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Blanck Mass - Blanck Mass

mercredi 21 septembre 2011, par Laurent

Dans « abscons », il y a « abs »


Soyons fou et allons loin dans l’intime. Juste entre nous, j’ai un aveu à vous faire, un gros défaut à confesser : j’ai horreur d’attendre. Faire la file, tout ça... pouah ! Très peu pour moi : c’en est maladif. Vous allez me dire que dans le domaine de la production musicale, il faut justement savoir se montrer patient : sentir poindre l’excitation en attendant la sortie d’un nouveau disque, laisser à un artiste le temps de mûrir, donner la chance à un album de nous révéler ses profondeurs secrètes. Un bon point pour vous.

Seulement voilà, dans le cas du projet solitaire de Benjamin Power, moitié des épatants (et feus ?) Fuck Buttons, le problème ne se situe pas du tout là. Non non : le problème, voyez-vous, c’est qu’en écoutant l’album de Blanck Mass, on attend plus d’une heure durant qu’il se passe quelque chose, et qu’il ne s’y passe rien. Armé de bonne volonté, on traverse Sift Gold en se disant que ce n’est qu’une introduction, que les choses sérieuses vont commencer avec le long Sundowner. Mais on a tout juste droit à un bidouillage abscons, quelques notes de synthé mièvre sous trois couches de crépit.

C’est quoi, au juste ? Ambient ? Electronica ? Fusion prog-barbatruc ? Les lignes mélodiques qui sous-tendent Chernobyl sont d’un simplisme limite niais : Moby ne faisait rien de moins il y a vingt ans. Sur Raw Deal, on a l’impression de se farcir dix minutes de relaxation au son du chant des baleines bleues de la mer Baltique – crispante, la relaxation ! On a beau chercher, rien ne mentionne que ce disque soit la bande originale d’un épisode d’“Ushuaïa”. Non, ça se présente bien comme un album, avec une vraisemblable intention aventureuse. Mais les maigres variations rythmiques proposées par Sub Serious, tout comme le bêtement bruitiste Land Disasters, ne font que l’enfoncer dans la platitude.

L’espoir renaît sur Fuckers (de boutons ?) ; une voix étouffée vaguement perceptible semble annoncer un changement. Las ! Tout ça est paresseusement mis en boucle durant deux minutes qui en paraissent dix. Que dire alors de What You Know, qui titille carrément le quart d’heure ? Eh bien c’est contre toute attente la plage la plus intéressante de cet effroyable pensum, avec aussi un Weakling Flier de clôture qui s’offre de beaux allers-retours sur une nappe mélodique familière. Souci : on la jurerait calquée sur Supercollider, récent morceau obscur de Radiohead.

Pas fichu d’être un tant soit peu original, “Blanck Mass” se révèle a posteriori d’une incroyable prétention. Venant de quelqu’un à moitié responsable de “Tarot Sport”, ça déçoit pour le moins. On peut tout de même accorder à Benjamin Power d’avoir judicieusement choisi l’intitulé de son projet. Au fond, Blanck Mass pourrait se traduire vulgairement par « gros tas de rien du tout ». Et sans qu’on puisse qualifier ce fatras sonore de bruit blanc, on ne peut que constater, avec dépit, sa triste vacuité.

Article écrit par Laurent

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