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Aqueduct - Or Give Me Death

samedi 19 mai 2007

De la musique de tous les jours


Ce n’est pas une habitude, mais parfois, j’ai des impulsions d’achat assez inattendues. Il suffit de peu de choses. D’un morceau écouté à la radio et qui plait immédiatement, du même morceau au casque chez un disquaire et hop, la collection de petits ronds qui brillent s’enrichit. C’est seulement une fois rentré chez moi que l’idée d’avoir fait une bêtise m’effleure. Mais au moins c’est un plongeon dans l’inconnu. Le morceau dont il est question ci-dessus s’appelle Living A Lie. Comme vous l’avez deviné, il est plus qu’accrocheur. Un peu passéiste dans sa façon de poser sur une des riffs solides et propres une voix pas si souveraine que ça. Mais c’est de ce décalage que naît l’intérêt. Autant le dire tout de suite, l’album recèle d’un autre haut fait qui se nomme Unavailable. Construit autour de phrases simples de violon, elle résiste à une très haute rotation.

Et le reste direz vous. Eh bien, disons qu’on est dans le pop-rock savant. Il est nécessaire de spécifier les termes pour ne pas être soupçonné de jeter des étiquettes à tout va. C’est pop dans la façon d’agencer les morceaux de façon classique dans le fond, en privilégiant la mélodie. C’est rock parce que c’est plus rentre-dedans que la variété. Et c’est savant pour deux raisons. Tout d’abord parce que chaque morceau repose sur ses propres idées. Ensuite parce que derrière le nom d’Aqueduct se cache un seul homme de Seattle (au passage, j’y suis, voyez ici), David Terry. Il a évidemment une solide équipe pour l’épauler, mais toute le travail d’écriture et de composition, et même le plus gros de l’interprétation, c’est lui. Et dans ce cas, deux cas de figure sont possibles. Tout d’abord le songwriting classique à l’américaine, du lo-fi Will Oldham (toutes les combinaisons possibles du nom ‘Palace’ et Bonnie Prince Billy) à l’orchestral Sufjan Stevens. Ensuite, et c’est bien le cas ici, une pop fouillée et variée.

Dans le détail, on balance dans des versions musclées de choses inavouables, comme la sucrerie As You Wish. Question enrobage, rien ne lui fait peur. Les chœurs ne le rebutent pas, les cuivres il n’a même pas peur. Un soupçon d’électronique vient même parfois en renfort-caisse (Zero The Controls) Question ressemblances, on peut pointer les derniers My Morning Jacket. Mais qu’on se rassure, il ne tombe jamais dans l’exercice virtuose. Je m’en voudrais de ne pas souligner qu’il y a des moments qui m’ont paru un rien kitsch (Split The Difference et son côté glam qui ne m’a pas fait rêver, Just TheWay I Are). La cohérence de l’exercice est aussi à signaler. Bon, ce n’est pas le talent de l’année, et son troisième album n’apporte sans doute pas de rupture définitive, mais c’est de la belle ouvrage, qui peut passer souvent dans les oreilles. Pour la transe sudoripare, il faut de l’electro, pour l’émotion on peut se tourner vers des orfèvres folk ou post-rock. Pour se défouler il y a des manieurs de guitare à foison. Mais le reste du temps, entre les coups on pourrait dire, vous pourrez remplir les blancs avec Aqueduct. Cette affirmation n’est pas réductrice mais la qualité est suffisante pour ne pas que vous ayez l’impression de perdre votre temps. De même, ce n’est pas le type d’album qu’on écoute les bras en croix sur le sol non plus. Un respect de la posologie vous permettra donc d’en tirer le meilleur.


P.-S.

comme la vie est bien faite, le morceau qui m’a plu est disponible en téléchargement sur son myspace.

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