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Benjamin Biolay - Grand Prix

vendredi 7 août 2020, par Marc


On ne traine jamais exprès pour terminer des critiques. Mais ce délai inattendu peut avoir deux conséquences positives. Tout d’abord, passer plus de temps avec un album, lui laisser le temps de percoler tout comme il faut, sachant que l’actualité n’attend jamais, même en ces temps particuliers. Ensuite, on peut récolter des échos et voir s’il trouve son public. Et cet album du retour de Benjamin Biolay l’a vraisemblablement trouvé. On parle donc d’un album qui a été en tête des ventes en France, ce qui ne nous arrive presque jamais finalement. Ce retour n’en est pas vraiment un en réalité, mais il marque un beau retour en forme après des tentations latinos qu’on avait moins goûté et un Songbook avec Melvil Poupaud qu’on avait zappé.

Benjamin Biolay se dit plus à l’aise avec l’imparfait, ce qui est une façon élégante de dire qu’on vieillit. Et ce n’est pas si mal finalement, le temps qui passe est un sujet inépuisable et quand il est bien exploité comme ici, sans amertume ni leçon définitive sur la vie, c’est très réussi. L’exemple le plus manifeste est Ma Route (plus enthousiasmante que celle de Black M) qui déroule une puissance d’évocation qui fait du bien. Ce temps tient aussi les premiers rôles de morceaux plus dépouillés comme Vendredi 12 (on y croit quand il se fait poignant comme ça) ou La Roue Tourne et fonctionne évidemment parce que le ton et la distance sont impeccables.

Les singles qui annoncent un album sont une arme à double tranchant et ici ça a double-tranché. En effet, le premier était Comment Est-Ta Peine et le second Souviens-Toi L’Eté Dernier, soit des morceaux non seulement situés aux deux extrémités physiques de l’album, mais aussi montrant la disparité des résultats, du meilleur au plus perplexifiant.

Pas de doute donc, Comment Est Ta Peine rejoint d’office les meilleurs morceaux de l’ami Benjamin (il l’est devenu). Que ce soit dans le thème ou son caractère en perpétuelle évolution, en mutation constante, arrivant à se relancer en permanence. Et puis cette mélancolie tenace est irrésistible parce que palpable et pas larmoyante.

A l’opposé il y a cette veine plus lisse, trop lisse de Souviens-Toi l’Eté Dernier. Grand Prix est aussi dans cette tendance, avec des petits airs de Le Bonheur Mon Cul. Vous l’aurez compris, trop ‘pantalon blanc et mojito’ pour nous. Dans le contexte de l’album, il peut être vu comme un intermède après une enfilade de morceaux consistants (on y reviendra). On retrouve aussi sur Interlagos ce petit air latino vintage qu’on n’aimait un peu moins sur Volver ou Palermo Hollywood. Mais au vu de la très haute tenue du reste, ce ne sont que de maigres réticences.

Surtout que la première partie de ce Grand Prix est captivante, enchaînant sans coup férir des morceaux plus immédiats. Visage Pâle peut ainsi se targuer d’une fluidité exemplaire et d’un gimmick de guitare qui fait mouche. Les quelques riffs sur Idéogrammes qui présente quelques similitudes avec les Morrissey récents. En plus, si c’est une référence assumée, déjà identifiée chez lui, Benjamin Biolay, lui, est resté fréquentable. Voilà, on en est au quatrième morceau et on a tranquillement vogué de tube potentiel en succès certifié.

Au calme/Et même pas maquillée/T’es belle/Comme une voiture volée assène-t-il sur un de ses morceaux les plus pop. On ne le prendra pas en flagrant délit de goujaterie en tous cas, même si on croit moyen à Il n’en voulait qu’à ton cul/quand moi je ne voulais que ton coeur.

Oui, il y a une thématique automobile qui traverse quelques métaphores mais ce n’est pas vraiment conceptuel pour autant. On aime la pochette qui évoque la rencontre des mondes de Michel Vaillant et celui du studio Hipgnosis, ceux qui ont fait les fameuses pochettes seventies de Pink Floyd, pour un résultat qui heureusement n’évoque pas la BO d’Archive. On retrouve cependant quelques synthés d’époque, parce que la formule 1, c’est plus celle de Jean-Pierre Beltoise de que de Lewis Hamilton, on ne refait pas. Ceux de Virtual Safety Car qui le rapproche de son coreligionnaire sérésien Benjamin Schoos.

Benjamin Biolay fait du Benjamin Biolay et bien franchement, on n’osera jamais en demander plus. Surtout qu’on prend au fil de l’eau quelques morceaux marquants. Revenu à un mode plus généraliste, il confirme que sa place dans la chanson française est tout là-haut. Si on n’ira pas jusqu’à dire que tout renverse ici parce que certains morceaux s’éloignent de nos goûts personnels, ceci est un de ses albums les plus percutants, s’inscrivant dans une discographie maintenant rien moins que passionnante.

Article écrit par Marc

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