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The Decemberists : The Crane Wife

lundi 13 novembre 2006

Bon de bout en bout


Cette année a été riche en bons groupes américains. Peut-être est-ce juste une attention plus soutenue qui m’a permis de dénicher des perles de l’autre côté de l’Atlantique mais il semble que le puits soit sans fond. Voyez par vous-mêmes la liste des indispensables de l’année pour vous en convaincre. Suivant les conseils des disquaires, je me suis procuré The Crane Wife.

Dans quelle catégorie ranger The Decemberists (on n’est pas obligés) ? Dans celle, large et pourtant particulière du songwriting d’exception. On peut trouver dans ce tiroir des auteurs comme Sufjan Stevens ou Andrew Bird. Ca vole assez haut en somme. Le symptôme principal de l’appartenance à cette catégorie est qu’il y a au moins une bonne idée par chanson. Que ce soit au niveau des mélodies toutes de très heute tenue, de l’orchestration ou des trouvailles dans les paroles. On ne fait pas de bon album sans faire de bonnes chansons. Cette notion, si elle a la banalité d’une lapalissade, prend ici tout son sens. Car rien n’est à jeter sur The Crane Wife. Ils peuvent en effet beaucoup, du morceau enlevé presque pop (O Valencia, The Perfect Crime #2) à des moments très intimistes (You’ll Not Feel The Drowning, Shankills Butchers), de la tension électrique (When The War Came) à la balade gentille mais pas neuneu (Yankee Bayonet), du crescendo prenant (The Crane Wife pt.1) à la conclusion unanimiste (Sons And Daughters).

On note par ailleurs une écriture parfois teintée seventies (la troisième partie de The Island). C’est de surcroit un album conceptuel, puisque l’histoire qu’il raconte est celle d’un conte japonais. Les morceaux s’enchainent donc suivant une progression narrative. Il en a aussi le tic énervant de concaténer plusieurs morceaux différents en un long. Les séparer n’aurait en rien nui à la cohérence de l’ensemble, pourquoi les assembler parfois par deux ou quatre ? D’autant plus que le reste de l’album est de format plus logique ? La coquetterie a décidément ses mystères.

Trop complexe et catchy pour être du folk, trop séduisante pour être du progressif, trop travaillée pour être du rock, trop accessible pour être de l’alternatif, trop subtile pour passer dans des oreilles distraites à la radio, la musique de The Decemberists, est à beaucoup d’égards emballante. C’est ce qui montre le mieux le talent de Colin Meloy, le compositeur derrière tout ça. S’il ne vous mettra pas au bord de vous même (vous pouvez vraiment l’écouter n’importe quand et pratiquement avec n’importe qui), cet album comporte une quantité tellement négligeable de déchet et s’impose comme compagnon de route avec tellement de naturel. Et si c’était cet album constant dans la qualité qu’on attend depuis de si longs mois ? Il semble qu’ici (pour les distraits, je suis à Seattle pour le moment) on doive faire de The Crane Wife un concurrent sérieux pour le titre d’album de l’année. Même si ce genre de concours m’amuse beaucoup, je me méfie des albums ’obligatoires’. Mais plein d’écoutes ne laissent pas de doute ; on tient ici un pur moment de musique. Allez, les Decemberists, on rejoint ses petits amis sur la liste des grands albums du moment. Et plus vite que ça...


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