Accueil > Musique > 2006 > Lisa Germano : In The Maybe World

Lisa Germano : In The Maybe World

vendredi 22 décembre 2006, par Marc

Si vous voulez de la douceur


"Concert annulé pour cause de comportement enfantin". C’est sous ce prétexte bizarre que plusieurs dates de la tournée américaine de Lisa Germano ont été supprimées. J’ai profité du remboursement de ma place pour me procurer son dernier album en date. Dommage, le souvenir d’un concert d’il y a dix ans me promettait une bonne soirée.

Il y a une douzaine d’années que je suis Lisa Germano. Bien sûr, je ne la piste pas à la trace, mais le souvenir vivace de Geek The Girl, son meilleur album à ce jour en fait un des éléments de ma discothèque idéale. Petit bestiaire, monde imaginaire peuplé de bizarreries sonores et de trouvailles en tous genres, cet opus millésimé 1994 n’a pour seul défaut d’être arrivé beaucoup trop tôt, dans un monde musical encore vrombissant et récoltant moins de succès que ses succédanés comme Coco Rosie dix ans plus tard. Ce n’est finalement pas grave pour ceux qui la connaissent et l’apprécient.

Cette ancienne violoniste de John Mellecamp a tout d’abord tâté de la pop avec une certaine réussite (Puppets est une grande chanson) avant de se laisser aller à des choses plus personnelles. Très personnelles mêmes puisque je ne vois rien qui s’approche de sa musique. Faite de douceur extrême mais totalement dénuée de mièvrerie, elle est une invitation à la rêverie. Cette voix unique, qui chuchote presque plus qu’elle ne chante est un gage d’intimité.

Certes, l’album est court (moins de 34 minutes) mais finalement, c’est la dose idéale pour ne pas lasser. Et puis rien ne vous empêche de le passer en boucle. C’est ce que je suis en train de faire d’ailleurs. Sociétaire du grandissant club des "chanteuses-que-c’est-pas-top-dans-leur-tête", Lisa Germano s’en distingue par des orchestrations cotonneuses, limitées mais jamais minimales. Un orgue, des cloches discrètes, le renfort de la guitare de Johnny Marr (ne vous attendez pas à reconnaître l’ancien guitariste des Smiths), fort peu de batterie, un minimum de violon, elle tisse des toiles, enrobe sa voix unique. J’aime ça, vous en seriez-vous douté ? Mais il faut bien être conscient que le contexte doit être à l’avenant. Au calme (j’ai essayé au volant, j’ai tenu trente secondes), l’esprit apaisé, un pot de glace est bienvenu. Je m’en voudrais donc de conseiller cet album à tout qui n’est pas porté sur la langueur.

Si cette voix semble porter toute la lassitude du monde, les mélodies qui la portent, plus insidieuses qu’il ne paraît au premier abord, la mettent bien en valeur. Rien à siffloter sous la douche ne se trouve sur ce premier disque depuis 2003. Familier avec son univers, j’ai tout retrouvé du charme. Pas de projection dans le temps, juste un pas de côté par rapport à tout ce qui se fait d’autre. Pas pop puisque pas séducteur, pas folk puisque trop éthéré, pas froid parce que trop humain, je n’arrive pas à classer Lisa Germano. Disons qu’elle a sa place dans des moments de ma vie. Celui-ci en est un et je suis content qu’elle soit là. Ne comptez pas sur elle pour appuyer une déprime, elle est juste là pour apporter de l’apaisement, pas de la noirceur. Avec en plus cette distance qui lui permet de dire ’Go to Hell/Fuck You’ sans jamais apparaître cavalière.

Cet album peut aussi paraître un rien uniforme mais de brusques changements de rythmes ou de climats n’auraient pas convenu. Too Much Space est cependant un rien au-dessus et elle termine ici comme sur la plupart de ses albums sur un titre plus aéré. Donc si vous voulez une pause dans ce monde de brutes, Lisa Germano est là, avec son attirail d’intimité. (M.)

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

  • Of Montreal - Freewave Lucifer fck

    La carrière d’Of Montreal est un peu comme ses chansons et ses albums, faussement insaisissable mais qui permet de dégager des structures. On a ainsi oscillé entre un découpage forcené parfois captivant mais occasionnellement crevant et des albums solides et accrocheurs à la fois. Il faut dire que même après plus de quinze ans (et 10 albums relatés), on n’arrive toujours pas à anticiper les mouvements de Kevin Barnes et c’est très bien comme ça...
    Ce processus de consolidation et déconstruction (...)

  • Regina Spektor – Home, Before and After

    Il est parfois un peu dépréciatif de parler d’album de la maturité en matière de rock. On cache en effet sous ce terme le remplacement de l’énergie et de l’excitation des débuts par une forme plus fouillée et plus policée qui parle plus à l’esprit qu’au corps. Mais Régina Spektor ne fait pas exactement du rock et on notait sur tous ses albums des moments plus expérimentaux qui étaient un rien rudes pour nos petits nerfs, comme si elle devait montrer que tout ça n’était pas si sérieux. C’était à la marge, (...)

  • Perfume Genius – Ugly Season

    Les carrières musicales les plus passionnantes sont rarement linéaires. Mais elles ont toutes tendance à suivre la même direction : vers le haut. Depuis ses débuts, on n’a en tous cas à déplorer aucune baisse chez Mike Hadreas. Et ce n’est pas cette nouvelle évolution qui va inverser la tendance.
    Les musiques qui constituent cet album ont été à l’origine composées pour la pièce dansée The Sun Still Burns Here du studio Kate Wallich. Ce travail commissionné par le Seattle Theatre Group a connu des (...)

  • Andrew Bird – Inside Problems

    On avait laissé le grand Andrew Bird sur l’ironiquement nommé My Finest Work Yet qui se montrait finalement à la hauteur de ses prétentions. Tel un artisan, il polit son art album après album, et le temps semble son allié. Pas de dérapage en vue donc sur son onzième album studio solo.
    Surtout qu’il l’a enregistré avec quatre musiciens habituels et c’est peu dire qu’ils sont à leur affaire. Underlands est un morceau d’emblée attachant, avec ce groove blanc qu’il maitrise tellement. On entend surtout ici (...)