Accueil > Musique > 2011 > Man Man - Life Fantastic

Man Man - Life Fantastic

lundi 30 mai 2011, par Marc


« La pochette m’a bien fait rigoler », c’est ce que je serais obligé de répondre si on me demandait de dire avec sincérité pourquoi je me suis procuré cet album. Un bon album de pop délirante, ça peut toujours servir. Avoir un sourire au premier degré est un plaisir et doit le rester. Visiblement, les protagonistes du jour sont connus pour leur énergie scénique excentrique. Cette énergie versatile plaira sans doute aux amateurs de Menomena, Cloud Cult ou Modest Mouse. D’ailleurs, quand on se renseigne un peu, on apprend qu’ils ont tourné avec ces derniers. De plus (mais c’est une coïncidence), la voix du chanteur Honus Honus (oui oui, ce sont de petits comiques) rappelle celle de Dan Brock. Comme ils viennent de Philadelphie, j’ai pensé aussi aux délires bien plus libres et exigeants de leur concitoyen Dan Deacon.

Une attitude, un ton, voire un concept c’est bien, mais nettement insuffisant pour assurer l’intérêt. Pour ça, il faut des morceaux, de l’intensité, ce que les trois groupes cités peuvent produire sans trop de difficulté apparente. Sans se hisser aux sommets, on peut compter sur de vrais bons moments comme Bangkok Necktie.

Pourtant, tout commence comme un pur morceau pop un peu neuneu. Il faut laisser le temps faire son œuvre, et se laisser emporter par le flot de leur imagination. Mais dès le second morceau, on change d’atmosphère. Ces variations persisteront jusqu’au bout en restant crédible à chaque fois, passant par le steady-rock emballé, sautillant à souhait de Dark Arts à une balade de bastringue (Haute Tropique) en passant par le plink-plink d’Eel Bros, tout en étant prêts à partir comme un seul homme sur la plage titulaire.

C’est de la pop progressive, de la liberté gravée, de l’euphorie placide, de l’organisation foutraque, du délire propre sur soi. Shameless ne se permet que peu d’incartades sur le mode progressif aux vrais extraits de clavier. C’est le morceau lui-même qui est au centre des préoccupations, même si sur la longueur tout ne sera pas mémorable. Et puis au passage, on remarque que ce n’est pas uniquement un collectif de petits rigolos. Dans la pop travaillée, ma mémoire fatiguée m’a ressorti Aqueduct comme point de référence.

La liberté est une qualité quand elle est jumelée à l’envie de prendre ses responsabilités pour en profiter. D’un abord libre et sans complexe, Man Man définit une personnalité propre et attachante, avec de vraies qualités d’interprétation et d’écriture. Il parait que c’est sur scène que ce collectif donne sa pleine mesure, et je veux bien le croire. Mais les albums ne sont pas que des prétextes à partir en tournée mais fournissent une matière première solide. Si vous êtes désespérément en quête d’un album pour briser la mélancolie, ce pourrait être celui-ci.

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

1 Message

  • Shearwater - The Great Awakening

    En général, quand plusieurs années passent entre deux albums, on se demande à quoi les artistes ont consacré leur temps, tout simplement parce que leur emploi du temps nous est inconnu. Nécessité faisant loi, Jonathan Meiburg s’est lancé sur Patreon, ce qui a pour effet secondaire de nous connecter avec son actualité. En plus de donner accès à des reprises minimalistes qui, filmées et enregistrées au téléphone, touchent souvent au sublime.
    Si plus de six années se sont déroulées depuis le dernier album (...)

  • Midlake - For The Sake of the Bethel Woods

    Vous faisiez quoi il y a 9 ans, vous en étiez où ? C’est une question oratoire (même si une réponse dans les commentaires est possible). Forcément, si la plupart des membres de Midlake présents sur Antiphon sont encore là, les choses ont changé, nous aussi, eux aussi. Et ils ne sont pas restés inactifs, on se souvient avoir croisé Eric Pulido seul en tant qu’E.B. The Younger ou avec toute la bande et plein d’invités sur le très chouette projet BNQT.
    Bethel Woods, c’est l’endroit où a eu lieu le festival (...)

  • Emily Jane White – Alluvion

    Jusqu’à son excellent album précédent, c’est dans ces lointaines ressemblances que la toujours pertinente Emily Jane White puisait sa singularité. On les cite donc parce qu’on n’en fera pas l’économie : Bat For Lashes, Marissa Nadler, voire Lana Del Rey. Voilà, vous savez où vous mettez les oreilles. Mais maintenant, quand on se demande à quoi ça nous fait penser, c’est surtout aux très bons albums précédents de la Californienne. Parce qu’elle a toujours su tracer son propre chemin et elle fait maintenant (...)

  • Cloud Cult - Metamorphosis

    Le spectaculaire ne devient pompier que quand il est mal fait. C’est une leçon que connait bien Cloud Cult, la formation du Minnesota menée par Craig Minowa. On pense d’abord les retrouver dans une volonté plus intime avant que ce Metamorphosis prenne définitivement son envol.
    La voix est plus éraillée que jamais et il y a toujours une profondeur chez eux, un questionnement qu’on ne retrouve que peu ailleurs avec la même acuité. Le tout avec un violon qui vrille, une façon d’instiller l’émotion par (...)