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Sufjan Stevens - The BQE

lundi 19 octobre 2009, par Marc


S’il est bien quelqu’un qui est devenu en un éclair une référence absolue, c’est bien Sufjan Stevens. Il m’a bien fallu des années pour digérer l’incroyable richesse d’Illinoise, album formidable s’il en est. C’est qu’en plus d’être talentueux il est prodige de sa musique. Mais depuis cette lointaine promesse de faire un album sur chaque état américain (il est bloqué à deux…), on a publié un peu tout et n’importe quoi. Le sommet étant un coffret de 5 cd regroupant toutes ses chansons de Noël (mêmes celles qui n’ont pas été produites dans un but avoué de diffusion).

Le projet est ici singulier. Il s’agit de la musique d’un film ayant pour sujet le tristement célèbre (sic) Brooklyyn-Queens Expressway. Le film a été projeté en public avec un accompagnement sonore (la plaque dont au sujet duquel qu’on cause) et sort avec un cd, un DVD (du film, pas du show, vous suivez ?) et un livret de 32 pages. Il sortira même une version vinyle accompagnée d’une bd ayant pour personnage la joueuse de hula-hop du spectacle. Il me faut donc d’ores et déjà préciser que c’est sans le support visuel que cette critique se fait, sur le simple volet musical. Sans doute que c’est bien trop réducteur donc, et que mon jugement en sera influencé. Donc on faisait comme si c’était une nouvelle sortie cd.

Un type qui pense « je vais faire un projet multimedia sur une bretelle d’autoroute et ça va être top » n’a sans doute pas la même acception de l’ambition que vous ou moi. De même, l’emballement des fans pour un projet pareil en dit long sur son incroyable crédibilité. Il est sans doute de bon ton de s’esbaudir devant tant de grâce, mais tout ici semble trop la musique de film sans film (c’est d’ailleurs le cas) pour que la passion me prenne.

On pense par moments à la boursouflure d’Atom Heart Mother de Pink Floyd sur Interlude I : Dream Sequence In Subi Circumnavigation. Remarquez au passage des titres qui se la pètent un petit peu. On est souvent plus proches d’Hollywood que du post-rock pour cette œuvre instrumentale

Il y a des moments où les ambiances s’installent avec succès (Movement IV, non, je ne me résigne pas à les transcrire en entier) et on sent qu’il essaie même d’élargir sa palette en incorporant de l’électronique à certaines compositions alambiquées (movement IV). C’est finalement louable et plutôt bien réalisé même si la luxuriance en ce domaine connait quand même des maitres, de Clark à Amon Tobin et qu’on ne s’en approche pas si facilement. A l’opposé, l’intro ressemble à de drone, ce qui nous prouve au passage que les limites du style de Stevens ne sont peut-être pas où on pensait. Ces incartades introduisent cependant plus de variété que de raisons de s’émerveiller. Le final est évidemment ampoulé mais c’est une des règles du genre

Disons donc que c’est joli tout plein, qu’il y a une ambition non feinte et une ampleur de bon aloi, mais que j’y vois plus l’exercice mégalomane que l’œuvre riche promise. Et c’est un ennui insondable qui a été le sentiment dominant. Sufjan Stevens est une des rares personnes qu’on puisse soupçonner d’un immense talent véritable. Mais si cet arrangeur brillant n’arrange pas ses chansons mais arrange juste des arrangements, l’aspect évocateur ne m’a pas touché. Le faible nombre d’étoiles ne donne pas une idée précise et fiable de la qualité de cet album vraiment bien fichu, mais qui ne m’a vraiment pas passionné. A vous de voir s’il s’adresse à vous. C’est tout le mal que je vous souhaite.

Article écrit par Marc

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