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Benjamin Biolay - Le Disque Bleu

mardi 18 novembre 2025, par marc


Sans doute que le doute fait partie du processus artistique de Benjamin Biolay, ce serait logique. Mais il faut reconnaitre qu’il cache bien ces potentiels obstacles par une productivité qui ne cesse d’étonner. L’Album Bleu, en réalité, ce sont carrément deux album distincts. Le premier s’appelant Résident, le second Visiteur. Ils mettent en exergue deux facettes de son talent et de ses aspirations qui ne sont pas toujours alignées avec les nôtres comme on va le voir.

Il y a de l’ambition donc, mais surtout les moyens nécessaires pour lui donner corps. Le premier volet est dans la lignée de ses deux dernières réalisations, denses et très orchestrées. Le niveau reste élevé, avec au passage quelques franches réussites, comme Le Penseur sur lequel ils se pose des questions existentielles en mode léger. On connaissait les violons de Juste Avant de Tomber et on les retrouve avec plaisir ici. C’est un mélodiste doué, et des morceaux comme Soleil Profond ou Testament le prouvent encore. Et il se permet aussi de mettre en musique Oh La Guitare d’Aragon.

Sans doute que Pauline Partout, Justine Nulle Part est peut-être une protest-song, mais elle est sacrément cryptique, il n’y a que Jean-Louis Murat pour assumer un tel degré de WTF qu’on retrouve aussi sur Au Ranch. Cet aplomb est un signe patent de confiance.

Si les références à Gainsbourg étaient sans doute pesantes au début de sa carrière, il les embrasse maintenant, avec des hommages qui frisent le pastiche. Ou le clin d’oeil appuyé, à vous de voir. Par exemple, les sons de guitare, les progressions d’accords de Morpheus Tequila auraient pu se retrouver sur L’Homme à la Tête de Chou. De même, Résidents, Visiteurs. Morceau de transition entre les deux albums et qui est une claire référence au Cargo Culte.

On a déjà confessé notre appétence limitée pour les rythmes sud-américains. Le minimalisme chaloupé de Mes Souvenirs, Mauvais Garçon ou Chanson de Pluie n’est pas notre tasse de cachaça. Il s’attaque à l’incunable Les Passantes de Brassens. Cabrel est déjà passé par là avec bonheur, rendant moins indispensable cette relecture fidèle aux cordes non indispensables. Il habite Sète, ce qui est sans doute une bonne raison de s’y frotter. Mais d’une manière générale, le temps nous a semblé long sur ce second volet. Tout est impeccables convenons-en mais le style pratiqué n’est pas ce qu’on préfère. C’est pas toi, c’est moi comme on dit dans les ruptures. Sauf que ce n’en est évidemment pas une.

La longueur de cet album est un signe positif de l’envie énorme de Benjamin Biolay, de son appétit intact. Evidemment, se lancer dans une écoute de près d’une heure et demie est ambitieux, surtout si on admet qu’une partie des morceaux nous est moins adressée. Mais il n’en reste pas moins qu’il maitrise son sujet comme personne.

    Article Ecrit par marc

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