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Boy - All We Left Behind

mardi 21 juin 2011, par Laurent

Droit devant


L’album est disponible sur le Bandcamp de Boy & the Echo Choir,
en version digitale (« name your price ») ou en CD-R très très limité...

Quand Caroline Gabard, en congé de sa chorale d’écho, se pose seule face à son piano volant, ce n’est pas pour jouer à saute-mouton avec les nuages. On aimerait explorer, juste une nuit, les rêves de cette grande fille à l’alias de garçonnet, mais on aurait trop peur de se réveiller en larmes. C’est qu’il y a tant de tristesse dans cette apesanteur ; le mal du siècle neuf, celui d’une douce enfant capable de s’adonner à un, deux, trois Playtime tout en souffrant des nostalgies d’adulte.

De son parcours opalescent, pourtant, Boy a bien dû abandonner quelques bribes de souvenirs fanés. Sans se retourner. “All We Left Behind” ou ces deuils sublimes, ces renoncements à l’indicible. Ce qu’il reste dans le sillage ? Peut-être des bouts de chansons qui ne seront jamais des chansons... tout au plus quelques notes qui, sans s’imposer, demandent poliment au silence la permission de le déchirer. Il faut tendre l’oreille pour percevoir les nuances de blanc. « Please prefer headphones », nous glisse-t-elle.

Au bord de la mer, l’artiste se laisse divaguer, comme un Ólafur Arnalds aux pieds perdus dans l’eau glacée ; coincée sur un littoral trop étroit, elle appelle la vie nautique à noyer sa solitude de terre ferme (Come Offshore), rêve d’une fugue au cœur de la ligne d’horizon (An Escape). Sans se retourner. Sans plus jeter le moindre regard à la côte, Sail On. Et poser, pour un instant seulement, quelques mots sur ce qu’on quitte, même si les mots ne peuvent le dire et que le piano l’a déjà laissé trop loin.

Loin au sol. Malgré le poids de la mélancolie, le navire vogue depuis longtemps dans un ciel d’encre où il ne jettera jamais l’ancre. Parmi les Oiseaux, Boy voit sa mémoire s’émietter en piaillements insouciants. À l’autre bout des ondes, on se souvient de tout : les émotions refoulées par pudeur, les premières fois, l’impression de suffoquer quand la beauté nous attrapait la gorge. En 23 minutes à caresser les flots, Caroline Gabard sait toujours comment s’y prendre. Invité au voyage, on y laisse nos restants d’innocence.

Article écrit par Laurent

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