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Sufjan Stevens, Cirque Royal, 10/05/2011

mercredi 11 mai 2011, par Laurent


Je ne me sens ordinairement pas de rédiger des reviews de concerts, mais vous comprendrez qu’un spectacle total comme celui que Sufjan Stevens a livré hier en prélude aux Nuits du Botanique avait toute sa place ici. Un moment unique, précieux, excessif comme la musique de cet artiste hors normes. Entorse aux habitudes pour un show inhabituel...

Le Cirque avait affiché complet en une journée. La venue du grand prophète cosmic-folk a rapidement suscité l’engouement d’un public bigarré : on entend des filles à l’accent français, des garçons qui parlent allemand ou italien, et un melting-pot équilibré pêché au nord comme au sud du pays. DM Stith entre en scène une demi-heure plus tôt que prévu, peinant à captiver un auditoire en plein arrivage massif. On sait pourtant qu’il défend, presque seul, un répertoire prodigieux. La foule n’en a cure et passe à côté d’un potentiel grand moment. Pas trop grave, dans la mesure où le multi-instrumentiste sera le pivot du line-up rassemblé par Sufjan Stevens.

Dix musiciens sur scène, dont deux choristes plus souvent sollicitées pour occuper l’espace grâce à leurs talents de danseuses, et une poignée de polyvalents s’échangeant régulièrement leurs instruments. Le barde du Michigan fait alors son entrée et déploie une immense paire d’ailes pour un Seven Swans anthologique. Frissons. De toute évidence, Sufjan et ses sbires ont l’intention de jouer ce soir la carte du grand spectacle. Une grand-messe kitsch orchestrée en tenues phosphorescentes, ambiance flashy comme dans le clip de Too Much qui sert de décor à une interprétation chorégraphiée du morceau.

Entre les titres, Stevens décortique largement la genèse de son dernier album, insistant sur la part d’improvisation qui a présidé à sa fabrication, l’inspiration déterminante du graphiste Royal Robertson et le rapport fondamental de ses chansons au corps et à la physique. Une exégèse un peu longuette mais qui convainc pourtant de se laisser porter, et de danser comme un dératé sur l’incroyable I Walked. La setlist est parfaite et, pour calmer le jeu, Stevens y insère quelques moments d’apaisement folk, instants de communion et de rapprochement tirés pour la plupart du “All Delighted People EP”.

Joué seul au piano, The Owl and the Tanager suspend le temps. Les larmes coulent à gros bouillons, et une heure de concert s’est écoulée sans la moindre faille. Les titres de “The Age of Adz” s’enchaînent pour en faire redécouvrir l’infinie profondeur, et l’artiste n’hésite pas à faire de l’épique Impossible Soul, morceau de bravoure d’une demi-heure, le point culminant de la soirée. Déguisé en cosmonaute de fantasy, boule à facettes sur le torse, Sufjan noie son organe cristallin dans l’autotune avant de renaître en phénix pour un finale déjanté : le Cirque devient un barnum, un carnaval à la Flaming Lips avec lâcher de ballons, puis c’est la conclusion de superbe retour à la terre ferme.

Après un interminable rappel, Sufjan Stevens réapparaît débarrassé de tous ses oripeaux, et redevient le chanteur de folk baroque qui séduisait bien avant les délires apocalyptiques. Grâce à trois extraits bien choisis de “Come On Feel the Illinoise”, il achève de conquérir un public émerveillé. La fête se consume sur un splendide Chicago qui démontre avec brio combien Sufjan Stevens est capable de mettre des étoiles dans les yeux qu’il a auparavant fait pleurer. Les oreilles, surtout, lui seront éternellement reconnaissantes de ces 2h30 de magie et de folie, de démesure et de beauté.

Setlist
1. Seven Swans / 2. Too Much / 3. Age of Adz / 4. Heirloom / 5. I Walked / 6. The Owl & the Tanager / 7. Vesuvius / 8. Get Real Get Right / 9. Enchanting Ghost / 10. I Want to Be Well / 11. Futile Devices / 12. Impossible Soul / (Rappel) / 13. Concerning the UFO Sighting... / 14. Casimir Pulaski Day / 15. Chicago

Photo : Zandra

L’avis de Violette sur son concert dans un autre Cirkus, à Stockholm

Article écrit par Laurent

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9 Messages de forum

  • Sufjan Stevens, Cirque Royal, 10/05/2011 11 mai 2011 16:39, par bousval

    Je vais le voir dans 15 jours au Primavera. Je doute que le spectacle soit aussi long qu’hier soir mais cette chronique m’a convaincu que je ne devrais pas hésiter entre l’ami Sufjan ou un autre concert. Merci !

    Voir en ligne : http://www.goldsoundz.be

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  • Sufjan Stevens, Cirque Royal, 10/05/2011 11 mai 2011 17:51, par Claire

    un grand spectacle pour un album bien plus grand encore. j’aurais vraiment tout vu au cirque royal ce soir là : du mauvais goût le plus complet et assumé (les danseuses et les chorégraphies, allez, oui mais non) aux moments de grâce (on a tous failli chialer au début quand il a levé ses ailes), une voix extraordinaire, des arrangements complètement fous, des monologues parfois longuets, un impossible soul interminable, un rappel incohérent, mais tout était fascinant et barré (et pourtant réglé au millimètre). j’en suis ressortie déboussolée

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  • Sufjan Stevens, Cirque Royal, 10/05/2011 11 mai 2011 19:34, par MrMasure

    Down avec l’article. C’était vraiment LE spectacle totale. On est passé un peu par tous les états. Je suis, moi aussi, retourné déboussolé, lessivé mais aussi heureux. :)

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  • Sufjan Stevens, Cirque Royal, 10/05/2011 13 mai 2011 13:30, par Caroline

    Je ne me sens ordinairement pas de commenter des reviews de concerts, mais là je ne peux pas rester sans rien dire. Ce concert a été pour moi la pire déception musicale de toute ma vie et je commence à me demander si je suis normale tant les éloges sont nombreux par rapport à ce show ridicule "à la Mika".
    Vous avez pleuré à son concert ? Vraiment ? Qu’est-ce qui vous a touché ? Son zizi orange fluo ? Ses 2 danseuses de fancy-fair ? Ses monologues interminables ? Ses morceaux assourdissants ? Son vaisseau spatial ? Son ego surdimensionné ?
    J’avoue ne pas avoir accroché à son dernier album mais j’espérais quand même retrouver au concert la grâce dont il fait preuve dans Seven Swans et Illinoise. Je m’attendais à "rencontrer" un homme touchant, émouvant, bouleversant, humble et j’ai juste vu une espèce de Bernadette de Soubirou moderne qui s’aime et qui s’écoute parler. J’ai aussi beaucoup pensé à Jean-Michel Jarre ! :).
    Un jeans, un banjo et de l’émotion, c’est tout ce que je demandais.
    Si j’ai envie de voir un show déjanté, je vais voir Of Montreal, pas Sufjan Stevens ! Et si j’ai envie de voir Tron 3, je vais au cinéma. Je regrette tellement d’avoir assisté à cette horreur. Il m’a fallu 2 ans avant de réécouter Weather Systems après la déception du concert d’Andrew Bird, il m’en faudra bien plus avant que je ne réécoute Seven Swans. Pour moi, Sufjan Stevens n’est plus. RIP.

    Marc (si tu me lis), ceci est la preuve que je lis "esprits critiques" ;)

    Ah oui, et même si ça y ressemble, je n’attaque pas les fervents défenseurs de Sufjaneke ! Il n’y a que lui que j’attaque.

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    • Sufjan Stevens, Cirque Royal, 10/05/2011 13 mai 2011 19:22, par Caroline

      Je viens de lire la critique de Violette. Excellent ! C’est exactement ce que je pense ! Ca fait du bien, je me sens moins seule...

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      • Sufjan Stevens, Cirque Royal, 10/05/2011 13 mai 2011 19:48, par Laurent

        On ne peut pas être touché par les mêmes choses. Pour moi, la grâce aérienne d’un The Owl & the Tanager ou l’interprétation transcendée de Seven Swans correspondent à l’idée que je me fais de la beauté la plus poignante, suffocante presque.

        Je suis d’accord avec toi sur un point, c’est le côté assez nombriliste du bonhomme, que ma mémoire sélective a fini par omettre au terme d’un spectacle qui m’a offert tant et tant. Mais je comprends tout à fait que la rupture entre le Sufjan au banjo et cet artiste (prétentieusement) conceptuel et (grotesquement) extravagant ne soit pas du goût de tous.

        C’est amusant que j’aie pensé moi aussi à Of Montreal pendant le concert, en me disant (et en oubliant de l’écrire aussi) : ce que ces types essayent de faire de manière archi-pénible, Sufjan le rend digeste et même beau. Que puis-je te dire de plus ? Ce qui bouleverse l’un débecte l’autre et vice versa, et c’est très bien comme ça. Au moins tous les avis sont à l’image du spectacle : excessifs. ;D

        J’espère quand même que tu as passé un bon moment pendant l’encore. ^^

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        • Sufjan Stevens, Cirque Royal, 10/05/2011 15 mai 2011 14:36, par Caroline

          Tu as raison, c’est la rupture entre le folk et le conceptuel que je n’ai pas digérée. J’aurais dû m’en douter après l’écoute de son dernier album mais bon... j’espérais encore !
          En fait, je suis plus déçue que fâchée. J’aurais dû aller le voir il y a 5 ans.

          Et je n’ai pas entendu l’ "encore" car je suis partie un peu après son exposé powerpoint sur Royal Robertson. De toute façon, c’était trop tard, plus rien ne m’aurait touchée. Son "the owl and the tanager" ne m’a pas émue le moins du monde. Peut-être que s’il n’avait pas dit juste avant : "c’est super dur à chanter mais je vais faire ça comme un pro et vous en foutre plein la gueule", il aurait eu une toute petite dernière chance de m’émouvoir :). (Oui, je sais, je fais une fixation sur l’humilité)

          Bon, allez, j’espère qu’on sera d’accord pour Twin Shadow ! (si report il y a) :)

          Je profite de ce message pour vous féliciter pour ce blog. J’admire ce genre d’initiatives et encore plus les gens qui, comme toi, consacrent leur temps libre à partager leur passion.

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          • Sufjan Stevens, Cirque Royal, 10/05/2011 16 mai 2011 06:35, par Laurent

            Merci ! Tu me rappelles effectivement cette phrase-choc lancée par Sufjan juste avant The Owl & the Tanager... moi j’ai plutôt mis des oeillères sur l’absence d’humilité. ^^

            Bon, et puis y’avait une part d’humour aussi. M’enfin, tu as raté le moment où Sufjan s’éclipse pour laissr la vedette à son claviériste. Un grand moment d’humilité ! :D

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  • Sufjan Stevens, Cirque Royal, 10/05/2011 17 mai 2011 02:49, par MrMasure

    C’est marrant parce que ce que vous avez pris pour de la prétention, moi je l’ai pris vraiment pour de l’humour. Il y avait même, pour moi,un certain sens de l’auto-dérision. Question de point de vue...

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