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Islands - Taste/Should I Remain Here at Sea ?

mardi 17 mai 2016, par Marc


Même s’ils sont un peu tombés en désuétude, on connait bien les doubles albums. Quand l’ambition force un artiste à s’étendre un peu, le résultat est parfois historique, souvent un peu trop copieux. Plus rare est la sortie simultanée de deux albums distincts dans le fond et la forme. De mémoire, je ne peux me rappeler que Bright Eyes qui avait sorti les faux jumeaux et magnifiques Digital Ash in a Digital Urn et I’m Wide Awake, It’s Morning un beau jour de 2005.

La dernière production d’Islands se présentait un peu comme une synthèse, ces deux-ci proposent plutôt d’approfondir deux tendances, deux envies qu’on leur connaissait déjà et qui aurait très bien pu constituer une suite logique et s’insérer parfaitement dans la discographie du groupe qui commence à avoir sérieuse allure. Ce n’est pas non plus conceptuel au point que les mêmes morceaux soient présentés dans deux moutures différentes. Voyons donc ce que le groupe mené par le Canadien Nick Thorburn (aussi croisé au détour de Mr Heavenly) nous propose sur ces deux réalisations.

Taste présente leur versant le plus synthétique, avec synthétiseurs et boîte à rythmes. Charm Offensive était connu et est toujours aussi pertinent avec son sens mélodique mélancolique et un break lent qui le termine de puissante façon. Ce n’est pas du tout intuitif, mais la veine plus synthétique est aussi leur plus lancinante. Dans une veine similaire, on avait beaucoup aimé Ski Mask et on ne retrouve pas nécessairement le même plaisir sombre, notamment parce qu’ils nous ménagent ici plus de moments enlevés. No Milk, No Sugar est simplement un bon morceau pop, tout comme The Joke qui se présente comme un moment très relevé.

De plus, un séquencement judicieux rend cet album fort cohérent, le plus enjoué It’s Heaven se présentant comme une résurgence du plus pesant Pumpkin. On entend donc sur cet album de la musique viscéralement pop, douce-amère et au contenu synthétique modéré puisque c’est souvent la guitare qui mène la danse. Mais pas toujours puisque la prenante lenteur de Carried Away est assurée par des machines. Fort logiquement, les sons de guitare sont différents sur les deux albums, renforçant encore leur ‘couleur’ musicale.

Should I Remain Here at Sea ? est une évocation du toujours recommandable premier album Returns to the Sea qui me les avait fait découvrir. Parce que j’étais un peu passé à côté des Unicorns je l’avoue. On retrouve dès Back To It leur veine de pop indé faussement enjouée (Thorburn reste un parolier à l’impeccable ironie) que vient continuer Fear avec la très réussi partie instrumentale finale en petits riffs acides. Cette guitare apporte aussi beaucoup à Innocent Man.

La batterie roule comme le veut le genre, rendant Sun Conure et ses chœurs bien convaincant. Rappelons au passage que le leader omnipotent a toujours pu compter sur une section rythmique de premier choix. Mais l’album s’apaise vers la fin, terminant dans un slow en bonne et due forme (At Sea). Et on a appris que ce genre de morceau est quelque chose qu’ils maitrisent, quel que soit l’habillage sonore.

‘Choisir c’est renoncer’, c’est sans doute la difficulté que Nick Thorburn a voulu contourner ici. Au lieu de choisir entre deux envies, il a préféré en approfondir deux en parallèle. Evidemment, cette volonté réclame deux fois plus de morceaux exploitables et c’est sans doute là que l’exploit est le plus marquant tant ses deux albums se suffisent à eux-mêmes et présentent le point commun d’être très aboutis. Dans ce contexte, je me garderai bien de désigner mon favori tant l’écoute des deux se révèle gratifiante. La quantité et la qualité ? C’est le pari gagné d’Islands.

Article écrit par Marc

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