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My Morning Jacket - Evil Urges

lundi 9 juin 2008, par Marc

Docteur indie et mister mainstream


Le cas de My Morning Jacket ne se règle pas en quelques mots. A l’époque où je découvrais Z, leur album précédent, je ne soupçonnais pas l’étendue de ce territoire pourtant juste frontalier entre l’intransigeance indie et la facilité mainstream. Le succès critique presque unanime de l’époque m’avait en tous cas laissé perplexe vu que je n’avais pas été bouleversé par cette musique très bien faite, certes, avec une personnalité, bien sûr, mais ne générant pas beaucoup d’émotion. Ma réaction était donc un ‘bof’ candide. Depuis, trois ans ont passé (à mon échelle c’est 400 albums au bas mot), j’ai vécu aux Etats-Unis et l’avis sera plus nuancé. Suis-je devenu fan ? Non, pas du tout, mais je comprends mieux pourquoi. On n’explique pas de la musique, mais je vais tenter de vous poser ce qui entraine mes réactions.

My Morning Jacket est plus proche de la coolitude seventies des Eagles (I’m Amazed) que de la sècheresse indie d’un Wolf Parade ou des élucubrations de Menomena ou Xiu Xiu. Si pour vous le dernier Band of Horses était encore trop alternatif, voilà matière à ne choquer personne. La plage titulaire est une illustration de la dualité. Dans un morceau pas emballant du tout, où la voix si caractéristique de Jim James s’exprime en fausset s’insèrent des montées musicales très rock et personnelles.

Un bon album est constitué de bonnes chansons, on le sait. Si l’oreille avait été attirée plusieurs fois sur Z, elle le sera encore ici mais de manière sporadique. La faute notamment à un chant bien plus conventionnel et dépouillé des tonnes de réverb’ qui l’enfouissaient. Et qui se prend même pour Prince le temps d’une intro (Highly Suspicious). Et c’est comment ? Ca dépend de votre humeur en fait. Je suis sûr qu’après un bon verre de Spumante c’est assez rigolo mais dans mes conditions d’écoute, c’est rien moins qu’irritant. Dans la même série, les chœurs sur Sec Walking sont amusants. Il suffit d’être d’humeur à rire, voilà tout… En paquets de plus de deux chansons, autant vous le dire je trouve ça à la limite du supportable. Du mauvais côté de la limite d’ailleurs. Evidemment, ce ne sont pas les apports de steel guitar qui arrangent les choses (Look At You). Il en ressort des balades qui peinent à retenir l’attention (Thank You Too et une bonne moitié de l’album d’une manière générale), même s’ils ont inséré de vrais soli avec des morceaux de notes dedans (Aluminium park)

Quand ils font dans la simplicité comme sur Librarian, c’est tout de suite mieux. Et c’est quand ils sortent de la balade et du rock plan-plan qu’ils sont les meilleurs (Smokin’ From Shootin’ ou Touch Me I’m Going To Scream pt.2). Ces trois morceaux renforcent donc la frustration du reste de l’album. Sortis du contexte, ces trois excellents morceaux pourront donner une fausse envie de se procurer l’album. Ne vous laissez prendre qu’en connaissance de cause donc.

Pour marquer des différences avec le prédécesseur, on dira qu’Evil urges est plus compact dans le son, dans leur rock redneck pas ragoutant. Le rock carré mais pas trop énergique n’a aucun intérêt. Si la guitare électrique est le seul instrument digne d’être joué, et de façon classique qui plus est, alors, vous pourrez supporter Remnants. Moi pas. A l’heure ou de jeunes pousses s’apprêtent à reprendre la main (les excellents Fleet Foxes par exemple), la confirmation que My Morning Jacket évolue loin de mes aspirations me donne à penser que je me ferai porter pâle pour le prochain album.

Donc My Morning Jacket montre ses deux faces. Une musique de cowboy conventionnelle et pas appétissante et, sur quelques titres, des voies transversales bien meilleures et intenses. Une fois de plus, ce ne sont pas leurs qualités intrinsèques qui sont à blâmer, mais le fait que je ne sois pas sensible à ça. Si vous me lisez juste pour avoir mon avis, le voilà, en toute subjectivité : bofff. J’aime la musique lente si elle sert à rendre une ambiance. Quand elle invite juste à la somnolence ou à ne pas être écoutée, je ne suis plus là. Si pour vous le rock se doit de se consommer dans un véhicule à allure modérée, les cheveux au vent, c’est un bon choix. Si vous privilégiez l’émotion et l’originalité à la belle ouvrage, par contre, il est conseillé de passer votre chemin. Vous l’avez deviné, je suis usager des transports en commun.

Article écrit par Marc

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