Accueil > Critiques > 2016

Róisín Murphy - Take Her Up To Monto

vendredi 5 août 2016, par marc


Dans un monde normal, la musique de Róisín Murphy devrait me laisser froid au mieux. House chantée, molasse et alambiquée, ce n’est pas exactement ce qui me passionne. Pourtant, il y a avec l’Irlandaise une connivence immédiate, qui ne m’a quitté que le temps d’Overpowered. Et si on est étonnés de la retrouver aussi vite après le très réussi Hairless Toys de l’an passé, c’est parce que les deux albums puisent leur substance dans la même session de 5 semaines avec le producteur Eddie Stevens.

Comme souvent chez elle, la pochette intrigue, et le WTF est toujours de mise. Le titre quant à lui est tiré d’une chanson irlandaise popularisée par les Dubliners. On est donc en terrain connu, c’est-à-dire toujours légèrement surpris. Et musicalement, les chosent partent bien fort avec Mastermind. On retrouve une tension, une section rythmique bien solide, une verve qui en font d’emblée le meilleur morceau de l’album.

Mais on ne tardera pas à voir que cet album n’est pas le pendant nerveux de son prédécesseur. En effet, la diva post-disco brouille les pistes, sème le doute. Son sens de l’humour déviant l’emmène en effet du côté du cabaret déviant (Pretty Gardens, fascinant malgré un aspect bien vaporeux), de la pop ensoleillée avec Lip Service qui peut reposer sur une mélodie au top pour emballer un air de bossa qui lui convient de façon surprenante.

Ces morceaux sont donc étrangement variés et riches, perpétuellement mouvants. Ce ne sont pas de brusques soubresauts confinant au collage comme chez Of Montreal mais une évolution subtile qui nous emmène ailleurs malgré nous. C’est évidemment quand elle joue de cette rupture que cet album est le meilleur. Quand elle emballe Ten Miles High en reprenant quelques gimmicks à son ancien groupe Moloko (le vocoder) par exemple, ou quand une dose massive de mélancolie est injectée à la seconde partie de Thoughts Wasted, avec sa voix en mode grave mais toujours évocatrice.

A l’opposé, l’attention peine à se fixer sur les contours flous de Nervous Sleep. Mais l’inventivité est une attitude, et plutôt que détourner l’attention le temps d’un morceau direct, elle préfère prendre la tangente. On trouve donc Róisín Murphy exactement où on l’attendait, c’est-à-dire poussant ses explorations de ce qui doit suivre la musique disco ou house. Plus aventureux que son premier volet Hairless Toys, cet album-ci est un carnet de voyage parfois âpre mais souvent gratifiant.

    Article Ecrit par marc

Répondre à cet article

  • Danube - Cities

    Plusieurs morceaux étaient disponibles et ont attisé l’attente qui n’a pas été déçue par ce premier album de Danube dont les noms de morceaux sont des capitales européennes. Oui, un peu comme dans La Casa de Papel. Ce qui n’est pas clair par contre c’est qui se cache derrière ce projet. C’est secondaire évidemment, la musique primant tout.
    Quoi de plus compliqué à définir qu’un son ? C’est un challenge (...)

  • Dark Minimal Project – Remixes

    On vous avait déjà dit tout le bien qu’on pensait du second album de Dark Minimal Project, Ghost of Modern Times. On avait décelé un cousinage certain avec Depeche Mode et c’était loin de nous déplaire. Et la ressemblance se prolonge avec ces remixes, le groupe anglais étant très friand de l’exercice. Sur la pochette, les deux protagonistes Guillaume VDR et Ange Vesper semblent avoir pris cher mais (...)

  • Tinlicker – Cold Enough For snow

    Chacun va mettre sa ligne rouge sur cet album du duo de producteurs bataves Micha Heyboer and Jordi van Achthoven. C’est forcé tant cet album oscille entre trop et beaucoup trop, délicatesse et évanescence. Mais il est aussi impossible de ne pas trouver son compte non plus. Ce continuum qui va de la pop dansante et cotonneuse à du matos pour une rave à 4 heures du matin est en tout cas assez (...)

  • Jonas Albrecht - Schrei Mich Nicht So An Ich Bin In Trance Baby

    Si ce n’est pas trop visible pour le lecteur, certains distributeurs participent beaucoup à la ligne éditoriale. Parmi eux, Five Roses tient la pole position. Si l’éclectisme est remarquable, une des constantes est la présence d’artistes qui manipulent la percussion comme matière première. Dans un passé récent, on a eu le dernier Peter Kernel, la claque de Parquet et tous les projets d’Anthony Laguerre (...)