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White Rose Movement : Kick

jeudi 12 octobre 2006, par Marc

Les années ’80 font de la résistance


On ne peut pas se dédoubler. C’est à cause de cette bien regrettable limitation de l’être humain actuel que j’ai raté White Movement au Pukkelpop de cette année. L’enthousiasme de ceux qui y ont assisté m’a encouragé à combler cette lacune.

Il suffit de quelques secondes du titre d’introduction (Kick) pour réaliser dans quelles eaux on vogue. L’intro au clavier est plaisante, la basse rebondit juste comme il faut mais la voix est excessivement typée. Sursaturée d’effets, d’écho et cantonnée aux hautes fréquences comme celle de The Rapture mais sans l’accroche râpeuse des New-Yorkais, elle nous ramène vingt ans en arrière. Vous l’aurez compris, White Rose Movement pratique, à l’instar de tant d’autres, le revival post-punk dansant qui s’accroche à la mode avec les dents. Si on avait The Departure pour singer le pan « héroïque » du mouvement (le pas souvent réécouté Dirty Words), ces gars-ci nous la jouent tout en puissance.

Même les mélodies, les chœurs, tout est vintage (Girls in The Back). On pense parfois écouter un morceau qui nous aurait échappé à l’époque et rattrapé sur une des innombrables compilations des années ’80. Ou alors des remixes, vu les basses présentes (London’s Mine) à foison. Ou un côté dance très seyant (Pig Heil Jam) tempéré par des synthés un rien kitsch mais des guitares plus convaincantes. C’est le son de la section rythmique qui raccroche White Rose Movement à notre époque. Avec de la bonne volonté, on est forcés de reconnaître qu’il y a du métier et de la pêche dans pas mal de passages, mais l’enrobage est trop référencé et les lignes mélodiques trop alambiquées pour vraiment séduire. Le mélange de sons vintage et actuels ne prend pas toujours (Tescard Girls), évoquant plus le remix actuel de vieilleries que la composition originale. Le son ne peut pas tout.

J’ai quand même un peu plus de mal avec les sons de synthé glissés ici. Les accélérations furieuses sont quasiment toutes bonnes (Idiot drugs) mais le son est un rien lisse. C’est évidemment voulu mais nuit à l’efficacité selon des critères exlusivement subjectifs. La mélodie complexe de Deborah Carne me fait penser à Erasure, ce qui me laisse rien moins que perplexe. Un gros son de guitare vient encore à la rescousse du refrain. Duran-Duran est-il un gros mot ? Question de point de vue mais je serais tenté de répondre positivement et on se prend à songer à eux de temps à autre. C’est évidemment une question de goût, mais je trouve les revivalistes plus sombres et sobres comme Editors et I Love You But I’ve Chosen Darkness bien plus passionnants.

Ces moments fonctionnent néanmoins. Petite suggestion, ceci n’est pas une musique qui se déguste tranquillement avec de petits écouteurs de lecteur mp3 mais prend tout son sens avec un fort volume qui sort des enceintes. C’est ce qui vous permettra de profiter à plein de Love Is A Number par exemple. Ce morceau est d’ailleurs tout bon, un petit concentré d’énergie sur un son compact et rond. Une cible pour mixeurs qui ne se sont d’ailleurs pas privés. Au rayon bonnes choses, citons l’intro de Cruella qui ressemble à celle de Banquet des excellents Bloc Party

L’anodin guette parfois mais la complexité permet quand même des moments plus directs de faire mouche, voire de se montrer bluffant (Asaltian), appuyés dans ce cas par un guitare plus vrombissante. Quand elle n’est pas là (Speed) on est tout dépourvus face à ces refrains kitsch.

Si l’interprétation et la production sont impeccables selon les critères du style pratiqué, je crains que l’album White Rose Movement rejoigne Infadels, The Bravery et The Departure sur les étagères des gadgets revivalistes à cause de la volonté d’insérer à tout prix des références eighties (synthé, chant affecté). Comme pour tous ces groupes, l’un ou l’autre single (le catchy Love Is A Number ici) vient transcender le style mais l’album complet est moins convaincant malgré une puissance de feu indéniable.

Article écrit par Marc

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