Accueil > Critiques > 2025

Louis Jucker – A Pharmacy of Songs

vendredi 28 novembre 2025, par marc


Difficile de concevoir une carrière parallèle aussi éloignée de son groupe de base que celle de Louis Jucker en marge des saignants Coilguns. On n’avait pas appréhendé cet écart au moment de relater Suitcase Suite et le croiser plus tard derrière l’album d’Elie Zoé. Mais on en prend toute la mesure avec cet étrange objet.

Désolé d’avance pour la longue mise en place, mais cet album, ou ce projet est assez singulier. Louis Jucker a d’abord commencé à s’entretenir avec des personnes qui lui ont décrit ce qui pouvait être considéré comme des problèmes sentimentaux, personnels ou autres. Lesquels pouvaient donner lieu à des ‘remèdes’ qui ont pris la forme de chansons. De chansons pour autant de diagnostics imaginés. Il y aura outre la trace sonore dont on va parler un livre de 200 pages qui reprendra toutes les solutions chantées, classées par ‘symptômes’. On n’a pas vu à ce stade le produit fini même si on est officiellement intrigués.

Les chansons seront disponibles sur une sorte de juke-box virtuel qui jouera une petite VHS de la chanson mais aussi sur support vinyle...

Deux heures de musique pour 50 morceaux. Oui, on a tout écouté et beaucoup aimé. Non, on ne va pas détailler tout ici. Prenez 10-15 morceaux (ça en fait des combinaisons), même au hasard et vous aurez un album qui vous rappellera (peut-être) que vous avez écouté Baby Bird, il y a longtemps.

Mais pour vous donner une petite idée, voici un petit échantillon de ce que vous pourrez y entendre. C’est en tous cas de l’indé pur jus, tendance lo-fi, forcément centré autour de l’écriture. Plutôt minimaliste mais jamais cheap. On aura apprécié le petit chorus de Bullshit Radio parce que cette musique s’accommode fort bien d’un peu de distorsion (Claim It Back) ou d’un beat bondissant (The Brocki Beat). On entend une voix plus proche de celle de Coilguns (oui, c’est la sienne aussi) sur Be An Artist, donnant une impression de Beastie Boys. Etrange.

Avec autant de morceaux, l’amplitude est forcément grande. Si on a beaucoup aimé aussi les petites perles tristounes comme Stimulus Bodygard, on a aimé être déroutés par le groove paradoxal (limite breakbeat) et les sons étranges de You’ll Want This One To Stop comme on s’est laissé aller pour les arpèges insistants de Trust Your Gills ou les guitares fuzz de I Heard You Fell. La pharmacopée de l’artiste helvétique est en tous cas une copieuse et ambitieuse œuvre musicale, sans aucune limite de posologie.

https://www.louisjucker.ch/jukebox

    Article Ecrit par marc

Répondre à cet article

  • Tender Ender – Black Swan

    Le plaisir musical vient aussi de l’inattendu, de variations qui semblent infinies à partir de choses connues. C’est un peu ça qui nous a plu chez le Suisse Thomas Schmidiger. Sa voix assez assez expressive, plus proche des standards soul à la Benjamin Clementine que des organes typiques du landerneau indé alors que musicalement on est sur quelque chose de plus oblique et atmosphérique.
    Il a (…)

  • Patrick Watson - Uh, Oh

    Quelques semaines après la sortie de cet album, vous en connaissez sans doute la genèse mais pour la traçabilité, rappelons qu’un soir de 2023, en concert à Atlanta, la voix de Patrick Watson l’a complétement lâché. Et pas qu’un peu, il s’est retrouvé muet du jour au lendemain avec peu d’espoir de guérison. L’idée d’un album chanté par des artistes féminines a alors germé et une fois sa voix (…)

  • Kisu Min – Rudolf Steiner House

    Le nom de ce groupe polonais signifie ‘Embrasse-moi’ en esperanto et on peut dire que ce caractère direct se retrouve un peu sur cet album. Il montre en tous cas une belle agilité pour mêler des aspirations un peu froides à des envies plus brouillardeuses. Ce ne sont certes pas les premiers à tenter et réussir le crossover (on pense à The Day) mais ils apportent leur propre touche, à la fois (…)

  • Comley Pond - The Old House

    On vous avait déjà parlé de cette formation française à l’occcasion d’un EP sympathique qui montrait de belles dispositions. On change résolument de braquet ici avec 21 titres pour 40 minutes de musique. Mais la longueur n’est pas la seule évolution, la consistance et la constance sont aussi de la partie.
    Et puis il y a un concept, on peut voir cet album comme une visite de maison (forcément (…)