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The Books - The Way Out

vendredi 10 septembre 2010, par Laurent

Anthropomorphisme


Il y a deux façons d’envisager l’art du collage. Soit on collecte une série d’illustrations qui vont faire le travail à notre place, comme sur ces panneaux d’étudiants qui doivent produire un exposé et présentent leur bricolage comme un effort de recherche ; certes, parfois la démarche synthétique est effective et d’aucuns savent s’approprier leurs sources : telle est la science de l’échantillonnage, la manière de digérer ses influences pour, souvent, chercher à masquer le plagiat – qui possède de si nombreux niveaux d’application.

Soit, et c’est là l’autre façon de penser / pratiquer le collage, on n’effleure à aucun moment la propriété intellectuelle ou artistique d’autrui. La source n’est envisagée qu’en tant que matériau, façonnable et divisible à merci, et le collage de prendre la forme d’un travail minutieux d’orfèvrerie susceptible de produire autant d’objets neufs et insolites. C’est dans cette voie que s’est inscrit le duo new-yorkais The Books depuis maintenant quatre albums même si, soyons honnête, on découvre ici leur art pour la première fois, sur la longueur du moins.

Si leur nom d’emprunt ne laisse planer aucun doute quant à leurs penchants bibliophiles, c’est surtout en petits rats de médiathèque qu’ils épluchent vinyle après vinyle pour assembler, avec une patience de bonzes, les fragments sonores les plus disparates, et bâtir de petits monuments bancals au confluent de la minimale et de l’abstract hip-hop.

La technique n’est certes pas neuve, et l’unique album des Avalanches en avait posé les jalons il y a dix ans. La référence est évidente sur le drolatique Story of Hip-Hop, démonstration narrative particulièrement barrée. Ailleurs le propos est moins fractionnaire ; puisant dans leur librairie sonore pour mieux en chiffonner les pages, Nick Zammuto et Paul de Jong font rarement dans l’intelligible.

Morceaux de dialogues concassés (A Cold Freezin’ Night, I Didn’t Know That, I Am Who I Am), polyphonies noyées (Beautiful People, Thirty Incoming), tout contribue à embaumer l’ensemble d’une aura ésotérique qui invite au relâchement de notre part de conscience. L’impression est forcément renforcée par ces tracks anesthésiants, hantés par des gourous de l’hypnothérapie et autres adeptes de la méditation transcendantale (Chain of Missing Links, les deux Group Autogenics) : lorsqu’un artiste souligne à ce point la nécessité du lâcher prise, il devient presque prudent d’obtempérer.

Pourtant, The Books semblent enfreindre leurs propres principes lorsque, çà et là, ils habillent leur musique d’un chant trop rationnel : Free Translator ou All You Need Is a Wall ressemblent ainsi aux tentatives d’anthropomorphisme d’une paire d’aliens décidés à se mêler du commerce des hommes. L’objet volant devient alors identifiable et, si le brio reste le même, on regrette un peu l’étrangeté.

Mais qu’importent les métamorphoses. Sous l’écorce friable, c’est la toute-puissance de l’art qui affirme son éternité et prend une résonance quasi mystique lorsque Gandhi se fait son messager : « I do dimly perceive that whilst everything around me is ever changing, ever dying, there is underlying all that change a living power that is changeless, that holds all together, that creates, dissolves and recreates. »

Article écrit par Laurent

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