Accueil > Musique > 2006 > Snowden : Anti Anti

Snowden : Anti Anti

jeudi 21 septembre 2006, par Marc

Les mélanges réussis font les albums personnels


Décidément, le hobby qui consiste à écrire des critiques est bien tordu. En écoutant le premier album de Snowden, je pensais que je n’en trouverais pas l’accès, comme je suis resté hermétique pour diverses raisons à Broken Social Scene, Animal Collective ou encore Tv On The Radio. Mais la volonté d’avoir quelque chose à vous écrire m’a fait m’accrocher et m’a aussi permis de pleinement apprécier cet album. Et le moins que l’on puisse écrire, c’est que je ne le regrette absolument pas. Annoncé depuis quelques mois par uen page sur Myspace qui leur avait fait une réputation flatteuse, cet album est donc finalement une des bonnes surprises de la rentrée.

Nous sommes en 2006. Il est facile avec un rien de recul de voir l’emprise d’un déterminisme dans la succession des albums qui nous sont proposés. Je m’explique. Cette année a vu l’émergence de fusions si pas contre nature, du moins pas gagnées d’avance. C’est en effet dans le mélange de la musique froide des années ’80 et une certaine forme de post-rock ou de shoegazing [1] qui la caractérise. Des références récentes viendront en renfort.

La première chose qui frappe chez Snowden, c’est la rythmique. Cette batterie mise ostensiblement en avant et qui cogne. Pas comme une double pédale de métal, mais qui enserre le morceau comme un joli corset (là, je vais avoir des féministes sur le dos) et lui donne sa ligne directrice, qui est souvent dénuée de changements de tempo. C’est sur cet instrument que repose la structure des morceaux de ce Anti-Anti. C’est par contre du côté des guitares qu’il faut rechercher les allusions aux années ’90. C’est dans ces petits riffs que les morceaux prennent leur originalité. Rappelant tantôt Editors (Stop Your Bleeding) ou Tv On The Radio (Innocent Heathen).

On ne retrouve pas ici d’accélérations, de montées ou de descentes. C’est une musique qui trouve sa pulsation et la garde tout l’album. Il faut passer au-delà de l’uniformité des premières écoutes pour goûter pleinement aux perles qui se dégagent. On citera donc en vrac Filler Is Wasted qui conjugue son de basse distordu typiquement américain (ils proviennent d’Atlanta) et guitare claires, Black Eyes plus enlevé et synthétique, Counterfeit Rules plus sombre et Stop Your Bleeding et son souffle qui nous rappelle en plus intenses les tentatives de rock héroïques d’il y a 20 ans. C’est d’ailleurs l’intensité qui caractérise tous ces morceaux et même les autres. C’est elle qui nous séduit tout au long des écoutes qui ont suivi les premières.

Cet album se situe donc dans la droite ligne des Editors, I Love You But I’ve Chosen Darkness, Film School ou Iliketrains. Le plus remarquable est de créer sa propre personnalité, par le truchement de percussions singulières pour créer une ambiance propre. Même si le dernier morceau se passe de section rythmique. Mais une guitare acoustique vient le pallier. Ils peuvent aussi créer de l’intérêt comme ça.

La musique de Snowden est comme ce chocolat noir presque amer qui nécessite que votre palais soit réceptif. Mais à l’instar du cacao, ça peut devenir puissamment addictif.

Un des meilleurs albums du moment alors ? Si vous avez compris ça, c’est que je ne me suis pas exprimé si mal que ça.

Article Ecrit par Marc

Notes

[1Pour ceux qui n’auraient pas sous la main La Critique Rock Pour Les Nuls, rappelons brièvement que Le Post-rock est un mouvement de musique surtout instrumentale qui utilise l’instrumentation rock dans le but de ne pas faire du rock, jouant sur les timbres, les textures et les effets plutôt que sur les structures classiques et les riffs systématiques. Le Shoegazing est ce mouvement parti d’Angleterre au début des années ’90 et qui noyait des mélodies parfois naïves sous des couches de guitares brouillardeuse. La passion folle dégagée par les musiciens qui regardaient leur chaussures en jouant donne son nom pas gentil à ce mouvement

Répondre à cet article

  • Unik Ubik – I’m Not Feng-shui

    Quand on avait entendu Maggie Débloque, on n’avait pas tout de suite succombé. Peut-être que l’idée de s’en prendre (justement) à une ministre démise depuis des lustres ne semble pas l’idée de l’année. Surtout parce que la musique à haute dose d’énergie et de complexité attend son moment. Il est arrivé plus tard, et il est arrivé, et l’album passe d’un coup d’un seul. Parce qu’une fois que l’envie est là, on apprécie cette étreinte qui jamais ne se desserre.
    Le chant décalé et choral est dans les canons (...)

  • A Place To Bury Strangers – See Through You

    Comme Animal Collective, A Place To Bury Strangers nous indique que la musique est la rencontre de morceaux et d’un son. Ces morceaux pourraient être traités de façon binaire et être du punk ou du post-punk de consommation courante mais leur traitement en fait autre chose. Alors que toutes les musiques très typées ont tendance à uniformiser leurs représentants, ils ont toujours eu cette propension à se distinguer. Et on a suivi le cours de leur discographie depuis les débuts, même si on a (...)

  • Motorama - Before The Road

    Mine de rien, les Russes de Motorama sont arrivés à trouver un style bien personnel, même si les composantes peuvent se retrouver par ailleurs. On l’avoue, la tentation de reprendre intégralement la critique de Many Nights et de mettre à jour quelques titres de morceaux a été grande. Mais si l’honnêteté nous pousse à réécrire un article, on se doit aussi de préciser que ce qui en a été dit à l’époque s’applique toujours.
    Non, ce n’est pas encore solaire, mais leur façon de distiller de la mélancolie sans (...)

  • I LIKE TRAINS - KOMPROMAT

    Si vous voulez la version courte, ce cinquième album d’I LIKE TRAINS est un des plus percutants de l’année, et ça s’écoute en dessous de l’article. Si vous voulez un peu plus de détail, on peut commencer par un rappel des faits.
    On avait craqué tout de suite pour le groupe de Leeds, pour ce mélange de sons et structures post-rock utilisés dans des morceaux qui reposaient aussi sur la voix de baryton de David Martin. Il y avait ce sens du paroxysme qui vrillait l’âme au casque ou en concert. Il y avait (...)