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Of Montreal - Paralytic Stalks

mardi 7 février 2012, par Marc

Morne folie


Difficile de cerner une formation comme Of Montreal tant elle semble faire des efforts pour ne pas se laisser enfermer, quitte à être son propre geôlier. La bande de Kevin Barnes fait partie de celles que je suis régulièrement alors que peu d’albums d’eux m’ont plu dans leur entièreté. Il faut dire que leur propension à changer de direction plusieurs fois par minute ne facilite pas exactement l’attachement durable. Mais leur fantaisie finit souvent par emporter le morceau. Ou, plus précisément, finissait. Je ne vais pas ma lancer dans une analyse du personnage de Kevin Barnes, Nathan Fournier en parle très bien dans un article pertinent.

L’album part pourtant très fort, avec un Gelid Ascent qui place haut le space-rock, tout en épaisseur de son. Un album d’Of Montreal est un labyrinthe, et en tant que tel, réclame d’avoir l’âme jouasse. C’est de la pop (dans l’acception seventies du terme) occasionnellement sucrée qui doit s’aborder avec la même motivation que le progressif âpre. Sans quoi Winter Debts peut rebuter. Perdre le fil n’est pas seulement concevable, mais est une conséquence logique et même voulue. Ce qui réserve de bonnes surprises, quand un bon morceau solide (We Will Commit Wolf Murder) nous secoue dans des circonvolutions qu’on n’avait pas vu venir. Mais on peut aussi soupirer devant le manque de clarté, sauvé par une pirouette et puis qui replonge dans le chaos. On sent l’envie de détourner un morceau quand il semble faire trente secondes de bonnes choses. Ce qui est paradoxal si on considère que leur plus brillante réussite (The Past Is A Grotesque Animal) est un morceau tendu et linéaire de près d’un quart d’heure.

Bon, vous connaissez l’adage « on qualifie une œuvre d’« expérimentale » quand l’expérimentation a raté ». Et la mauvaise surprise de cet album, ce sont ces francs moments d’expérimentations qui usent (Exorcismic Breeding Knife), où on attend la brusque pirouette qui ne vient jamais. Ou alors très très tard, quand le piano-voix mélancolique de la fin d’Authentic Pyrric Remission, mais planqué tout là-bas, on dirait que c’est un morceau caché. Chacun mettra sa ligne quelque part, mais il est probable qu’elle sera dépassée à un moment ou un autre… Ces deux derniers morceaux totalisent 20 minutes (soit plus d’un tiers de l’album), ce qui est beaucoup pour un plaisir d’écoute limité. Cette partie-là va perdre du monde, on peut le prédire après s’être perdu soi-même.

Peut-être que c’est l’album qui me dépasse un peu, ou qui voit un groupe délirant (voir leurs concerts fous) ne pas trouver la sortie de son propre délire, laissant l’auditeur amateur sur le bord du chemin. Même la folie doit connaitre de la variation. Il reste beaucoup de bonnes choses (Ye, Renew The Plaintiff) sur cet album plus sombre, plus introspectif, mais le dernier tiers fait pencher la balance vers l’incompréhension.

Article écrit par Marc

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