 2009 12:59, par Claire

    La pochette est troublante de ressemblance avec In Ear Park de nos tendres DOE. Mmmh ce que j’écoute me plaît bien.

    Répondre à ce message

  • Dan Deacon - Bromst 18 juin 2009 15:39, par ben

    album passionnant de bout en bout. On a beaucoup parlé du Animal Collective et peut-être pas assez de celui-là !

    Voir en ligne : http://poprevuexpress.blogspot.com/

    Répondre à ce message

    • Dan Deacon - Bromst 29 juin 2009 16:18, par Mmarsupilami

      Je découvre l’album un peu tard mais partage entièrement la chronique.

      J’aime ces phrases : "On se rend alors compte que malgré nous, on a été happés par une musique vraiment barrée mais qu’on n’est pas plus mal à l’aise que ça. Rendre normales les plus purs coups de folie n’est pas la moindre performance du gars de Baltimore".

      Ces lignes définissent assez bien le phénomène de la prise de la mayonnaise. Quand ça marche, c’est tout simple, la musique. Mais, dans le fond, pour y arriver naturellement, c’est pas si simple...

      Merci.

      Voir en ligne : Little reviews

      Répondre à ce message

      • Dan Deacon - Bromst 29 juin 2009 16:41, par Mmarsupilami

        Je reviens pour dire que, le terme "cartoonesque" ayant été utilisé, dans le style de délire de la fin de cet album de Dan Deacon, il y a le fameux Fantasma du japonais Cornelius !

        Voir en ligne : chaudement recommandé

        Répondre à ce message

        • Dan Deacon - Bromst 1er juillet 2009 16:51, par marc

          Une telle profusion ne devrait entrainer qu’un mal de tête mais c’est le contraire qui se passe. Etrange mais réjouissant.

          Ne connaissant que des morceaux plutôt placides, je ne classais pas Cornelius dans la même catégorie...

          Répondre à ce message

          • Dan Deacon - Bromst 2 juillet 2009 09:31, par Mmarsupilami

            Exact, Cornelius est ensuite devenu plus "placide" => cfr l’album suivant (5 ans après, en 2002) "Point". AMG : Point might disappoint Cornelius fans used to the previous album’s quick changes and contrasts. Ce qui n’empêche AMG de donner également 4 étoiles, à juste titre, car la rupture s’est faite dans un niveau de qualité maintenu...

            Voir en ligne : Little reviews

            Répondre à ce message

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0