Accueil > Musique > Concerts > Dour, 15/07/2011

Dour, 15/07/2011

samedi 16 juillet 2011, par Marc

This Is Hardcore


Cette année, je ne fais pas l’impasse complète sur les festivals, comme ce fut le cas l’an passé. Et à choisir, ce vendredi de Dour était bien alléchant. Comme il s’agit d’une seule journée, c’est assez tôt qu’on arrive sur un site sensiblement agrandi. Oubliez le festival folklorique, Dour s’est hissé au niveau des meilleurs au niveau installations et organisation.

La première artiste du jour sera donc Anika, à qui on peut prêter une oreille vraiment neuve. La voix grave et l’accent anglais métallique rappelle immanquablement Nico ou Soap & Skin. La basse dub apporte le décalage et l’originalité. La journée commence donc doucement avec un nouveau nom. On la quitte dans une version monotone du très long et terrifiant Masters Of War de Bob Dylan. Drôle d’idée.

Pour se mettre vraiment dans l’ambiance, et que la musique prenne le dessus sur l’envie de flâner au soleil légitime dans cette ambiance chanceusement estivale. C’est le duo californien Two Gallants qui s’en chargera. Même si on est sans nouvelles d’eux depuis longtemps et si visiblement les chansons sont toujours les anciennes, l’abattage, la voix rauque et les histoires de sueur et de sang restent pétrifiantes sur scène. Merci les gars.

Histoire de varier les plaisirs, on ira aussi voir Bibio. La variété est bien là, et ses collages sont soignés, mais le set au beau milieu de l’après-midi peine à décoller. Mais tient mieux son rang que Papa Roach, pour qui l’accumulation de clichés semble un sport.

Le phénomène est fréquent en festival, on va voir un groupe parce que le nom évoque vaguement quelque chose. Bien franchement, je ne sais plus d’où j’ai pu connaitre cette fusion hard/hip-hop (en fait, une petite recherche nous indique ceci). On part donc relativement vite. Et comme on n’a pas perdu l’esprit ludique, c’est vers la Cannibal Stage qu’on se dirige. Et on a bien raison, le set des Californiens (encore) de The Ghost Inside est assez délirant, et se déroule dans une ambiance détendue et motivée. Pogo géant, jeune public montant sur scène pour éructer dans le micro du ‘chanteur’, stage-divings, appel d’un grand nombre de spectateurs sur scène, on comprend mieux l’engouement pour ce metal. C’est notre seule incursion de l’année dans ce monde parallèle et franchement, c’est réjouissant.

Plus attendue était la prestation des Texans de This Will Destroy You. Le post-rock qui a délaissé les arpèges qui les faisaient trop ressembler à un autre groupe d’Austin (Explosions In The Sky) fait maintenant la part belle à l’épaisseur du son. C’est moins captivant que sur album peut-être, même si leur maitrise fait plaisir à voir. On se laisse porter, on apprécie.

Si j’avais déjà vu The Do en concert, c’était pour leur album précédent. A l’époque (ici et ici), c’était surtout leur usage de bandes enregistrées, imposée par un casting réduit (trois personnes sur scène). La tendance s’est bien inversée. Avec un personnel doublé, tous les morceaux reçoivent un traitement spécial, augmenté et enrichi. L’intention est louable, et fait d’ailleurs souvent mouche, mais on a parfois l’impression d’entendre des interludes. Mais il faut être honnête, ce concert montre une belle maturité et convainc.

Plus mitigé sera mon sentiment pour Mogwai. On savait que le dernier album était trop linéaire et pas passionnant, qu’ils restaient pertinents en concert, grâce à un son toujours au top. Mais là, je dois dire que si l’intention de faire évoluer leur post-rock pour éviter les clichés, enlever tout le spectaculaire n’est pas la meilleure des idées, surtout en festival. C’est surtout frustrant quand le final Glasgow Mega Snake claque comme un hymne.

Les reformations, ce n’est pas ce qu’il y a de plus excitant. On n’est pas là pour réécrire l’histoire, mais les années 90, ce furent les leurs pour beaucoup de monde dont je suis. Le risque d’être déçu était donc important. Surtout qu’il y a dix ans qu’on est sans nouvelles. Mais les prémices (incrustations laser, logo clignotant) sont encourageantes. Et puis il y a Jarvis. Rarement ai-je vu quelqu’un tenir une scène de la sorte. Bondissant, cabotin, la diction assurée, il fait le show. Do You Remember The First Time ? entame les hostilités. Oui, je me souviens de ma première fois avec Pulp. C’était il y a longtemps, mais c’est resté. Evidemment, les albums His ‘n Hers et A Different Class constitueront l’essentiel de la setlist. Les seules exceptions étant This Is Hardcore et un morceau du mésestimé We Love Life que je n’ai pas identifié. Evidemment, le public est connaisseur, là pour ça, mais je me surprends à me retrouver au milieu de gens qui connaissent (aussi) Acrylic Afternoons par cœur. Les titres emblématiques enflamment évidemment (Disco 2000, Common People) et achèvent le public. Ne me demandez pas la moindre objectivité concernant Pulp. Ne me demandez pas de bouder mon plaisir non plus.

Plus actuelle et inclassable est la musique de Deerhoof. Décousue et bruyante, elle est plus compréhensible sur scène, où leur attitude joyeuse fait passer leur art-rock anguleux bien mieux. Si je n’envisage sans doute pas de succomber à leurs albums, je sais que j’irai les revoir, leur abattage est vraiment rare.

J’ai beau me creuser la tête, je ne vois pas une meilleure façon de mettre définitivement la pleine à genoux après une journée pareille qu’un live saignant de Vitalic. C’est ici qu’il s’était révélé définitivement au public Belge et malgré un album plus disco moins marquant, il montre qu’il est le meilleur pour envoyer, tout simplement. Les morceaux fournissent la basse, mais sont traités sur un mode musclé qui fait mouche. Toujours. A chaque fois. C’est imparable. Si on ajoute les morceaux qu’on a découverts suite à son live (hé non, j’ai raté ce concert de l’AB) comme Anatoles, il est strictement impossible de résister. Il salue la scène puis retourne liquider les bouts saignants de My Friend Dario. Et puis revient pour un rappel. Puis pour un deuxième. Puis pour un troisième (un remix de Sabali d’Amadou et Mariam). Puis un quatrième. La foule qui est partie a laissé de la place, et ceux qui restent se déchainent. Non, je ne vois pas de meilleure façon de conclure un festival.

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

4 Messages

  • Dour, 15/07/2011 17 juillet 2011 23:16, par Mmarsupilami

    Même si ce genre d’article me donne toujours envie, j’ai pris la décision de ne plus fréquenter tous ces festivals. Quel cirque tout de même, non ? Et à l’encontre de nos philosophies ?
    Serment d’ivrogne, je te le dis, Marc !
    Bonnes vacances, à part ça !

    repondre message

    • Dour, 15/07/2011 18 juillet 2011 23:43, par Mathusalem

      Sincèrement ravi de t’avoir revu...Un peu triste aussi que tu aies raté 13&God samedi...The Notwist mêlé à Themselves, un groupe de Hip-hop ? L’idée pouvait, de prime abord, paraître saugrenue (Quoique cette configuration ait déja deux albums et quelques EP à son actif)...Mais le mélange est plus qu’homogène, cela relève même de la synergie, pour un peu on en viendrait à penser que 1+1=3...LE concert du samedi donc. En ce qui concerne dimanche, c’est la petite maison dans la prairie qui semble avoir largué les amarres pour décoller vers le monde onirique des soeurs Casady, Une atmosphère magique, à la fois proche et éloignée de celle des albums que, par ailleurs,j’apprècie déjà beaucoup...Bref, suis tombé sous le charme de Cocorosie en live.

      repondre message

      • Dour, 15/07/2011 18 juillet 2011 23:43, par Mathusalem

        ...Et bonjour chez vous !

        repondre message

        • Dour, 15/07/2011 23 juillet 2011 15:08, par Marc

          @Mmarsupilami

          Oui, de fait, c’est vraiment un cirque et ils tendent à tous se ressembler. Mais une journée comme ça, avec plein de groupes que j’aime bien, en bonne compagnie et sous le soleil, c’est une pure journée de détente que je ne me vois pas bouder

          @Mathusalem

          Très content de t’avoir revu aussi. Tu n’es pas le seul à m’avoir dit du bien de 13 and God. Il y avait du bon tous les jours à Dour on dirait. Ce festival est vraiment irremplaçable.

          D’ailleurs, les images sont prêtes, je fais un autre article pour injecter un semblant de vie en cette période très calme. Les critiques reviennent, ce sera pour la semaine prochaine. A bientôt donc !

          repondre message

  • Okkervil River + Jawhar, PIAS, 29/03/2018

    Ca faisait un peu de temps qu’on n’avait plus parlé de concerts ici. D’autant plus que le temps avait manqué pour relater les deux derniers déplacements. L’endroit du soir est nouveau puisqu’on découvre le siège de PIAS, qui abrite aussi un très bel assortiment de vinyles et une salle de concert intime et accueillante.
    Le programme était pour nous un ’double bill’, ce genre de proposition qui associe deux artistes qui nous sont chers. Ajoutez à ça l’autorisation de prendre des images et quelques amis et (...)

  • Albin de la Simone, Nuits botanique, 11/05/2017

    Le plaisir de la découverte fait évidemment partie de ce qu’on aime en concert mais on ne boudera jamais une valeur sûre. Jamais on n’a été déçus par Albin de la Simone et il va garder son brevet d’invincibilité.
    Ce jeudi lance donc les Nuits Botanique et comme tous les ans, une belle programmation, une bonne ambiance et sans doute une météo mitigée.
    Cette bonne ambiance nous a fait rater le début de la prestation de Mathias Bressant . On ne peut pas dire que les regrets sont immenses. Sa prestation (...)

  • The Dears, Plants and Animals, Botanique, 21/02/2017

    D’habitude, les compte-rendus de concert sont écrits avant que les photos ne soient disponibles. Cette fois-ci pourtant, il n’y en aura pas. Pour la première fois en dix ans et après une centaine de concerts (à vue de nez), mon ami l’appareil photo n’a pas été autorisé à entrer avec moi...
    Mais bon, on était là pour écouter de la musique surtout et on n’a pas été déçus de ce côté-là. L’affiche du jour était en fait double, et d’une certaine cohérence. Plants and Animals et The Dears partagent certes la même (...)

  • Jeanne Cherhal, Théâtre 140, 20/01/2017

    Il est bon de temps en temps de revoir en concert ceux qui nous enchantent sur disque. Et le dernier Jeanne Cherhal avait confirmé ses bonnes dispositions. Sa très longue tournée maintenant clôturée passant par notre capitale, il était plus que tentant de reprendre contact avec le Théâtre 140.
    La formule piano-voix ne permet pas d’approximations, et quand le talent le permet, c’est souvent un grand moment que peuvent nous offrir Frida Hyvonen, Moonface, Alina Orlova, Soap&Skin ou Pierre (...)