Accueil > Musique > 2007 > Underworld - Oblivion With Bells

Underworld - Oblivion With Bells

mardi 16 octobre 2007, par Marc, Seb

Le monde sous-terrain a la tête sous l’eau


Il est des groupes comme des amis retrouvés après une longue absence : comment vont se passer les retrouvailles. Ont-ils changé ? A-t-on changé ? Parfois on a l’impression de continuer une conversation de 2003, parfois aussi la gêne s’installe. Ce ne sera aucun des deux cas ici, autant vous le dire tout de suite.

Après avoir fourni à des amateurs de rock (surtout) l’occasion de s’encanailler sur des beats de machine, Underworld s’est un peu calmé. Après deux premiers albums bons de bout en bout, un troisième éclactique et le live Everything, Everything qui reste sans conteste leur apogée.ils ont dû déplorer le départ de Daren Emmerson. Ils se sont alors détournés des singles tueurs qui ont fait leur réputation dès qu’ils se sont retrouvés en duo. A Hundred Days Off marquait leur retour sur un mode plus introspectif, assez convaincant sur la longueur. C’est dans le prolongement de cette sortie de 2002 que se situe cet Oblivion With Bells. Cette introduction sert à vous expliquer que si c’est un nouveau Born Slippy que vous cherchez, vous n’allez pas le trouver. Leur cible n’est plus vos glandes sudoripares, du moins sur leurs albums. La musique d’Underworld serait plutôt déambulatoire, entendez par là qu’elle s’écoute plutôt le casque vissé aux oreilles lors de déplacements pédestres en terrain plat. Autre cible, autres moyens, autre résultat aussi comme nous allons le voir.

Après 5 années de silence, les hommes du sous monde refont donc surface. La recette semble toujours être la même : une bonne dose de synthé trance, des rythmiques sans risque et la voix de Karl Hyde baignée d’effets en tout genre. La plage d’introduction résume en soi l’album : une intro à grand renfort de synthé version cathédrale coupé par un loop légèrement funky et les flots de Hyde en support. Et d’emblée le problème est posé : le tout manque cruellement de cohérence. Les arrangements sont inexistants, ce qui rend l’écoute plutôt fastidieuse car les plages peuvent s’avérer très longues (plus de 8 minutes pour Beautiful Burnout ou The Best Mamgu Ever).

Mais après plusieurs années de scène électronique florissante, il n’est pas évident de tenir le haut du pavé. Les grands noms qui faisaient la gloire de la « scène électronique accessible » des années 90 ne sont plus l’ombre d’eux-mêmes (Chemical Brothers, Faithless, Prodigy) ou ont même disparu (Orbital, Leftfield). Difficile dans ce contexte de faire un retour fracassant sans amener sa dose d’innovations (Bjork ?). Ces comparaisons nous amènent à une remarque : les références sont plus jeunes qu’eux. A l’heure des fluokids, d’un pseudo-faux-presque-revival-acid-house-rave pour remplir les colonnes du NME et de Tecknikart, il est curieux de voir les pionniers rangés des voitures.

Une autre caractéristique est la présence massive d’étapes de plaine. Les nappes de synthé de To Heal sont une intro qui pourrait annoncer n’importe quoi, même du U2 période Where The Streets Have No Name. C’est à cet égard la plage de transition type, qu’on n’aurait jamais réclamé si elle avait manqué. Et qui laisse perplexe quand elle est là vu qu’elle ne débouche sur aucun morceau. Même chose pour Glam Bucket, Cuddle Bunny vs Celtic Village ou encore le piano flou et la voix usée de Good Morning Cockerel. Mais des transitions entre quoi et quoi ? Les titres se succèdent sans réel fil rouge et font penser à des productions inachevées oubliées dans des cartons au cours des années de plus basse activité.

Si je trouve toujours une certaine élégance à Beatiful Burnout, ceux qui connaissent l’indispensable The Last Resort de Trentemoller sorti l’an passé savent que les standards ont été drastiquement augmentés. De même, les Morceaux à l’encéphalo un peu plat (Faxed Invivation, Best Mamgu Ever) sont un dommage collatéral d’une démarche globalement apaisée Et quand ce ne l’est pas, Ring Road reprend le même principe presque Hip-Hop qu’ils ont déjà utilisé sur Bruce Lee mais en moins dur, ressemblant du coup à un 45 tours de Mike Skinner passé en 33, anéantissant ainsi toute chance de vie.

N’y aurait-il que les über-ennuyeux Kraftwerk pour traverser les époques sans vieillir ? C’est le dilemme non résolu des anciens électroniciens. S’adapter et quand même disparaître. Etre le moins pire des représentants de l’arrière-garde est-il une raison suffisante de toujours exister ? La question mérite d’être posée car la réponse n’est pas univoque. Dans un monde en perpétuel changement, Underworld réagit avec une certaine inertie, gardant un son propre en faisant fi des modes et des procédés mais marquant quand même un petit tassement au niveau de l’inspiration.

Article Ecrit par Marc, Seb

Répondre à cet article

3 Messages

  • Underworld - Oblivion With Bells 16 octobre 2007 23:26, par Paulo

    marrant j’ai juste découvert ce nouvel album sur leur myspace aujourd’hui.
    En gros je suis d’accord, ils gardent leur style, comptant sur leurs fans, on a du "première période", on a du "beaucoup fish période" (plage 03 a des airs de moaner et d’upstairs)

    Ca m’a quand même fait plaisir de réentendre leur son. J’ai déjà été plus dégouter que ça par des évolutions malheureuses, je trouve qu’ils restent sobre et essayent de garder une certaine intégrité dans leur travail.
    D’autres tomberaient dans la "prostitution" pour essayer de veinement regouter à la gloire.

    repondre message

  • Underworld - Oblivion With Bells 29 octobre 2007 08:40, par mapix

    fan de la première heure des Underworld, je ne suis pas aussi déçue que toi à propos de cet album. A force de l’écouter, de voir les lives sur youtube, je l’aime beaucoup : il a un fort potientiel en concert. et on ne peut pas renier que l’on y retrouve tout ce que l’on aime chez eux.

    repondre message

  • Bitter Moon & After 5:08 – Berlin Kinder

    On vous avait dit en son temps à quel point on appréciait l’electro un peu vintage du duo suisse Bitter Moon. On dirait que le duo After 5:08 (Aloys Christinat et Matthew Franklin) qui les accompagne est dans un mood plus ambient. La répartition des rôles n’est pas précisée mais on se doute que les plages plus apaisées (on peut même y entendre des bruits d’eau) leur sont attribuables.
    La voix de Simone Bernadoni est douce, pas trop éloignée de celle de Laetitia Sadier et excelle dans ce registre (...)

  • Tyto - 未来 MIRAI

    Si Beppe Scardino, le multi-instrumentiste à la manœuvre ici est visiblement une figure courante de la scène jazz péninsulaire, ce premier album en tant que Tyto n’est vraiment jazz pour autant. Tout au plus peut-on dire que la relative complexité et densité montre un savoir-faire assez étendu. On peut en trouver des traces, notamment dans les climats tortueux de Minore.
    Mais Scardino est aussi membre de C’mon Tigre qui avait déjà tenté et réussi de grands écarts et on retrouve ce bel éclectisme (...)

  • Tachycardie – Nouvelles et Anciennes Pratiques de Cartographie (...)

    En photographie, la macro est un peu à part et permet souvent de déterminer des structures abstraites à partir de choses bien réelles, simplement par la magie du changement d’échelle. Si certains artistes ont appliqué ce principe à la musique via le microsampling (The Field notamment), d’autres utilisent le field recording, touchant à ce qu’on appelle la musique concrète. C’est cette dernière voie qui est explorée ici par le batteur et percussionniste Jean-Baptiste Geoffroy (aussi membre de formations au (...)

  • Niton – Cemento 3D

    Encore un disque d’expérimentations électroacoustiques et encore une fois, une plongée étrange qui intrigue mais n’irrite jamais. Quand deux musiciens italiens, Luca Xelius Martegani et El Toxyque, flanqués du violoncelliste suisse Zeno Gabaglio se réunissent à l’occasion d’une ‘jam drone’ (chacun a sa façon de se détendre), le résultat leur plait tellement que Niton se forme dans la foulée.
    Une version de cet album basé sur des enregistrements glanés au long de 5 années de créations est déjà sortie l’an (...)