jeudi 11 juin 2009, par

Même si je ne le ferai sans doute pas, il serait de bon ton de tresser d’entrée une couronne de fleurs à ces vétérans. On sous-estime sans doute ce que le rock indépendant leur doit. Surtout maintenant qu’une série de jeunes groupes intransigeants gambadent allègrement dans les contrées à la lisière du punk, du noise et d’une certaine expérimentation. Par bonheur, aucun de ces groupes (de Wavves à Mi Ami en passant par Health) ne sonne comme les glorieux New-Yorkais mais la filiation dans l’intransigeance de la démarche et une réussite (variable, certes) dans le résultat est patente.
C’est à la faveur du bon Rather Ripped que j’avais repris le cours de leur impressionnante discographie. Comme celui-ci est dans la lignée, on peut déjà dire que ce qu’on en disait à l’époque s’applique toujours. Ils ont donc conservé ce format plus court et ramassé, même s’ils sont revenus à de plus longues digressions. Pas les longueurs expérimentales d’un Washing Machine (pour l’anecdote, c’était le t-shirt de Constantin Gropper de Get Well Soon quand il se baladait au Bota), plutôt des respirations bienvenues comme le final Massage The History.
On ne soupçonne pas toujours les couches de leur histoire enfouies sous un Anti-Orgasm, qui comporte bien des éléments personnels. Le refrain un peu beuglé, la longue traversée à deux guitares toujours plus collaboratrices qu’il n’y parait, et cette façon unique de prendre son temps, que l’urgence est passée mais que la passion reste. Leur son reste unique, souvent imité mais toujours identifiable de premier coup d’oreille. Et ils sont rares les groupes reconnaissables en une parcelle de riff ou à une manière particulière d’éructer de Kim Gordon (Calming The Snake).
Leur performance est de garder leur son qui leur a servi à parfois déployer une grosse violence dans des morceaux plus policés. C’est une marque de fabrique mais il faut aussi tendre l’oreille pour que toute l’originalité éclate. En effet, une écoute distraite permet à peu de morceaux de surnager. Il faut dire que quand on connaît leurs albums plus marquants, celui-ci n’aura pas le même impact. Mais ce n’est pas l’album d’un groupe de vieux qui radotent. Je ne voudrais pourtant pas vous induire en erreur et vous faire croire que je me suis passionné de bout en bout pour cet album. Si je les ai retrouvés avec plaisir, rien ne m’a poussé à passer l’album ou des morceaux en boucle. Parce que tout ici sonne comme déjà entendu en leur chef. Ils ont heureusement le bon goût de livrer des morceaux qui sonnent toujours comme frais, et de dégager une impeccable impression de fougue et de passion. Sur Malibu Gas Station, ils maitrisent le chaos d’une façon vraiment bluffante, pour livrer un morceau à la coolitude indéniable. Prendre de l’âge avec classe, c’est-à-dire sans se faire larguer ni tentative de jeunisme, voilà ce qu’ils arrivent à faire.
Dans la très longue discographie de ce groupe historique, il est sans doute difficile de classer ce The Eternal parmi les albums qui vont bouleverser. Ils n’en feront d’ailleurs sans doute plus. Les fans seront ravis de retrouver un groupe en bonne forme, et il servira peut-être de porte d’accès à ce qui reste un des plus passionnants groupes de l’époque (les géniaux Goo ou Daydream Nation) et leur permettra de repartir en tournée dont une AB soldout en octobre.
Il est des artistes qu’on aime précisément pour leur radicalité. S’ils ont su arrondir les angles parfois, on dénote chez A Place To Bury Strangers, Xiu Xiu ou HEALTH une propension à en faire trop parce que c’est comme ça qu’on ouvre des voies, qu’on évite la tiédeur.
Ce qu’on a dit du précédent RAT WARS s’applique bien toujours ici. Les sons de guitare peuvent être râpeux, c’est toujours (…)
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Mais (…)
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