Accueil > Musique > 2006 > Solarise - Still The Same Dream

Solarise - Still The Same Dream

lundi 7 juillet 2008, par Marc

Vintage moderne et varié


Quand quelqu’un s’attaquera à l’histoire de la musique rock en notre riant royaume, il ne pourra que constater une effervescence née dans le sillage de dEUS dans les années ’90. Reliés ou pas à la bande d’Anvers, toute une série de groupes (plutôt flamands d’ailleurs) emboitait joyeusement le pas, avec une patte assez caractéristiques. Ces groupes s’appelaient Moondog Jr (première mouture de Zita Swoon), Mad Dog Loose, Evil Superstars, Dildo Warheads, Vénus.. et on leur doit de bons souvenirs. Si j’évoque cette époque pas si lointaine, c’est que l’album de Solarise m’y a replongé. Sorti en 2006 et passé outre mon radar, j’ai eu l’occasion de le rattraper un peu par hasard. Il faut faire sortir de leur ghetto ces talents qui sont là à portée de main.

Après cette introduction, vous avez sans doute compris dans quelles eux vogue le quartet, formé en Ecosse et de composition belgo-écossaise. C’est sans doute un peu réducteur mais c’est cette impression de jeune vintage qui est prégnante dès les premières écoutes. Ce n’est pas exactement une réserve mais une remarque. La seconde serait une approche par trop candide de certains styles. Ils lorgnent par exemple du côté de Radiohead (Goodnight), avec une voix haut perchée, des progression d’accords du même type et des chœurs travaillés sous-mixés qui sont toutes des marques de l’intouchable bande d’Oxford. Evidemment, ce morceau souffrira de la comparaison et ses évidentes qualités intrinsèques vont en pâtir. Faire pareil quand on ne fait pas mieux (mais honnêtement, qui le pourrait sur leur terrain ?) ce n’est pas une bonne idée. Dernière remarque désagréable, les paroles de Living On Mars me semblent un peu limite.

Maintenant que ce qui fâche a été liquidé, abordons les raisons qui m’ont rendu la dizaine d’écoute aussi fluide et agréable. Tout d’abord, c’est la diversité qui séduit. Quand on écoute une démo, ou une première sortie, on devine la personnalité en filigrane, on voit les orientations, les influences. C’est vraiment le cas ici et omettre tous les noms qui viennent en tête serait illusoire. Par contre, il y a ici ce qu’il manque souvent aux premier pas, c’est-à-dire des titres forts, mémorisables. Et ils peuvent aussi bien provenir du plus puissant (Still The Same Dream qui joue sur des gimmicks plus synthétiques qu’ils maitrisent aussi, I Quit) comme de la balade qui peut appuyer un moment sur l’accélérateur. Non pas pour noyer sous une grosse guitare les bonnes intentions, mais renforcer par la subtilité de l’instrumentation l’intensité. Les cordes qui terminent Paradise par exemples sont imparables. C’est pour moi le morceau de bravoure de l’album. Une balade doit être intense, sans quoi elle est immanquablement oubliable. C’est ce qu’on pense de I fade avant une fin qui met tout le monde d’accord. Et je préfère aussi les incursions plus originales de cuivres aux plus entendues montées de guitare

Je m’en voudrais de ne pas signaler que la voix évoque parfois celle de Stef Kamil Carlens (Get You Down). Mais plutôt dans Monndog que Zita Swoon. J’ai aussi pensé à Sharko pour Lullaby. Avec la facilité pop qui va avec. On dirait un fresh de Pure Fm avec ses cuivres en fin de course. C’est calibré pour plaire et de fait c’est très plaisant, léger, dansant, et les incursions de guitares un peu funk sont très réussies. Il faut aussi dire que le son est de haut niveau, échappant à la course aux armements en vogue actuellement. Sans doute la collaboration de Rudy Coclet (qui a collaboré avec dEUS ou Arno) n’y est pas étrangère. Mais je vous ai dit que les années ’90 n’étaient pas loin avec voix parfois nasillardes, volonté de sortir du carcan du morceau rock de base et instruments organiques relevés d’un brin d’électronique.

Evidemment, pour tout qui a écouté du rock en notre riant royaume ces quinze dernières années, parcourir cet album c’est un peu jouer au jeu des sept erreurs tant cette époque est citée, explicitement ou non. On repassera donc pour le souffle neuf. Mais au-delà de l’anachronisme de façade, Solarise propose de vrais titres marquants et impeccablement exécutés. Que demander de plus de la part d’un premier album ? De prolonger dans cette voie en arrivant à s’émanciper de trop évidentes ressemblances avec une scène un peu passée. Leur facilité à trousser de bons titres, des morceaux forts et différenciés, leur versatilité de style leur promet un avenir radieux.

Pour vous procurer cet album, il existe certes de bons disquaires (Caroline, ce genre) mais il est possible de le commander en ligne via Konkurrent. D’autres adresses utiles :
_http://www.solarise.info
_http://www.myspace.com/stillthesamedream

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

1 Message

  • Kowari - Trail

    Kowari est le projet du violoniste Damien Chierici (Dan San, Yew) et du pianiste Louan Kempenaers (Piano Club, Aucklane) et propose un mélange de cordes et d’électronique. Oui, on a déjà entendu ça récemment chez d’autres duos comme Abraham Fogg ou MadSci. Mais le résultat est sensiblement différent ici et c’est une bonne chose, les comparaisons frontales ne sont jamais plaisantes.
    Tout d’abord, la force du duo belge est indéniablement mélodique. Quand ils ajoutent une trompette sur Daylight, on songe (...)

  • Baby Fire – Grace

    Les souvenirs ont parfois beau être anciens, ils peuvent être tenaces. Ce dont on se souvient de cet album de Baby Fire datant de 2011 (deux sont sortis depuis mais ont échappé à notre attention), c’est qu’il était plutôt abrasif. Onze ans plus tard, la situation a bien changé. Dans le casting tout d’abord puisque le duo est maintenant un trio formé de Ceìcile Gonay, Lucile Beauvais et Dominique Van Cappellen-Waldock.
    On avait déjà croisé cette dernière en tant que chanteuse de Keiki mais on a pu aussi (...)

  • Glass Museum – Reflet

    Il est étonnant de constater à quel point un concept simple sur le papier (un piano et une batterie) peut se décliner. Le troisième album (si on inclut Deux) du duo belge Glass Museum montre qu’il est même possible de faire évoluer la formule. Leur style était déjà bien affirmé et on connaissait leur versant plus percussif, surtout si on considère le piano comme un instrument à cordes frappées. Ils avaient ensuite injecté un peu d’électronique au mélange pour un résultat toujours musclé. Les envies du (...)

  • Unik Ubik – I’m Not Feng-shui

    Quand on avait entendu Maggie Débloque, on n’avait pas tout de suite succombé. Peut-être que l’idée de s’en prendre (justement) à une ministre démise depuis des lustres ne semble pas l’idée de l’année. Surtout parce que la musique à haute dose d’énergie et de complexité attend son moment. Il est arrivé plus tard, et il est arrivé, et l’album passe d’un coup d’un seul. Parce qu’une fois que l’envie est là, on apprécie cette étreinte qui jamais ne se desserre.
    Le chant décalé et choral est dans les canons (...)