Accueil > Critiques > 2018

Olivier Savaresse - Le Courage Des Innoncents

jeudi 31 mai 2018, par Marc


Oui, on vous avait déjà parlé d’Olivier Savaresse, de son univers musicalement riche et de ses mots déroutants. On est donc bien content de le retrouver en gardant intact le plaisir de la surprise. Parce que s’il y a des traits communs avec son exercice précédent, ils semblent s’incarner dans un amour assez fort de la tangente.

A chaque fois qu’on pense avoir compris, on tourne à droite ou à gauche avec une belle santé. Le thème assumé est donc selon ses propres termes le courage des innocents, c’est à dire du courage des victimes innocentes d’actes violents perpétrés par des gens qui veulent imposer par la force leur vision du monde. Cette intention se traduit d’abord dans un récit de voyage, distillé dans un style au vocabulaire fort riche et occasionnellement abscons, comme une narration du XIXème siècle d’un explorateur tombant amoureux d’une beauté exotique dont la tribu est soumise à des tribulations. Et puis quand on pensait avoir affaire à un album concept, il s’en échappe et se lance dans de bien marrantes (et débitées avec un sérieux de pape un peu narquois) considérations scientifiques sur des sujets aussi variés que la théorie des ensembles ou le concept de voix.

C’est pertinent sous deux aspects. Tout d’abord pour apporter de la variété. Ensuite pour couper court à une comparaison parfois inévitable avec Serge Gainsbourg. Par exemple, la mélodie de La Langue fera immanquablement penser à Marylou Sous La Neige et les grands albums orientés autour d’un thème (L’Homme à Tête de Chou) sont des références assez claires.

Musicalement, on reprend contact avec son groove dès le second morceau et ce sont de bien agréables retrouvailles, il se mêle toujours fort bien à son récit. La Voix propose aussi une bien belle accélération (et quelques extraits de radio) et on notera les guitares acides de L’Infini ou la très belle mélodie d’Un Jour Prochain.

On le voit, s’il existe occasionnellement des rapprochements assez évidents, la patte d’Olivier Savaresse reste bien personnelle et trouve le bon ton entre la distance et la virtuosité des notes et des mots.

    Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

  • Auren – Il s’est passé quelque chose

    Il y a des albums qui donnent envie d’en savoir plus. Alors on cherche longtemps pourquoi on aime ça et on ne trouve pas vraiment. Reste cette évidence, Auren nous fait une très belle proposition de pop en français et on se contentera de ça. Apprécier est mieux que comprendre après tout.
    C’est via ce duo avec Jeanne Cherhal (c’est en-dessous) qu’on avait eu vent de cet album et on le retrouve avec (...)

  • Bird Voices - Mirage

    Si le hip-hop est hégémonique, ce n’est pas la seule voie pour mêler écriture et musique comme le confirme brillamment le duo de Montpellier sur son premier album. Ce qu’on peut dire tout de suite est qu’on apprécie cette poésie naturaliste. Il est toujours difficile de dire précisément pourquoi. C’est entièrement au premier degré mais jamais sentencieux et musicalement, ces vignettes se distinguent (...)

  • Nicolas Jules – Carnaval Sauvage

    On vous voit, ceux qui forcent leur originalité, les as du marketing, ceux qui copient en moins bien. Et Nicolas Jules n’est pas dans votre camp. On lui donnait par boutade rendez-vous à cette année en parlant du très bon Yéti et il a tenu parole. Si on avait tout de suite apprécié les deux albums précédents, celui-ci marque encore plus sa singularité et se présente comme plus qu’une confirmation. (...)

  • Garden With Lips - Magnolia

    La transitivité simple qui veut que les amis de nos amis soient aussi nos amis connait certes quelques ratés mais reste une base solide. C’est lacollaboration avec Centredumonde sur un bel EP qui nous avait signalé Garden With Lips et l’occasion est belle de se frotter à un album complet. Surtout que comme on va le voir, la découverte est de taille.
    On commence par un instrumental languide, que (...)