mardi 13 janvier 2009

Ceci n’est pas un jouet
Il faut parfois compter sur les hasards de la vie pour faire des découvertes. Et il a fallu la conjonction d’une soirée délirante dans un endroit inattendu, d’un raccourcissement d’un set de Seb, d’une reprise devinée en ouverture d’un concert intéressant et d’une conversation bien sympathique pour que cet album de Kawaii arrive jusqu’à nous, et, par ricochet, à vous. Mais tout ce cheminement un peu tortueux n’aura pas été vain comme vous allez vous en rendre compte. Et vous n’avez pas fini d’entendre parler du label français MonsterK7 (Orouni, Watine…) en ces colonnes.
On a souligné l’an passé la masse de duos mixtes qui foisonnent (The Knife, The Do, The Kills, Soldout, The Ting Tings, High Places…). C’est encore le cas ici puisque ce sont elle (La Loutre) et lui (Big Bisous) qui vont vous tenir par la main. Car si vous ne risquez aucunement de vous perdre, les définitions me manquent à l’heure d’imaginer quel style s’en rapproche le plus. Globalement instrumentale, rehaussée de rythmes synthétiques, la musique du duo français pourrait se rapprocher de Rien (le groupe, pas le néant hein), voire d’un Ez3kiel détendu. A ce propos, il est étonnant de voir que ces groupes instrumentaux (ceux cités avec M83 par exemple, voire même Air) portent haut les couleurs de l’hexagone alors que son rock proprement dit est difficile à exporter.
Avant toute chose, il faut préciser que cet album est un peu un EP gonflé, ou un album-labyrinthe de par ses structures qui se répètent, se dédoublent et se répondent. En effet, les cinq derniers morceaux sont des versions légèrement différentes et chantées des cinq premiers. Evidemment, cette façon de procéder prend plus de sens quand ce sont les deux faces du superbe vinyle orange que sur le cd qui est offert (oui, on a les deux pour le même prix).
La conjonction de structures élaborées et d’instruments un peu plus inattendus relevant plus du jouet (vibraphone, mélodica, mini piano) fonctionne. Visuellement sur scène tout d’abord, où le bric-à -brac intrigue et intéresse, sur album ensuite puisque cette démarche (Kawai est une vieille marque de synthé me souffle une bonne à¢me) est à la base de la démarche de certaines compilations du label MonsterK7 de musiques consacrées au circuit bending (circuitage en français), soit la création de sons modifiés à partir de la modification des circuits électroniques de jouets et autres objets. Tout un programme, un manifeste presque. Un bon côté est que ça désamorce l’aspect toujours trop sérieux et compassé de musiques instrumentales comme le post-rock sans pour autant sacrifier l’intensité. L’autre est qu’il y a d’authentiques morceaux derrière, avec des progressions d’accords de guitare électrique sans doute classiques mais diablement efficaces. Ce n’est donc pas de la chanson ‘pour rire’, juste un décalage dans le ton, surtout perceptible en live.
Les paroles sont souvent des emprunts à des dialogues. Mais on a peu l’impression d’écouter une musique de film. Par exemple Caquaka explique l’origine du nom du KKK. Fête. Et ce sont des comptes qui se voient remontés sur Il Etait Une Fois pour plus d’absurde et de cruauté. Les incrustations de dialogues sont assez judicieuses, mais les morceaux s’en seraient sans doute passés sans dommage, quitte à être raccourcis.
Pour les versions chantées (la face B si vous préférez), on retrouve notamment une connaissance, à savoir Orouni. Son timbre et son anglais restent assez particuliers mais il se fond très bien dans l’univers sonore du duo sur Jam Fever. Mais on a aussi l’impression que la voix a été plaquée sur un morceau qui lui préexistait. Ce qui est le cas d’ailleurs. Il faut toujours se fier à son intuition. Par contre, sur Stuck In A Hurricane (rehaussée d’un membre d’Uncle Jelly Fish), la voix apporte plus au morceau, grà¢ce à sa mélodie qui l’enrichit vraiment. Et Caquaka B-side m’a fait penser à Under Byen.
Dans les moyens, Kawaii mélange boite à rythme, guitare électrique, bidouillages sur instruments divers et variés et emprunts à des dialogues ou des amis chanteurs. Côté résultat, cette musique festive et chaotique de prime abord ménage de vrais moments d’intensité, parce qu’ils ont compris que leur folle créativité devait être mise au service de l’auditeur à travers de vrais morceaux consistants et saignants. Pour moi, et je vous encourage à en faire autant, c’est une plongée sans filet dans une musique d’une liberté réjouissante.
Ca s’achète en ligne et franchement, rien que le vinyle orange vaut largement l’investissement. Et comme il est livré avec le cd, vous avez une nouvelle ligne sur votre liste de courses : http://www.myspace.com/monsterk7
Etrange que les sorties d’un groupe qui nous est si cher échappent parfois à notre vigilance. Il faut dire que si leur style est toujours reconnaissable, l’ambition de leurs albums est variable. Au très spectaculaire et généreux ...And Out of the Void Came Love avait en effet succédé le plus intime Asphodels qui avait aussi moins marqué. On comprend très vite qu’on va rester proches de ce (…)
On pensait avoir compris la trajectoire de Get Well Soon, qui semblait évoluer vers une pop deplus en plus orchestrée.Mais le propre des artistes est de ne pas s’occuper de progression linéaire mais de suivre leurs inspirations et leurs envies. Et les envies actuelles de Konstantin Gropper semblent avoir six cordes.
En effet, à l’instar de Songs Against The Glaciation et de la tournée qui a (…)
Le premier album de Mathis Agenkin est une belle illustration de ses racines françaises et turques, de sa solide formation de pianiste et d’envies éclectiques. C’est comme ça qu’une des tendances de ce Passage des Fleurs est le piano solo.
Solo mais pas dépouillé, avec quelques nappes pour encore en déployer la délicatesse. Et il est bien joli ce Where The Birds Are. Ce piano sert aussi de (…)
On le signale trop peu, mais certains labels sont des sources de bonheurs auditifs assez manifestes. Sinnbus par exemple nous a présenté Eilis Frawley, Dekker, Einar Stray, Close Talker, Mildfire, Painting, Rue Royale, The/Das ou Yeah But No. Une belle collection que ne dépare évidemment pas Odd Beholder tant Daniela Weinmann continue à nous enchanter.
Après avoir revisité sa jeunesse suisse (…)