Accueil > Musique > 2007 > Yeasayer - All Hours Cymbals

Yeasayer - All Hours Cymbals

jeudi 10 janvier 2008, par Marc

Une grosse envie d’été


Voyez-y du mauvais esprit si ça vous chante mais certaines musiques m’ont l’air d’avoir pour intention de brouiller le pauvre critique. C’est que quand on pense que tous les assemblages ont été tentés, il reste encore des pistes à exploiter. Dès lors, essayer de brancher un groupe et son public, ce qui est le but implicite de ce site devient compliqué. On va quand même tenter de vous intéresser à ce rattrapage de l’année écoulée.

La musique de Yeasayer est une des preuves auditives que toutes les boutures sont à même de prendre quand un peu de talent est employé à leur réalisation. Une fois encore, c’est par la voie des comparaisons tordues que j’espère m’en sortir. J’évoquerai donc une sorte de Tv On The Radio en tongs, de Panda Bear à la plage, voire Caribou au club méd. Ils partagent avec les premiers le goût de la soul détournée et des voix de tête (le brillant Sunrise d’ouverture), avec les seconds un sens de la mélopée (Germs et Ah, Weir qui se succèdent) et les troisième celui des harmonies vocales. Car ils jouent sur plusieurs fronts, ceux de la texture et du son, mais aussi celui de l’harmonie. C’est qu’après cinq jours d’enregistrement seulement ce sont des mois de postproduction qui ont été consacrés au polissage de ces morceaux.

C’est la chanson 2080, qui a fait le tour des blogs qui est à l’origine de la réputation apocalyptique du propos de Yeasayer malgré l’aspect très ensoleillé (africain ?) du morceau. Honnêtement, même si mon anglais n’est tellement à blâmer sur ce coup-là, les paroles ne sont pas exactement mixées en avant et restent peu intelligible pour le francophone moyen.

On dénotera aussi au passage de grandes traces de psychédélisme (Wait For The Summer est fort réussi) qui rendent écoute ensoleillée et plutôt variée. C’est que certains premiers Pink Floyd ne sont pas loin (Wintertime). Et ce ne sont pas les parties de guitare d’un No Need To Worry, judicieusement placées qui infirment cette impression. On aura presque fini le name-dropping avec le Paul Simon circa Graceland puisque visiblement ces gaillards proposent une vision détournée de l’afrobeat.

Les voix, souvent dédoublées, sont le ciment entre toutes ces chansons certes très cohérentes dans leur intention mais moins uniformes dans le traitement. Il est très étrange d’avoir passé une année en citant aussi souvent les Beach Boys. Bien que tombant parfois dans la redite, cet album de Yeasayer intrigue et enchante aussi. C’est qu’il se dégage de son écoute (surtout répétée) une volonté de tracer son propre chemin qui les distingue. Même si la famille d’intention est connue (celle qui va de A sunny Day In Glasgow à Vampire Weekend), c’est un de ces groupes pour lesquels on pourrait créer une étiquette pour eux seuls. C’est qu’il ne s’agit pas d’influences diverses de musiciens qui décident de jouer ensemble ni d’une compilation sautant d’un genre à l’autre mais d’une enfilade de morceaux cohérents.

Vers la fin de l’album l’attention chute inévitablement puisque les morceaux plus anodins s’y retrouvent groupés. Ecouter l’album dans un ordre aléatoire confirme que ce n’est pas la lassitude qui en est la cause. On n’a donc pas l’intransigeance d’un Animal Collective mais pas non plus la facilité pop de l’imminent Vampire Weekend. Gentiment barrée, la musique de Yeasayer est à même de satisfaire les curieux qui souhaitent une pause dans des expérimentations. L’alternative est intéressante, trop lumineuse pour sembler prétentieuse, mais manque peut-être un peu de quelques titres plus puissants pour oser défier les nouvelles références. C’est donc comme complément psychédélique aux indispensables défricheurs qu’il faut les appréhender que comme la révélation de l’année 2007. A part les allergiques aux chœurs, tout le monde pourra trouver un intérêt pour cet album qui flanque une sérieuse envie d’été.

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

  • Of Montreal - Freewave Lucifer fck

    La carrière d’Of Montreal est un peu comme ses chansons et ses albums, faussement insaisissable mais qui permet de dégager des structures. On a ainsi oscillé entre un découpage forcené parfois captivant mais occasionnellement crevant et des albums solides et accrocheurs à la fois. Il faut dire que même après plus de quinze ans (et 10 albums relatés), on n’arrive toujours pas à anticiper les mouvements de Kevin Barnes et c’est très bien comme ça...
    Ce processus de consolidation et déconstruction (...)

  • Regina Spektor – Home, Before and After

    Il est parfois un peu dépréciatif de parler d’album de la maturité en matière de rock. On cache en effet sous ce terme le remplacement de l’énergie et de l’excitation des débuts par une forme plus fouillée et plus policée qui parle plus à l’esprit qu’au corps. Mais Régina Spektor ne fait pas exactement du rock et on notait sur tous ses albums des moments plus expérimentaux qui étaient un rien rudes pour nos petits nerfs, comme si elle devait montrer que tout ça n’était pas si sérieux. C’était à la marge, (...)

  • Perfume Genius – Ugly Season

    Les carrières musicales les plus passionnantes sont rarement linéaires. Mais elles ont toutes tendance à suivre la même direction : vers le haut. Depuis ses débuts, on n’a en tous cas à déplorer aucune baisse chez Mike Hadreas. Et ce n’est pas cette nouvelle évolution qui va inverser la tendance.
    Les musiques qui constituent cet album ont été à l’origine composées pour la pièce dansée The Sun Still Burns Here du studio Kate Wallich. Ce travail commissionné par le Seattle Theatre Group a connu des (...)

  • Andrew Bird – Inside Problems

    On avait laissé le grand Andrew Bird sur l’ironiquement nommé My Finest Work Yet qui se montrait finalement à la hauteur de ses prétentions. Tel un artisan, il polit son art album après album, et le temps semble son allié. Pas de dérapage en vue donc sur son onzième album studio solo.
    Surtout qu’il l’a enregistré avec quatre musiciens habituels et c’est peu dire qu’ils sont à leur affaire. Underlands est un morceau d’emblée attachant, avec ce groove blanc qu’il maitrise tellement. On entend surtout ici (...)