mercredi 17 décembre 2025

Si je vous dis que le thème de cet album de la chanteuse américaine Lindsay Anderson est la relation tumultueuse entre les peintres surréalistes Leonora Carrington et Max Ernst, vous pensez sans doute à un album conceptuel ou un musical. Revenez, il n’en est rien. Lancé par le mystérieux The Wolf qui nous avait alléché, Forgiving est un album ample et plaisant qu’il n’est pas facile de complétement cerner.
Parce que sur le papier l’écart peut sembler grand entre le combo piano/batterie qui soutient Last Show et des choses plus vaporeuses comme Map Room et No Place. Dans ce large espace prennent place aussi bien la belle électricité du plus percussif Forgiving ou la guitare blues de Down Below qui confère une teinte floydienne. Sa voix peut aussi évoquer Beth Gibbons sur AWOL. Bref, un large spectre où vous trouverez forcément chaussure à votre pied.
Dès l’entame du quatrième album de l’Américain Ron Gallo, on sait, on sent qu’on écoute un album centré sur l’écriture. C’est ce ton tongue-in-cheek qui séduit, ces circonvolutions qui n’éludent pas une fulgurance ou l’autre, avec d’étonnants matras comme "it’s not too late/we’re not yet fucked/there is still somewhere left to run" sur le Fantasy qui semble prolonger de façon moins prétentieuse (et donc bien plus sympathique) l’oeuvre narquoise d’un Father John Misty.
Appuyé par sa partenaire Chiara (celle de Santa Chiara visiblement), il nous gratifie presque d’une conversation, d’une rendition sincère de ses états d’à¢me. Sobre musicalement, il trouve le ton juste pour poser un peu de hautbois sur le soyeux. Feel-it-All Phase. De quoi pénétrer en douceur et avec facilité l’univers d’un singulier auteur de notre temps.
Quoi de mieux pour donner un nouveau coup de projecteur sur un album qu’un EP qui le prolonge ? C’est ce que proposent The Ultimate Dreamers dont on avait apprécié Paradoxical Sleep cette année. Si on retrouve avec plaisir des morceaux comme Kids Alone, Spiritchaser ou Deafness dans des versions un peu modifiées, ce sont surtout les remixes plus profonds qui valent le déplacement.
Il y a plus d’espace sur la version de Wegvliegen (oui, toujours en néérlandais) de Kinex Kinex et ça envoie le morceau dans une autre dimension, tout comme la plus spectaculaire relecture de Kids Alone par la Suédoise Aux Animaux ou la plus logique mais percutante version plus électronique de Spiritchaser par Mà„NGELEXEMPLAR. Bref, de quoi augmenter le plaisir ou découvrir une formation attachante de notre paysage cold.