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Kate Nash - My Best Friend Is You

jeudi 17 juin 2010, par Marc

Grandir


Dans la vraie vie, grandir est une des choses les plus difficiles. Dans la musique, le problème est encore plus aigu. Et quand on a rencontré le succès immédiatement grâce à un premier album brillant, la suite à donner est encore plus difficile. Ceci explique sans doute pourquoi Made Of Bricks a attendu aussi longtemps un successeur. Ce qui explique peut-être le temps inhabituel qu’il m’a fallu pour boucler cet article, qui a même attendu un concert relaté ici.

On a souvent eu l’occasion de le rappeler récemment et on va encore prochainement le faire, un second album est moins varié qu’un premier habituellement plus éclectique. Pourtant, c’est tout le contraire qui se passe ici. Alors qu’il lui aurait été facile de se cantonner dans un registre piano-voix dans lequel elle excelle et que sa déclamation toujours bien balancée entre assurance et fêlure gouailleuse pourra toujours faire la différence. Il faut presque attendre le dernier (et touchant de simplicité) I Hate Seaguls pour retrouver un tel morceau. Ah oui, Kate, il faut arrêter ces morceaux cachés, ça embête tout le monde

D’entrée, on est frappé par le côté spectaculaire de Paris (la chanson, la ville étant pas mal dans son genre). Comme le dernier EP des Pipettes (dont deux chanteuses sur trois sont parties il faut dire) est proprement calamiteux, on est content de voir Kate reprendre le créneau de la pop sixties canaille (Kiss That Grrrl).

Etrange de penser à Kim Gordon de Sonic Youth sur le pourtant très violonneux I Just Love You More qui lui voit retrouver une veine moins orienté ‘chanson’ ce qu’elle avait déjà tenté Play qui ne constituait pas le sommet de sa discographie. La voix qui s’élève peut même rappeler Björk sur Higher Place. A l’opposé, on croirait entendre Jana Hunter sur You Were So Far Away et je préfère l’original à la copie. Mais son grain de voix attachant peut s’exprimer, lui qui sait si bien établir une intimité. Ce lien essentiel est maintenu tout au long de l’album et est ce qu’on aime tant retrouver, cette proximité qui avait plu.

Mais Kate Nash, ce sont surtout des paroles. Ironiques mais pas désabusées, amusantes mais rarement triviales. On la retrouve cette fois-ci s’en prendre à une groupie (Mansion Song), apprécier le babecue, stigmatiser un homophobic prick, et d’une manière générale parler de relations, thème inépuisable qu’elle arrive à ne pas rendre mièvre par une attention aux détails, une pudeur bien placée et une expérience visiblement étendue pour son jeune âge. Elle aurait aussi pu faire dans mes nouvelles occupations de star, comme l’avait plutôt bien fait Mike Skinner sur le second album de The Streets, maintenant qu’on la devine moins encline à passer ses samedis soirs à se morfondre devant Les Experts.

A part les morceaux déconcertants ou plus attendus dont on a parlé, ce sont encore d’autres qui suscitent l’enthousiasme. Don’t You Want To Share The Guilt par exemple a une vraie progression, une tension éthérée obtenue en juxtaposant un violon et un débit vocal inarrêtable. Later On est un autre témoin de sa capacité à se créer un propre genre, enlevé mais pas écœurant. Et s’il avait un peu déconcerté à sa publication, le single est un morceau léger qui tombe à pic dans l’album.

On ne sent pas la suite abordée la peur au ventre, et sa versatilité est celle d’un premier album. Cet album qui avait toutes les raisons du monde de réduire son univers l’étend au contraire. Ce n’est pas une resucée du premier, et on la sent encore en plein doute, en pleine recherche (regardez son look sur scène), il y a ici assez de pistes pour nous donner envie de la suivre.

http://www.myspace.com/katenashmusic

Article écrit par Marc

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