Accueil > Musique > 2014 > Mogwai - Rave Tapes

Mogwai - Rave Tapes

lundi 20 janvier 2014, par Marc


On avait cru comprendre que Mogwai (prononcer ‘mogwé’, c’est bien plus rigolo) allait se consacrer au son, et l’intuition se révèle correcte. On l’avait deviné aux derniers albums et à cette soufflante BO pour Les Revenants, lente et troublante, qui les replace en créateurs d’ambiance. Pour le coup, cette série peu dialoguée pourrait presque passer pour un clip géant du groupe écossais.

Heard About You Last Night pourrait continuer cette veine, et leur maitrise peut aussi se mesurer à des détails, comme la façon qu’ils ont d’utiliser le feedback de la guitare avec une précision folle pour installer une ambiance.

On se demandait aussi s’ils ne seraient pas un excellent backing-band, comme Silver Mt Zion qui avait rendu les derniers albums de Vic Chestnutt tellement splendides. Mais l’incorporation complète des voix n’est pas achevée. Il y a bien des voix vocodées (The Lord Is Out Of Control) ou parlées (Repellish), mais ce n’est pas trop excitant même si l’ironie du propos est assez savoureuse. Alors qu’on pensait avoir tout compris, ils nous plantent un Blues Hour de toute beauté, le seul morceau où l’intégration de voix ne tient pas du gadget. C’est peut-être une piste à suivre pour le futur. Parce que oui, on peut aussi se tourner vers le futur avec cet album.

Certes, ils ne passent plus pour des champions de la testostérone (voyez du côté de Russian Circles si vous aimez ça), ou des loopings, mais ils restent très populaires. Parmi ceux qui se précipitent sur les places de concert (ils restent très populaires), combien n’y vont-ils que pour revivre les émotions fortes de, disons, Like Herod ? C’est ça le paradoxe d’un groupe qui reste pertinent tout en s’éloignant de ce qui l’a rendu célèbre.

Donc, on guette les raisons de s’enflammer et on les trouve, quand ils se lancent dans le presque rétro-futuriste Remurdered qui prouve qu’ils ont encore la force de frappe nécessaire pour réveiller n’importe quel morceau. Pour le reste, on passe comme sur les albums précédents du plus poussif (Simon Ferocious) au plus gratifiant (No Medecine For Regret)

On aurait tort de sous-estimer Mogwai, de hausser les épaules en constatant la froide perfection de leur musique. Ils utilisent leur énorme expérience et leur science du son pour repousser chaque fois plus loin les frontières de leur genre. Ce n’est pas une révolution, ça ne le sera sans doute jamais, mais on ne peut nier qu’il y a une vraie évolution là-dessous. Le frisson n’est plus le but, ni même un moyen, mais on a depuis longtemps fait son deuil de ces sensations-là (sauf en concert).

http://www.mogwai.co.uk/

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

  • L&S - When the Vowels Fall

    Anthony Laguerre et G.W. Sok sont parmi les artistes qu’on rencontre le plus en nos colonnes, ensemble (chez Filiamotsa ou Club Cactus) ou séparément, en tant qu’artiste solo, chez Piles, chez pour l’un, en tant qu’intervenant chez Oiseaux-Tempête, Unik Ubik, Baby Fire ou Coddiwomple pour l’autre. Cette fois, le batteur créatif et le vocaliste inspiré ont décidé de faire les choses ensemble du début à la fin, et de le faire en grand. Flanqués de Jean-Michel Pirès (The Married Monk, Bruit Noir), Eric (...)

  • Monolithe Noir – Rin

    Quand on a appris l’existence de Monolithe Noir à l’annonce de cet album, l’oreille a tout de suite été accrochée et les témoignages live qui existent ont franchement impressionné. La lecture des titres nous renverrait plutôt chez Yann Tiersen. Le clin d’œil mis à part, ce qu’a produit le Breton récemment n’est pas si éloigné et puis la Bretagne et ses paysages sont une source d’inspiration ici. On trouve ce qui nous avait attirés chez eux, ce dialogue permanent entre structure et textures et puis une vraie (...)

  • Russian Circles - Gnosis

    On ne s’en rendait pas vraiment compte, mais le gros son saignant de Russian Circles nous avait manqué. Si le post-rock s’exprime en des dizaines de sous-variétés, celle plus musclée du groupe de Chicago nous a toujours été chère. S’ils ont visiblement un peu changé leurs habitudes d’enregistrement sur leur huitième album, composant dans leur coin avant de mettre en commun, force est de constater que ça ne change pas radicalement la donne, et c’est très bien comme ça.
    En effet, les accords sont sombres, (...)

  • Goodbye, Kings - The Cliché of Falling Leaves

    Avec un line-up pléthorique, et un album articulé en plusieurs parties et un support visuel dansé, le groupe milanais Goodbye, Kings est visiblement ambitieux. Mais si le résultat est forcément ample, il sait garder une taille humaine et accessible.
    Comme on s’y attend aussi au vu du thème (en gros, l’enchainement des saisons, les morceaux présentent des personnalités différentes, même si le rapport aux saisons ne saute pas aux oreilles immédiatement. Après une longue introduction de rigueur, la (...)