Accueil > Musique > 2015 > Godspeed You ! black Emperor - Asunder, Sweet and Other Distress

Godspeed You ! black Emperor - Asunder, Sweet and Other Distress

samedi 11 avril 2015, par Marc


L’aura d’un groupe est un concept un peu compliqué à appréhender, mais quelle que soit la définition qu’on en a, il faut constater que celle de Godspeed You ! Black Emperor est assez démesurée. Sans doute un peu grâce à son casting pléthorique ou ses albums intransigeants et tellement évocateurs qu’ils se permettent d’être engagés à une époque où plus un artiste ne n’est (ou si peu).

Et puis ce groupe a pu toucher au sublime sur quelques pièces bien senties. Sleep est un des rares morceaux purement instrumentaux qui peuvent tirer des larmes. C’est de la musique classique si les orchestres symphoniques jouaient de la guitare électrique avec des tournevis. Ceux qui connaissent un peu la discographie savent de toute façon ce qu’on peut attendre d’eux, limitations comprises. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, c’est l’ensemble qui est grandiose, et l’analyse détaillée ne rend que peu justice à sa grandeur. On avait été un peu surpris par leur retour en concert, puis sur album. Ce n’était donc pas qu’une éruption momentanée, mais la confirmation de mouvements tectoniques de plus grande ampleur.

Selon leurs standards, cet album est plutôt court, tenant sur un simple vinyle (alors que les autres étaient plutôt des ‘doubles’). Articulé en quatre parties, il est la mise à forme finale d’un morceau déjà joué en live que les fans appelaient Behemoth. Cette séparation en morceaux n’est pas arbitraire puisqu’il y a une véritable progression dans cet album. De la lumière à l’ombre à la lumière pour simplifier.

Donc procédons par ordre. Vous êtes au calme, tout va bien. Mais le calme ne dure jamais longtemps chez GodspeedI . Le morceau d’introduction prend donc logiquement ses aises, un peu pompier certes, mais d’une indéniable élégance. C’est une bataille mais rangée, pas une guérilla urbaine. Puis ce sera le silence, le calme. Enfin non, rien n’est jamais silencieux, et le calme est toujours trompeur. Lamb’s Breath s’apparente à du drone, un paquet de son compact et étiré à la fois. Du son, encore et toujours, épais comme un boding et constitué de restes de guitare qui vrombissent, de violons dénaturés. Asunder Sweet n’apportera pas de spectacle. On se terre, on ne sait pas trop si on doit être angoissé ou rassuré.

Vient alors Piss Crowns Are Trebled, morceau le plus ‘classique’ en leur chef. Est-ce la fête, la libération ou une autre guerre qui se lance ? Impossible à dire. Mais quand la formation frappe, elle le fait plus fort que n’importe qui. C’est puissant, très puissant (oserait-on dire ‘Wagnérien’ ?). On sort des abris et on contemple cette fin d’album somptueuse.

Vous l’aurez compris, cet album ne s’adresse pas à ceux qui se contentent de picorer. Deux (longs) morceaux de musique qui entourent deux (longs) morceaux de son (il y avait déjà ça sur l’album précédent), c’est comme ça que s’articule cet album qui ne perturbera pas les fans mais pourra décourager les novices. Godspeed était de retour, il se réinstalle définitivement.

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

  • Monolithe Noir – Rin

    Quand on a appris l’existence de Monolithe Noir à l’annonce de cet album, l’oreille a tout de suite été accrochée et les témoignages live qui existent ont franchement impressionné. La lecture des titres nous renverrait plutôt chez Yann Tiersen. Le clin d’œil mis à part, ce qu’a produit le Breton récemment n’est pas si éloigné et puis la Bretagne et ses paysages sont une source d’inspiration ici. On trouve ce qui nous avait attirés chez eux, ce dialogue permanent entre structure et textures et puis une vraie (...)

  • Russian Circles - Gnosis

    On ne s’en rendait pas vraiment compte, mais le gros son saignant de Russian Circles nous avait manqué. Si le post-rock s’exprime en des dizaines de sous-variétés, celle plus musclée du groupe de Chicago nous a toujours été chère. S’ils ont visiblement un peu changé leurs habitudes d’enregistrement sur leur huitième album, composant dans leur coin avant de mettre en commun, force est de constater que ça ne change pas radicalement la donne, et c’est très bien comme ça.
    En effet, les accords sont sombres, (...)

  • Goodbye, Kings - The Cliché of Falling Leaves

    Avec un line-up pléthorique, et un album articulé en plusieurs parties et un support visuel dansé, le groupe milanais Goodbye, Kings est visiblement ambitieux. Mais si le résultat est forcément ample, il sait garder une taille humaine et accessible.
    Comme on s’y attend aussi au vu du thème (en gros, l’enchainement des saisons, les morceaux présentent des personnalités différentes, même si le rapport aux saisons ne saute pas aux oreilles immédiatement. Après une longue introduction de rigueur, la (...)

  • Shadow Universe - Subtle Realms Subtle Worlds

    La Slovénie n’est pas seulement la terre d’élection de certains des meilleurs cyclistes de l’époque, elle est aussi le terreau de formations de post-rock. C’est ce que nous apprend cette sortie du label Monotreme en tous cas. L’auditeur sans doute connaisseur rencontrera de belles densités dès le premier morceau. On pense forcément à Mono (la grandeur d’Organism), mais les sons peuvent se faire plus métalliques, renvoyant à des choses comme Russian Circles. Le post-rock reste bien le royaume des (...)

  • Metric – Fromentera

    Il est troublant de noter le retour de Metric quelques semaines après celui de Stars. On associe mentalement les deux groupes de Toronto parce qu’ils sont contemporains, que les chanteuses ont toutes deux participé à des albums de Broken Social Scene et surtout parce qu’ils ne nous ont jamais vraiment déçus.
    On sait tout de suite qu’on ne le sera pas cette fois-ci non plus grâce à Doomscroller. Leur caractéristique, c’est la tension de toute façon et elle est bien là. Ajouter des beats sans tomber (...)

  • Spencer Krug - Twenty Twenty Twenty Twenty One

    Même s’il y a eu quelques années fastes, même Jean-Louis Murat ne se montre pas aussi productif que Spender Krug. Lui qu’on a croisé avec Wolf Parade, Sunset Rubdown, Swan Lake et Moonface avec ou sans Siinai officie depuis l’an passé aussi sous son propre nom. Fading Graffiti n’avait pas laissé un souvenir impérissable. Mais connaissant le bonhomme, on savait qu’il ne faudrait pas attendre longtemps pour qu’il nous revienne en meilleure forme. Et disons-le d’emblée, c’est le cas ici
    Sans doute que le (...)

  • Stars – From Capelton Hill

    On a toujours eu besoin de Stars. Que ce soit conscient ou non. Ce n’est pas un appel impérieux, non, mais chaque livraison nous fait replonger. Issus de la grande vague canadienne du début du millénaire, ils s’en distinguaient un peu en tempérant l’indie héroïque du temps par une pop rêveuse mais toujours directe.
    C’est quand ils chantent tous les deux qu’on a leurs moments les plus caractéristiques. Et on aime cette douceur, cette mélancolie qui enveloppe Back To The End, la très belle mélodie de (...)

  • Arcade Fire - WE

    On ne va pas refaire inlassablement le match mais il faut quand même rappeler que la suite des trois premiers albums qui se sont imposés comme des classiques a vu le super-groupe de Montréal produire un album copieux et inégal qui comportait ses fulgurances puis un exercice plus cohérent mais qui restera comme un point noir de leur discographie. Peu de morceaux surnagent d’Everything Now et la très Abba-esque plage titulaire est quand même loin des standards de ce qu’on a aimé chez eux. Ils (...)