Accueil > Critiques > 2021

Paradoxant - Earworm

mardi 9 mars 2021, par Marc


Ce qu’on appelle earworm est ce type de morceau qu’on n’aime parfois pas mais qui s’accroche à la mémoire, reste tenacement en tête malgré tous les efforts pour l’en chasser. Gageons que ce nom d’album est donné par dérision. Parce que de scie musicale pop, il n’en est pas vraiment question sur ce premier album du projet d’Antoine Meersseman du groupe BRNS, accompagné pour l’occasion d’Antoine Pasqualini et Romain Bernard. Les qualités indéniables de cette sortie Humpty Dumpty sont en effet à chercher ailleurs comme on va le voir.

Si on est assez peu au fait de l’activité de BRNS, au point d’avoir loupé leur album de 2017, Sugar High, on en sait suffisamment pour dire que ceci se place dans sa lignée. A commencer par cette fausse lenteur. Mais la lourdeur est encore supérieure, ce qui participe du plaisir. Et ils arrivent à se servir de cette lenteur pour installer une ambiance, servis par un grand talent pour tailler du son, usant occasionnellement de distorsion (Rebirth). Cette maîtrise est même bluffante sur Faster.

C’est aventureux, certes, mais solidement charpenté. Les explorations se font sur fond de kraut et si ce n’est pas vintage dans la démarche, ils usent simplement les sons qui conviennent le mieux au style. Ils revendiquent des cousinages avec Suuns, Clinic ou Liars et c’est plutôt bien vu. Même si on admet qu’il y a toujours de la distance entre la musique qu’on écoute et celle qu’on fait, c’est clairement ce genre de sillage-là qui est suivi.

Tant qu’à ajouter des références ambitieuses, on peut sans crainte ajouter Deerhunter pour cette propension à tailler du neuf dans de vieux costumes et à ne jamais être obscur tout en osant être sombre. Ce rapprochement d’intention est manifeste dans les moments plus légers comme Dead Beat où les voix bidouillées apportent un peu de légèreté. Mais le genre se prête aussi aux poussées d’intensité comme Sometimes ou à des écarts à la fois dark et groove sur Ha ha ha ha.

Le chant volontairement effacé, rendant le style encore plus discret mais on devine que si ce n’est pas destiné à de hautes rotations radiophoniques, les esprits plus curieux auront matière à apprécier. Avec le recul, ce projet se place assez clairement dans la lignée de celui de l’autre groupe d’Antoine Meersseman tout en poussant le curseur vers plus d’expérimentation et de mélanges réussis.

    Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

  • The Imaginary Suitcase - Alone, we go faster. Together, we go further (...)

    Dix ans déjà et maintenant dix critiques de notre côté (on se place tout de même comme exégètes officieux), c’est le temps de la célébration. Pour fêter ça, ce n’est pas vraiment le genre de la maison de sortir une best-of pour les fêtes. Par contre, profiter de l’occasion pour retrouver des collaborateurs qui l’ont accompagné, c’est bien plus le genre de Laurent Leemans. Regarder dans le rétroviseur pour (...)

  • Sïan Able - Veni Vidi Sensi

    D’accord, un premier EP qui plait, c’est un bon début mais confirmer avec un bon premier album, c’est l’étape cruciale d’une carrière. Donc Sïan Able (anagramme de son vrai nom Anaïs Elba) passe la vitesse supérieure et son talent ne se dilue pas dans la taille d’un album.
    On l’a déjà dit, les styles plus soul ne sont pas nécessairement ceux qu’on goûte le plus. Pourtant on l’avait tout de suite adoptée, (...)

  • Van Den Bear - No Plan Survives First Contact (EP)

    On n’a pas deux fois l’occasion de faire une première impression. Fort de ce poncif, le Bruxellois Antoine Van den Berg entame son troisième EP avec fracas, comme une version (forcément) soft d’A Place To Bury Strangers, déflagrations comprises. La voix est clairement l’argument principal mais ce n’est fort heureusement pas le seul. On peut donc convoquer sans honte des références au bel organe parce (...)

  • Auguste Lécrivain - Noir Quart D’Heure

    Sans qu’on sache trop pourquoi ni comment, les artistes francophones deviennent plus nombreux en ces colonnes. Et logiquement, la diversité est au rendez-vous. Si on vous a parlé de ceux qui brouillent les frontières et les genres, ce jeune artiste belge se situe dans un versant résolument traditionnel. Mais n’allez pas en déduire que c’est daté, le son et les influences un peu bossa viennent (...)