Accueil > Critiques > 2004

Nick Cave And The Bad Seeds : Abattoir Blues/The Lyre Of Orpheus

mardi 8 août 2006, par marc


Et un retour, un ! Finalement, il ne nous avait pas quittés il y a si longtemps que ça, mais l’indigence des derniers albums nous faisaient croire à une séance de sur-place telle (No more shall we part, Nocturama) qu’on ne s’attendait pas à le voir ressurgir.

Il faut pour prendre toute la mesure d’un nouvel album de l’Australien faire un petit retour en arrière. Nous sommes au début des années ’80. Des terroristes sonores du nom de The Birthday party déconcertent les tenants les plus curieux de la scène alternative. Si vous trouvez un album de cette période-là, tendez l’oreille mais pas trop longtemps, c’est rapidement éreintant et extrémiste. Puis la carrière solo qui suit va tourner d’expérimentions sonores (Your funeral, my trial) en hymnes folk burnés (Henry’s dream) en passant par des albums sombres et apaisés (The good son) et des albums sombres et tourmentés (le romantique Let love in). Et puis, le recueillement presque mystique s’empare de lui (The boatman’s call, No more shall we part) avant de le voir sérieusement radoter (Nocturama).

Dès les premières notes de Get ready for love, on sent l’envie d’en découdre, la rage de revenir. Bien sûr, les choeurs qui parsèment ce double album (plutôt deux simples d’ailleurs) comme par exemple sur Nature boy évoquent les productions les plus récentes de Leonard Cohen, ce qui n’est pas forcément ce que je préfère mais enfin, la rage revient.

Ceux qui connaissent l’oeuvre du maître corbeau seront tout de suite en terrain connu (les crissements de Cannibal blues). Le plus déconcertant pour qui ne connait que les derniers opus sera sans doute Hiding all away, déstructuré, cassé mais puissant. La propension à la rupture s’exprime également sur Fable of the brown ape. Mon préféré restera l’emballement total de There she goes my beautiful world, qui m’évoque le pourtant insurpassable The Mercy seat. Rendons tout de même aux bad seeds (en grande forme) l’honneur d’interdire toute mièvrerie (Messiah ward).
Pour ne rien vous cacher, la seconde partie m’a moins touché. Mais en l’abordant comme une bonne petite douceur, elle est un contrepoint très réussi à la furie de la première.

En offrant une relecture d’une déjà longue carrière, en renouant avec la qualité et la quantité, ce double album installe Nick Cave comme un songwriter incontournable. (M.)

    Article Ecrit par marc

Répondre à cet article

  • Islands – What Occurs

    Kate Nash, Menomena, The Decemberists et maintenant Islands avant bientôt Bright Eyes, il faut se pincer pour ne pas se sentir quinze and en arrière. Mais bon, comme ce sont de bons souvenirs et que tout le monde est dans une forme créative manifeste, on ne va pas bouder son plaisir.
    Dans le cas du groupe Canadien, ce n’est pas exactement un retour vu qu’ils sont dans une période plutôt (...)

  • Bat For Lashes - The Dream of Delphi

    On ne pourra jamais reprocher à Natasha Kahn d’enchainer des albums identiques. Après le plus synthétique et clairement teinté eighties Lost Girls, la revoici avec un album vaporeux et presque ambient par moments. Peu de morceaux se détachent lors des premières écoutes, ce qui est habituel. Il a par le passé fallu des prestations live pour pleinement appréhender certains albums. Il faut dire que c’est (...)

  • Fat White Family – Forgiveness is Yours

    La subversion, en rock, ne passe pas nécessairement par les hurlements et les guitares déchainées. Et une dose de subtilité ou de décalage permet souvent d’obtenir le maximum d’effets. Si on avait attendu le wagon Serfs Up ! pour rattraper le train de Fat White Family, le mélange de morceaux amples, ronds et plaisants et d’un propos plus acide avait énormément plu.
    Ce digne successeur brouille encore (...)

  • Charlie Risso - Alive

    On avait approché l’univers de l’Italienne Charlie Risso par le biais d’un fort joli EP de pop synthétique baignée d’ambiances nordiques, ce qui était un peu étrange pour une Génoise (de la ville, pas la pâtisserie).
    On la retrouve dans ce registre qui avait tant plus sur un morceau comme Keep The Distance quand Railroad semble lorgner du côté de Ladytron, en présente la densité en tous cas. Mais si on (...)