vendredi 21 septembre 2007

Maturité n’est pas nécessairement un gros mot
C’est le premier groupe belge dont je parle cette année. Quelques considérations préliminaires s’imposent donc. C’est en vivant à l’étranger, dans une des Mecque de l’indie (Seattle) que la question s’est posée : qu’est-ce que je pourrais leur faire écouter en rock belge contemporain sans passer pour une clette ? Bien évidemment, il y a dEUS qui a déjà eu l’honneur de sessions live sur KEXP, c’est-à -dire la A-list du top du mieux en rock-pop-alternatif-indie mais la liste des groupes qui pourraient passer ailleurs est courte et Mud Flow en fait indéniablement partie.
Comparaison n’est pas raison, mais en dehors de l’axe Etats-Unis-Royaume-Uni-Canada et d’une exception suédoise (où il est visiblement plus facile de vivre de son art), peu de groupes peuvent s’imposer à l’export. Citez-moi un groupe de rock italien (même français) crédible, comme ça sans réfléchir… Donc le marasme belge n’en est pas un finalement quand on le compare à ceux de nos voisins. N’espérez pas intéresser qui que ce soit de non francophone avec du chant en français non plus. Il y a évidemment des niches pour Gainsbourg et Brel mais ce sont des exceptions qui ne concernent que quelques auditeurs curieux.
Quand était sortiA Life On standby, on avait l’illusion d’un réveil parce qu’en même temps les albums de Ghinzu, Girls In Hawai ou Soldout donnaient l’illusion de tenir la route. C’était il y a trois ans et pas de nouvelles d’aucun d’eux. Trois ans, pour moi c’est plus de 300 albums critiqués. Un monde, une somme qui modère les ardeurs mais aide aussi à objectiver. J’aurais aimé ne pas aborder le sujet de la musique en Belgique mais tous ceux qui le font sortent le bazooka et les sarcasmes, quand ce ne sont pas purement et simplement les insultes. Une visite sur certains blogs et sites est assez édifiante à ce sujet. C’est vrai qu’être indulgent est le pire des services mais déverser des horreurs ne fait pas progresser le débat non plus.
Ils sont passés au Pukkelpop en même temps que les Smashing Pumpkins, ce qui les a privés sans doute d’une bonne tribune. D’ailleurs, vu la prestation sans à¢me de la bande à Corgan, on se dit qu’on n’a peut-être pas fait le meilleurs des choix.
Avec toutes ces considérations, on n’a pas encore abordé le sujet qui nous occupe, à savoir le dernier Mud Flow (on écrit en deux mots maintenant ?) au nom plutôt mal choisi puisqu’il est difficile à mémoriser.
Je m’en veux parfois de penser à ce point dEUS. C’est particulièrement le cas sur le premier morceau ou The Story Was Best Left Untold puis l’idée s’estompe. C’est que la voix et surtout le ton faussement nonchalant ressemblent à Tom Barman. Moins on y pensera, mieux on en profitera de toute façon.
Alors que les trop longs morceaux ne sont pas toujours ce que le rock produit de plus intéressant, Mud Flow utilise ses grands espaces pour déployer ses ailes et ses griffes. Et ce dès My Fair Lady Audrey. Car c’est surtout dans les chorus et parties instrumentales que Mud Flow est convaincant. Ils avaient déjà prouvé par le passé qu’ils aimaient prendre leurs aises. Ce premier morceau ici confirme leur envie. C’est trop long pour faire un single et c’est plaisant d’un bout à l’autre. Ca sent bon le non-formatage et c’est réjouissant. Dans le même ordre d’idée, The Story Is Best Left Untold ou Shooting Stars seraient plus plats sans les dernières minutes. Ce sont presque des vétérans, ce qui leur donne une meilleure maitrise technique et la volonté de créer des morceaux moins basiques, quitte à prendre plus de temps pour séduire. Vieillir doit aussi avoir ses avantages. Je n’aime pas le rock ‘adulte’ dans l’acception aseptisée du terme mais on sent ici une belle ambition (Ryunosuke). Dans un format plus court, il faut par contre plaire tout de suite comme Monkey Doll dont la mélodie plus facilement assimilable fait un simple évident plus directement comparable à A Life On standby. Mais ça ne marche pas à tous les coups non plus mais même dans les moments les plus convenus (Planes ou Waltz 1 ne sont pas exactement enthousiasmants), la tentation du joli ne les étreint pas trop. On prend donc son mal en patience sans problème. On ne sent à aucun moment le délayage, même si on aimerait parfois que la meilleure partie finale arrive un chouà¯a plus vite. Pas de trace de progressif non plus, ce sont des enfants d’un certain rock noisy et ils le rappellent de temps en temps. Ce qui manque peut-être, ce sont les petits moments de grà¢ce qui rendaient un moment comme le riff de Chemicals si unique. Mais entre nous, la part d’albums comportant ces moments-là est infime donc ce n’est même pas un reproche puisqu’on cherchera en vain un morceau pas inspiré.
Cet album, s’il ne paraît jamais daté, évoque plus un certain rock nineties (Strangelove et Kent pour The Number One Player Of The Year, Delicatessen) que ses contemporains. C’est sans doute ça aussi qui les dissocie de tout mouvement et chapelle. Alors que mes critiques récentes compilaient les genres mélangés et les dosages (ce n’est pas passionnant, vous pouvez me le dire…), on se contentera ici de pointer des réminiscences de Blur sur In Time (ces lalalala…) ou Shooting Star. A l’inverse d’un Venus qui visait l’émotion brute (sans arriver souvent à me la faire éprouver), Mud Flow est un artisan d’un pop-rock un peu propre sur soi mais comportant trop d’idées pour être lisse.
Je ne sais pas si « album belge de l’année » est une performance en soi mais il va falloir galoper pour se mettre au niveau de celui-ci. Si je n’ai plus de candidats au titre de chanson de l’année, j’ai passé un bon moment sur cet album qui a le bon goà »t de prendre le temps d’installer les moments instrumentaux où ils assurent. C’est tout de même rassurant de voir un groupe jouer sur ses qualités.
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