Accueil > Critiques > 2022

Florent Marchet - Garden Party

mercredi 13 juillet 2022


Si aucun artiste n’oserait se définir comme ‘engagé’, ils sont nombreux à être concernés. Et la première chose à poser dans ce cas-là , c’est un constat. Ils sont nombreux par contre à relater leur quotidien, réel ou fantasmé. Florent Marchet est depuis toujours un observateur avisé et il prête sa voix à plein de contemporains. On ne parle pas d’état du monde cependant, c’est plutôt l’intime son terrain de jeu. Et pour les constats sociaux, allez plutôt regarder du côté de Frère Animal dont les deux indispensables volets sont des jalons de la chanson française récente.

Evidemment, si on évoque des sujets actuels et personnels, les thèmes ne peuvent pas vraiment être riants. Vu de loin même, c’est carrément un catalogue. La famille est vue par le prisme des réunions lourdingues (En Famille), des adolescents en crise (La Vie Dans Les Dents), d’un outing catastrophique (Paris-Nice). Quand on parle de couple, il explose à cause la distance (Loin Montreal), de la violence domestique (Comme Il Est Beau) ou de la foiritude du garçon (Créteil Soleil). Et quand c’est de l’espoir, c’est celui de la sortie de prison (Cindy). Parfois c’est juste une bouffée de nostalgie (Les Amis) ou carrément des signes de l’apocalypse (Le Dakota).

Dit comme ça, on n’a pas vraiment envie et c’est pour ça qu’il faut dépasser cette vision superficielle. Pour que ce soit réussi, il faut trouver la bonne distance. Ne pas se moquer des personnages mais ne pas être glauque non plus ni trop allusif. C’est donc un album qui grandit avec les écoutes parce qu’il faut entrer dans ces vies-là . Et puis surtout, il faut de la beauté, simple et limpide. Et il y en a à foison ici. De belles chansons comme Loin Montréal qui peuvent compter sur une mélodie imparable, tout comme Lindbergh-Plage ou Les Amis. Musicalement il y a toujours une luxuriance qui jamais ne vire à l’emphase (En Famille), même quand les cuivres s’en mêlent (Le Dakota).

Il faut aussi trouver des angles, des éclairages neufs. Les chansons sur la paternité sont fréquentes mais aborder ça par le biais de l’angoisse des parents est plutôt bien vu et dépasse largement le cadre de départ (De Justesse). L’expérience des deux Frère Animal lui permet aussi de se lancer dans un spoken word rien moins que poignant avec Freddy Mercury. On ne sait pas si c’est autobiographique (ce n’est pas important après tout) mais on croit en cette vérité, celle qui peut se passer de la validation de la réalité.

Pas de slogans, des histoires, c’est par ce biais que ces chansons percolent sans coup férir. L’art peut-il transcender la dureté de la vie ? Oui, bien évidemment. Il y a une vraie beauté dans le naturalisme de Florent Marchet.


Répondre à cet article

2 Messages

  • Florent Marchet - Garden Party 13 juillet 2022 11:02, par Laurent

    Très. Très. Très grand album. Quand bien même l’artiste est coutumier du fait ("Rio Baril", cet autre chef-d’œuvre), j’ai été scotché de bout en bout par ce bijou qu’est "Garden Party", un album où chaque chanson laisse une trace forte (dont quelques stigmates bien profonds : Freddie Mercury, incroyable).

    Tu vises juste, comme toujours, quand tu parles du bon dosage de distance et d’empathie qui permet de savourer ce naturalisme puissant. La force d’évocation est telle, pour ma part, qu’il faut en chercher les comparaisons du côté littéraire, près des Edouard Louis, Adeline Dieudonné, Nicolas Mathieu... J’ai vraiment été sidéré par la réussite remarquable (après un "Bambi Galaxy" qui m’avait laissé sur ma faim) que constitue cet album, lequel parvient à être à la fois bouleversant, drôle et révoltant. Les deux "Frères Animal" y arrivaient sur le fond, mais ici l’homogénéité et le soin apporté à la forme façonnent un disque absolument impeccable.

    repondre message

    • Florent Marchet - Garden Party 14 juillet 2022 20:14, par marc

      Oui, un énorme album, et il m’a fallu un peu de temps pour le réaliser. C’est plus discret qu’on ne le pense et au final, chaque morceau fonctionne, tout seul ou avec les autres. C’est encore plus remarquable que c’est un album copieux.

      Je prends le Nicolas Mathieu en vacances, rien de tel pour une bonne barre de rire. Mais si les oeuvres tristes rendaient malheureux, ça se saurait...

      repondre message

  • ML - Tout Bas

    Quand on partage des communiqués de presse via des brèves, c’est par souci d’exhaustivité, ce qu’on y présente couvrant un spectre plus large que celui de nos goûts (litote). Mais il arrive aussi souvent qu’on en profite pour faire de belles découvertes. Ainsi, La Fête de la bruxelloise ML nous avait tapé dans l’oreille si on peut dire. Et dans un contexte où les artistes fancophones (…)

  • Olivier Savaresse – Calamity Jane

    Ce n’est pas parce qu’on a déjà beaucoup fréquenté un artiste qu’on ne peut plus être dérouté. Après quatre albums (beaucoup) écoutés, cette nouvelle proposition d’Olivier Savaresse a demandé un peu de temps pour nous devenir pleinement familière.
    C’est le chant qui déconcerte le plus, même si on est déjà bien familiers de son œuvre. Les textes sont ciselés mais plutôt descriptifs et ils (…)

  • Sam Sauvage - Mesdames, Messieurs !

    Elle est étrange, cette façon très française d’incorporer beaucoup d’ancien dans la musique moderne. Sans doute pour opposer une proposition plaisante face à l’hégémonie du rap, des artistes émergents mêlent une forme un peu moderne à des thèmes et surtout une façon de chanter très ancrée dans une tradition très vieille. Que ce soit Claude, Zaho de Saghazan ou Clara Ysé ou encore Eddy de (…)

  • Coraline Gaye - La couverture des Choses

    Brèche de Roland, ce nom étrange a résonné longtemps, malgré le temps qui passe et les centaines d’albums écoutés. C’est dire que cet EP avait marqué. Coraline Gaye revient sous son nom propre pour un premier album qui entérine définitivement un grand talent.
    La chose qui frappe d’emblée et se confirme au long des écoutes est le relatif dépouillement qui laisse une grande place à sa voix, (…)