samedi 17 décembre 2011

Simple et beau
Dans les denrées pas rares, il y a ce qu’on appelle les singer-songwriters. Mais rassurez-vous, cette variété présente suffisamment de représentants singuliers pour que le plaisir soit renouvelé. Dans le cas qui nous occupe, Low Roar est le projet de Ryan Karazija, habitant de San Francisco qui a eu la bonne idée de déménager en Islande. L’idée semble en tout cas bonne parce que le résultat, imprégné de cette délicatesse nordique, est tout simplement délectable.
L’ami Ryan ne se cantonne pas aux instruments traditionnels du troubadour. Dès le troisième morceau, Nobody Else marque le basculement, l’entrée dans un autre domaine, sur des sphères fréquentées par Sebastien Schuller ou The Antlers. Tant qu’on en est à évoquer les similitudes, on pense quePerfume Genius aurait pu lui aussi accoucher (forcément péniblement) de Just a Habit. Et une voix un peu plaintive sur un tapis minimal, c’est la certitude d’évoquer Thom Yorke. La réussite de cet album de Low Roar, c’est aussi cette propension à garder l’émotion et la fragilité intacte avec des sons pas toujours organiques. Pourtant, seul Puzzle là¢che les beats. Ce qui n’en fait pas un morceau mémorable, mais apporte une petite touche de différence, donne de l’épaisseur au propos.
Le reste est donc plus économe de ses effets, pour que les cordes impeccables de Patience puissent ressortir avec la grà¢ce voulue. Mais même sans ça, avec le strict minimum, et pour peu que vous ne soyez pas d’humeur rococo, il peut emporter la mise (Low Roar, Because We Have To). Give Up, c’est quoi ? Un arpège, une nappe de violon synthétique, un peu de clavier, et une voix simple et touchante. Et ça donne quoi ? Un morceau qui couve, qui plonge immédiatement dans une ambiance mélancolique et sobre, qui donne envie de s’y lover. L’album vous a déjà happé, c’est trop tard. Tout disparait autour, y compris la déception récente de Loney Dear (la ressemblance est flagrante sur Help Me) qui semble n’avoir servi que de mise en bouche pour ceci. Because We Have To est tout à fait dans cette lignée, avec le frisson que le Suédois ne nous a pas apporté cette année.
Friends Make Garbage (Good Friends Take It Out) présente une étrange mise en son puisque la guitare présente un souffle de radiocassette quand l’écho sur la voix suggère un enregistrement de qualité. Mais quand on ne s’intéresse pas à ce genre de détail, c’est simple et beau. Vous l’aurez compris, cet album s’écoute mieux qu’il ne se décrit.
2011 était une année qui manque peut-être de têtes d’affiches évidentes mais qui aura été comme toujours riche en découvertes. Il n’y a qu’à se rendre disponibles, tendre l’oreille aux bons endroits. La liste des auteurs qui pratiquent dans leur coin une musique intime et attachante est presque sans limite. Mais si le genre vous plait, je peux vous recommander Low Roar sans hésitation. Notamment parce qu’il arrive à sortir des poncifs des chansons qui sont simplement bien écrites et interprétées (ce qui est déjà énorme) pour varier les ambiances et les moyens. Dans votre récolte pour l’hiver, ce premier album est à garder pour le feu (le coin du feu, hein, il ne faut pas le brà »ler non plus…). Dans la foulée, il n’est pas interdit de penser que c’est une des productions les plus réussies de 2011.
Un extrait gratuit d’argent sur bandcamp : http://lowroar.bandcamp.com/track/tonight-tonight-tonight-edit
L’album peut s’acquérir ici : http://tonequake.com/archives/roster/low-roar
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