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Okkervil River - I’m Very Far

vendredi 13 mai 2011, par Marc

Loin loin


On aimerait ne pas en déduire une tendance de l’année, ne pas sombrer dans la sinistrose et se dire que ce n’est pas une fatalité de livrer des albums en 2011 qui sont inférieurs à leu prédécesseurs. Heureusement, il y a The Antlers et Fleet Foxes qui viendront contredire cette assertion que vient confirmer Okkervil River. Il faut parfois plein de mots pour dire que I’m Very Far est moins bon que ce qu’on connaissait d’eux. Pour ma part, ce sont surtout les deux dernières productions que je connais, avec une nette préférence pour The Stage Names qui a mieux tenu le choc du temps que le plus mitigé The Stand-Ins.

Qu’est-ce qui peut me donner une impression pareille ? Tout semble pourtant en place, Et Will Sheff est toujours un interprète généreux. Mais on trouve assez vite sur son chemin leur morceau le plus léché à ce jour (Piratess). Comme chez Destroyer, le chant apporte un décalage certain, mais comme chez le Canadien, je me sens un peu bloqué sur le pas de la porte, hésitant à entrer dans un morceau où je n’ai pas été invité. On les voit croiser à vitesse stabilisée, dans des rues que Springsteen a déjà arpentées dans des voitures déglinguées (Rider). Ils ont avoué dans une interview à Rif Raf « Je voulais faire un disque qui soutenait la comparaison avec le Colosse de Rhodes ». Cette volonté de grandeur, partagée et mieux réussie par le groupe ami Shearwater, contraste avec quelques morceaux plus-plan comme Wake and Be Fine.

On l’a déjà dit mais on le répète, c’est à l’aune de ses meilleurs morceaux qu’on préfère estimer un album. Sans doute parce qu’on est des gentils. Mais aussi parce qu’on sait qu’on peut les sortir de la masse n’importe quand et passer un bon moment, le reste restant sur le banc sans même devoir s’échauffer. Sachant à quel point je peux apprécier les albums de Shearwater et combien les deux précédents d’Okkervil River, j’ai cherché des morceaux auxquels me raccrocher. Et ils sont arrivés. Ils reprennent le cours ordinaire des choses (comme dirait Jean-Louis) sur White Shadow Waltz, qui rappelle à certains égards le formidable All The Sand In All The Sea de Devotchka sorti plus tôt dans l’année. Je suis en tout cas assez client de cette tension. We Need A Myth est aussi fort bon, partant plus lentement, avant de vraiment s’exprimer quand les violons entrent en scène, et puis terminer dans l’expressivité la plus pure. Will Sheff n’est pas un adepte de la retenue, on le savait. Malheureusement, ces deux morceaux s’enchainent en milieu d’album, lequel retourne à sa fausse torpeur. Comme souvent chez eux, j’ai un avis moins tranché sur certains morceaux comme The Rise, pour lequel je suis passé du ‘non mais oui’ au ‘oui mas non’ et retour.

Sympathique et pas renversant, voilà ce qu’est devenu la constance d’Okkervil River. C’est qu’inconsciemment, on le classe avec Shearwater, groupe qui vise (et atteint) l’émotion systématique. Ma grandeur est ici un peu plus factice, et si deux morceaux se révèlent marquants, on ne peut que mesurer l’écart qui se creuse entre les deux formations amies. Et si on sait qu’on n’a pas à choisir un camp, on sait aussi que la comparaison est de plus en plus cruelle pour la bande de Will Sheff.

Ce n’est pas Benjamin de playlistsociety qui me contredira sur ce coup-là

Article Ecrit par Marc

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