Accueil > Musique > 2017 > Vitalic - Voyager

Vitalic - Voyager

mercredi 25 janvier 2017, par Marc


Quand il est question d’électronique ici, c’est surtout en tant que composante d’un mélange, toujours à la lisière d’un autre genre, disco, post-rock, pop, folk. L’hybridation est moins poussée ici puisque Vitalic est resté un de nos plaisirs même pas coupables dans la musique qui n’a pas peur d’être efficace et d’en appeler aux sens.

A l’inverse de Daft Punk, une de ses références pas cachées du tout, Pascal Arbez garde le cap de l’electro, n’essayant pas de revendiquer la couronne mainstream de la sono mondiale. On pourrait aussi parler de références Italo-disco pour être complets mais une des caractéristiques est qu’il arrive toujours à produire un son identifiable. Toujours très clean mais avec un peu de patine (sans doute aidé par l’usage de matériel analogique), une ligne mélodique toujours présente, parfois même de façon très vintage (El Viage).

S’il est souverain sur les plaines de festivals et en concert, les albums sont souvent un peu en retrait. Certes, OK Cowboy présentait assez d’imparables tueries pour rester, mais les deux autres n’ont pas marqué les mémoires, trop linéaires (Flashmob) ou un peu trop frustres (Rave Age) pour convaincre durablement. Peut-être en sera-t-il autrement ici, vu qu’il a gommé ce qu’on aimait moins sans perdre ce qu’il le distinguait.

On retrouve donc son goût certain des progressions d’accords mineurs, avec une densité du son qui encapsule la mélodie (Eternity). Pour faire un album non enclavé dans une niche commerciale trop réduite, il faut visiblement quelques voix. Il va donc en chercher quelques-unes et la pêche n’a pas été mauvaise (en tous cas bien meilleure que la fois précédente). Le son reste costaud, empêchant Waiting For The Stars d’être mièvre. On savait depuis un certain remix bien saignant de Who Is It de Björk qu’il pouvait garder le niveau quand les vocalistes sont bons.

On ne rangera sans doute pas Miss Kittin dans cette catégorie mais bien honnêtement, elle susurre comme elle le faisait à l’apogée du mouvement electroclash et cette petite touche presque rétro est bien à sa place. Il aurait même pu se passer de Mark Kerr (oui, le frère Jim Kerr de Simple Minds) sur Use It or Lose It mais ça reste très solide. Tout comme la lente lourdeur de Sweet Cigarette, moment de diversion pour un album pas intégralement sudoripare. Mais on se dit qu’une fois livrés en public, il y a des chances qu’on se range plutôt du gros méchant beat de Nozomi ou des réminiscences rave de Lightspeed.

Il se fend même d’une reprise de Don’t Leave Me Now de Supertramp (mais si, Guillaume Gallienne qui tombe dans la piscine…). On ne retrouve évidemment pas le potentiel d’émotion pure de ce grand morceau mais cette version entre dream-pop vaporeuse et synthés hors d’âge ne manque pas de tenue.

Il n’y a qu’à voir les préventes de sa tournée pour se rendre compte que Vitalic n’a pas été oublié. Evidemment pas pour des albums qui trustent les premières places des classements de fin d’année, mais qui sont une prise de repère avant des soirées ou des concerts, son terrain d’expression idéal. A part le Daft Punk des grands jours, il n’y a pas plus fédérateur pour entériner une bonne journée de festival (il revient à Dour cette année, je dis ça je dis rien…). Boum dans la face, paf tes genoux, hop ta tête, la musique de Vitalic est histoire d’onomatopées et on se surprend chaque fois à aimer ça. Que celui qui ne boit que des grands crus et jamais de boisson énergétique nous jette la première pierre.

http://vitalic.org/

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

2 Messages

  • Vitalic - Voyager 30 janvier 2017 17:53, par Mouss

    Une bien belle critique qui illustre parfaitement ce que peut représenter Vitalic depuis ces 10 dernières années !
    Pour l’avoir vu à l’aeronef de lille vendredi dernier, effectivement vivement Dour :-)

    repondre message

  • Vitalic - Voyager 9 mars 2017 12:55, par ItsSoItsSoHard

    "Il aurait même pu se passer de Mark Kerr (oui, le frère Jim Kerr de Simple Minds) sur Use It or Lose It mais ça reste très solide."

    Moi je trouve que les vocals de Kerr sonnent très justes par rapport à cet excellent morceau. Le chant est très détaché, semble ailleurs, et s’ajoutent ni trop, ni pas assez à un ensemble neo-retro clairement onirique, sur le même modèle que l’excellente Fade Away. Ça pour moi c’est du grand, du très grand Vitalic.

    repondre message

  • Déclic Vol 1 : Mutant

    Parfois le contexte d’un album est plus complexe à détailler que le contenu lui-même. Ici, ce sont deux collectifs de Caen, Collectif Toujours et Neuvième Ruche qui ont rassemblé des artistes électroniques (musiciens mais aussi chorégraphes) et ceci est le produit de leur collaboration. Pour l’exhaustivité, citons les noms des artistes impliqués : Nömak, Canblaster, Gauthier Toux, Samba de la Muerte, Philippe Boudot, Morgane Carnet, Nils Peschanski, Neysa Barnett.
    Difficile donc de discerner les (...)

  • Yann Tiersen - 11 5 18 2 5 18

    Il y a plusieurs carrières dans la carrière de Yann Tiersen, ou à tout le moins des périodes, qui s’entrecroisent, reviennent aussi parfois. On ne va pas refaire le parcours à chaque fois mais si on l’a laissé sur des albums au piano et d’inspiration bretonne, on a aussi beaucoup apprécié son approche du post-rock.
    L’origine de cet album remonte à la préparation d’un set pour le festival Berlinois de synthé modulaire Superbooth. Il en a profité pour se plonger dans les pistes de son album récent Kerber de (...)

  • !!! - Let It Be Blue

    Pour un groupe qui semblait se placer dans une mode, !!! (on peut dire tchik-tchik-tchik quand on cause) a une remarquable longévité. Qui plus est, s’ils sont restés fidèles à ce qui fait leur spécificité, un groove irrésistible et la marque de glande internationale de Nick Offer. Ils ont de plus ajouté sur leurs dernières parutions une dose de mélancolie de dancefloor de très bon aloi et on est contents de la retrouver ici. Le ressenti les rend plus intéressants.
    Une oreille distraite aurait sans (...)

  • Plastikman and Chilly Gonzales - Consumed in Key

    Plaquer du piano sur un album électro semble une idée improbable. Mais repousser les limites de l’improbable semble une mission de tous les jours pour Chilly Gonzales. Il a ici jeté son dévolu sur un classique electro de Plastikman (un des prête-noms du génial Richie Hawtin) sorti en 1998 sous la houlette d’un troisième comparse canadien, Tiga.
    Si j’ai usé l’incunable Transitions, acte fondateur minimal, je n’ai jamais plongé plus avant mes explorations du maitre. Une erreur sans doute partiellement (...)