Accueil > Musique > 2010 > Errors - Come Down With Me

Errors - Come Down With Me

mercredi 24 février 2010, par Laurent

Greffons


Je vais vous le dire franchement : des Errors, qui signent ici leur nième effort, je n’avais jamais entendu parler. Ou alors il y a longtemps. Ou bien j’ai oublié. Ou ils sentaient pas bon. Ah non, je confonds. Bref, je m’apprête à critiquer ce "Come Down With Me" avec le regard prudent du néophyte, d’autant plus que le genre musical dans lequel il s’inscrit (pour faire court, on parlera de post-rock) n’est pas exactement mon grand dada non plus. Cela étant, de n’importe quel pays de n’importe quelle couleur, la musique est un cri qui vient de l’intérieur. Enfin je crois. Et en l’occurrence, je suis venu te dire... euh... je voudrais simplement parler d’un bon disque, en fait.

On disait post-rock et c’était un peu facile : les Errors sont en effet Glaswegiens et officient chez Rock Action, label des références Mogwai ; leurs compositions n’ont cependant pas grand-chose à voir avec les montées de sève élégiaques de leurs compatriotes. On pense davantage ici à un groupe comme Pivot voire au passé récent de Tortoise : une musique instrumentale pas fondamentalement expérimentale, mais qui greffe d’importants éléments synthétiques à des morceaux construits sur une base résolument rock. Tantôt les guitares sont placées en retrait (le discobeat de Supertribe, la contemplative Erskine Bridge où les vagues six-cordes audibles sont distordues au point de sonner comme un train au galop), tantôt elles sont mises en avant (Antipode, morceau le plus proche d’un Mogwai qu’on aurait à peine remixé, ou l’excellent A Rumor in Africa et sa rythmique bien plus new wave qu’africanophile).

Selon le contexte et les conditions d’écoute, le titre d’ouverture Bridge or Cloud ? me laisse des impressions très divergentes : je peux le trouver très réussi pour sa compétence à recycler des recettes familières (l’intro déjà entendue), à d’autres moments un peu foireux pour ses sonorités plutôt datées. Sorry About the Mess ferait davantage pencher la balance vers la seconde option. Rayon curiosités, on s’étonnera d’entendre au début de Jolomo un plagiat – ou un sample ? – du déjà classique Surf Solar des Fuck Buttons, et puis il est amusant de noter que l’autre plage la plus "mancunienne" après A Rumor in Africa est également associée à un lieu dont on perçoit peu la pertinence géographique : ça s’intitule Germany et j’y entends en effet fort peu l’influence du rock choucroute, même si d’aucuns y distingueront peut-être de vagues accents de DAF ou de Klaus Nomi.

Qu’à cela ne tienne, l’album se referme sur deux titres franchement sympathiques : The Black Tent, superbe, et un Beards de facture post-rock très classique, comme pour nous dire qu’en fin de compte, en dépit des fioritures, les Errors ne visent pas forcément le crossover. Disons, que dans un embranchement musical auquel je ne prédirai plus d’avenir durable, ils ont du moins déjà offert à 2010 un bel objet.

Article Ecrit par Laurent

Répondre à cet article

  • Spelterini - Paréidolie

    Cet album du quatuor (dont deux membre de C’Mon Tigre dont on vous a parlé récemment) nommé d’après une funambule italienne est en fait un log morceau de 33 minutes. Cette lenteur, cette longueur sont le morceau. Il faut savoir se laisser happer, garder un peu de concentration pour que ça percole comme il faut. On entendra un long son qui monte pendant plusieurs minutes avant qu’une grosse caisse ne pointe le bout du nez. Et puis on vire vers un krautrock placide qui évidemment s’emballe un peu. (...)

  • L&S - When the Vowels Fall

    Anthony Laguerre et G.W. Sok sont parmi les artistes qu’on rencontre le plus en nos colonnes, ensemble (chez Filiamotsa ou Club Cactus) ou séparément, en tant qu’artiste solo, chez Piles, chez pour l’un, en tant qu’intervenant chez Oiseaux-Tempête, Unik Ubik, Baby Fire ou Coddiwomple pour l’autre. Cette fois, le batteur créatif et le vocaliste inspiré ont décidé de faire les choses ensemble du début à la fin, et de le faire en grand. Flanqués de Jean-Michel Pirès (The Married Monk, Bruit Noir), Eric (...)

  • Monolithe Noir – Rin

    Quand on a appris l’existence de Monolithe Noir à l’annonce de cet album, l’oreille a tout de suite été accrochée et les témoignages live qui existent ont franchement impressionné. La lecture des titres nous renverrait plutôt chez Yann Tiersen. Le clin d’œil mis à part, ce qu’a produit le Breton récemment n’est pas si éloigné et puis la Bretagne et ses paysages sont une source d’inspiration ici. On trouve ce qui nous avait attirés chez eux, ce dialogue permanent entre structure et textures et puis une vraie (...)

  • Russian Circles - Gnosis

    On ne s’en rendait pas vraiment compte, mais le gros son saignant de Russian Circles nous avait manqué. Si le post-rock s’exprime en des dizaines de sous-variétés, celle plus musclée du groupe de Chicago nous a toujours été chère. S’ils ont visiblement un peu changé leurs habitudes d’enregistrement sur leur huitième album, composant dans leur coin avant de mettre en commun, force est de constater que ça ne change pas radicalement la donne, et c’est très bien comme ça.
    En effet, les accords sont sombres, (...)