Accueil > Critiques > 2010

Villagers - Becoming A Jackal

jeudi 27 mai 2010, par marc

L’autre Conor


Une bonne mémoire est souvent utile pour s’y retrouver dans la jungle des groupes qu’on nous propose à longueur de semaine. Quand ces groupes sont découverts en concert, il faut encore plus d’attention. C’est tout seul et muni d’une seule guitare que j’avais découvert Conor O’Brien de Villagers en première partie d’Owen Pallett à Belfast (les hasards de la vie professionnelle). Il convenait mieux en tous cas que le groupe de math-rock auquel on a eu droit lors du dernier passage du génie de Toronto au Botanique.

J’attendais donc quelques chansons bien troussées, classiques, d’un bon goût sur et sans surprise. Et au final, j’ai bien eu ça. Si sur scène je l’avais vu tout seul avec sa guitare, on retrouve dès l’entame d’I Saw The Dead une chanson à strates, avec violon discret, batterie, chœurs, donc tout pour faire monter une chanson.

La voix de Ship Of Promises fait penser à celle de Conor Oberst et on sent qu’on tient là une référence solide, surtout quand la voix s’élève sur Pieces. Le problème, c’est qu’une fois qu’on a reconnu la ressemblance, il est difficile de se la sortir de la tête. D’un autre côté, ça tient largement la comparaison avec les dernières livraisons très erratiques il est vrai) du leader de Bright Eyes. Comme pour ce dernie, on se dit que la sensibilité, c’est une question de limite personnelle, de ressenti. Donc The Meaning Of The Ritual pourra paraitre poignant ou gnangnan selon votre approche. Pour moi, le piège du gentil n’est pas toujours évité (The Pact) mais j’ai pu souvent écouter cet album qui peut distiller de la douceur sans mièvrerie (Twenty Seven Strangers).

C’est amusant comme à des mois de distance, on se souvient d’une chanson comme To Be Counted Among Men. Placé en fin d’album, son minimalisme est bienvenu et on comprend qu’elle se fixe dans la mémoire plus que les autres par son aspect de classique intemporel. C’est encore un point commun avec l’autre Conor. Evidemment, il n’est pas facile de surnager dans le segment du folk-rock sensible. Les qualités d’écriture d’O’Brien sont à ce titre un atout. Et ceux qui se désolent que cette année n’a pas encore livré d’album de Conor Oberst pourront trouver ici de quoi patienter.

http://www.myspace.com/wearevillagers

    Article Ecrit par marc

Répondre à cet article

  • The Decemberists – As It Ever Was So It Will Be Again

    Il y a quelque chose de frappant à voir des formations planter de très bons albums des décennies après leur pic de popularité. Six ans après I’ll Be Your Girl, celui-ci n’élude aucune des composantes de The Decemberists alors que par le passé ils semblaient privilégier une de leurs inclinations par album.
    On commence par un côté pop immédiat au très haut contenu mélodique. On a ça sur le limpide Burial (...)

  • Louis Durdek – Unnamed Road

    Les chanteurs français folk-rock qui s’expriment en anglais sont légion et nous ont déjà valu quelques bons moments. On ajoutera donc le Breton Louis Durdek à une prestigieuse lignée qui comprend aussi des artistes comme The Wooden Wolf, JJH Potter ou Gabriiel.
    Il est très compliqué de se singulariser stylistiquement sauf à quitter le genre, c’est donc la solidité des compositions et de (...)

  • Bélier Mérinos - Triste mais en tout temps joyeux

    On en a connu, des noms d’animaux. Etrange à dire sans doute, mais le nom derrière lequel se cache Geoffroy Pacot correspond plutôt à la musique, fondamentalement champêtre mais dénuée de pittoresque.
    Traduire un paysage en musique est sans doute une des entreprises les plus compliquées qui soient mais ce genre de post-rock bucolique y arrive, avec ce qu’il faut de field recordings et d’arpèges (...)

  • Villagers – That Golden Time

    Villagers, c’est quinze ans d’intense délicatesse. Le projet presque solo de Conor O’Brien nous a depuis longtemps habitués à osciller entre une vraie délicatesse et plus d’ampleur. Celui-ci est franchement évanescent en première écoute, d’ailleurs j’étais un peu passé à côté pour être honnête. Il peut se faire plus lyrique, on le sait.
    Mais même sur Truly Alone, la subtilité est là, avec son petit clavier (...)