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Xiu Xiu - Dear God I Hate Myself

vendredi 5 mars 2010, par Fred, Marc

Le poids des sentiments


Evidemment, quand la musique se fait moins caressante, c’est la subjectivité qui prend le pas. Et on est bien seul pour décider si ce qu’on écoute est juste mal foutu, ou novateur, ou une arnaque. Quand vient le moment de communiquer ses impressions (un peu le but de ce site), on se doit de faire confiance à son instinct et à l’expérience.

On ne les connait que depuis l’album précédent, mais on n’a pas hésité une seconde à se plonger dans cette suite.

Si vous êtes novices, le premier morceau pourra vous induire en erreur sur leur accessibilité. Mais c’est quand même bien vu de leur part de commencer de façon plus plaisante. Pour les habitués, on est presque surpris d’être aussi à l’aise. Sans doute que les tempos qui ne se relâchent pas nous aident un peu. Des morceaux semblent même sympathiques dès le début (House Sparrow), avec ses nappes de synthés, ses sons de guitare froids et quelques des gimmicks bien sentis. Comment une pulsation continue peut-elle s’immiscer là-dedans ? On a un peu l’impression que l’attente de montagnes russes se transforme en balade ensoleillée. Ce n’est pas désagréable, mais l’organisme s’était préparé.

On accueille donc la complexité d’un Hyunhye’s Theme presque avec soulagement. On est tordus quand même, d’attendre cette comptine dévoyée, ce Disney interrompu par des extraterrestres.

Evidemment, votre sympathie à l’égard de Xiu Xiu dépendra de l’acception ou l’aversion que vous éprouvez pour la voix de James Taylor. Si son timbre de Scott Walker inquiet et survolté vous dérange, ça ne peut pas marcher. Le pathos dans sa voix douce évoquera Peter Gabriel aux fans qui se seraient aventurés dans ces contrées étranges. On n’est pas loin de considérer pourtant que c’est une des attractions de la formation. Et avec son décalage, un morceau presque country-rock devient étrange (Cumberland Gap).

Feu d’artifice ou point culminant, la plage titulaire sort du lot, plus frontale, plus conventionnellement interprétée à première vue.

Cet album nous rappelle encore une fois que rien n’est interdit, les sons electro côtoient les guitares acoustiques et les violons, le tout avec une belle santé, et une intro de piano peut aussi bien faire l’affaire (The Fabrizio Palumbo Retaliation). Et un tempo plus élevé n’interdit pas des moments d’intensité sur Secret Model.

La clôture arrive après 12 morceaux. On aime bien l’intensité du final Impossible Feeling, que n’aurait pas renié les Cloud Cult (toujours pas de concerts hors des USA ?)

On sent le groupe mature (c’est leur 7eme album studio aussi, si on a bien compté), soucieux de ménager l’auditeur sans rien compromettre de sa spécificité. On profitera donc de l’accessibilité d’un Chocolate Makes You Happy, de l’aspect plus plaisant, presque pop de This Too Will Pass Away. On appréciera qu’ils arrivent à maintenir cet équilibre toujours difficile à trouver entre musicalité et approche originale.

On a beau le retourner dans tous les sens, on en revient au subjectif : on aime bien. On aime être touchés, on aime être surpris, on aime être malmenés. Xiu Xiu réussit tout ceci mais seulement au prix d’une certaine patience, d’un certain investissement personnel.

Article écrit par Fred, Marc

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