Accueil > Critiques > 2009

B R OAD WAY - Gang Plank EP

mardi 17 novembre 2009, par marc

Quatuor attack


Encore un train rattrapé en marche. Celui des Français de BR OAD WAY (coquetterie de typographie) qui avec ce copieux EP de 8 titres (beaucoup ne se seraient pas privés d’appeler ça un album) publient leur troisième opus. D’après ce que j’ai compris, l’idée qui sous-tend ce Gang Plank est la rencontre avec le quatuor à cordes PLI. Et ils se sont offert un mastering aux légendaires studios d’Abbey Road.

Et on a beau ne pas avoir connu ce qu’ils ont fait avant (plus electro et expérimental d’après ce que j’en ai lu), on se sent très vite chez soi avec ce mélange un peu hétéroclite sur papier. Dès le premier morceau Absurdity, le son de violon donne l’impression d’un Massive Attack qui se serait réfugié sur le label Constellation (Thee Silver MT Zion, Do Make Say Think, ce genre).

Sur presque tous les morceaux, d’une longueur moyenne plutôt élevée, ils pratiquent le deux temps. Entendez que le démarrage est toujours placide avant que les choses sérieuses ne commencent, avec une pulsation, un violon au son toujours particulier, et souvent une bonne dose d’euphorie (Origamic). Ce procédé permet de belles montées en intensité, puisqu’indéniablement intensité il y a. Mais on attend parfois en vain une accélération, ce qui est bienvenu pour la variété.

Le phrasé n’est pas loin de certaines formes de hip-hop mais allez savoir pourquoi, il m’a aussi évoqué les passages déclamés de Ghinzu (Origamic). Ou alors on pense à ce qu’aurait pu faire un Venus (sauf que…). Parfois même le chant semble échappé du Manchester des années ’90 et ce n’est pas le seul élément du genre puisqu’on aurait pu également y trouver l’arpège de Cunning. Lequel fonctionne aussi très bien avec son violon paniqué dans une transe frénétique

Dans un grand pays comme la France, il y a forcément de tout. C’est moins emballant que n’essaient de nous faire croire les Inrocks mais plus gratifiant que ce que la ronronnante chanson française laisse à écouter. De toute façon ici, on n’est jamais loin d’une aristocratie canadienne, même si on n’a pas le côté occasionnellement plus joyeux et débraillé d’outre atlantique, ni la volonté d’hymne (les mélodies ne restent pas en tête). Le chant est en effet peu démonstratif et l’ensemble finalement discret, jouant plus sur ses qualités d’ambiances (la torpeur d’un Nobody). A vous d’aller à leur rencontre donc. Parce que si la difficulté n’est jamais de mise, ils ne parent pas leurs morceaux d’atouts fluo.

Seb vous avait parlé en début d’année de Jon Hopkins qui réussissait à mêler l’organique et le synthétique, le beat et la délicatesse du violon et du piano. Voici ma proposition de fusion. Mais si le résultat n’est pas aussi exceptionnel et dans un genre radicalement différent, il semble aussi naturel. Naturelles aussi semblent les citations de Thoreau ou Emerson puisque ne pas les identifier ne diminue pas le plaisir d’écoute. Mélanger des textures plus urbaines et un quatuor à cordes est donc un mélange qui marche sur la longueur sur cet EP qui dégage une personnalité indéniable.

http://www.myspace.com/broadway6am.com
http://www.myspace.com/quatuorpli

    Article Ecrit par marc

Répondre à cet article

  • Sparkling – We

    On vous avait déjà parlé de l’éclectisme des Allemands Sparkling et si cette caractéristique se retrouve toujours, ils ont sensiblement déplacé le curseur. Exit la composante post-punk ou les allusions à Wire, le virage est plus pop. Et réussi comme on va le décrire.
    D’emblée, We sonne presque comme du Sparks. Et cette veine se retrouvera au détour des plus rentre-dedans et électriques (…)

  • Kety Fusco - Bohème

    L’efficience est la capacité à obtenir un résultat optimal avec le moins de ressources possible. Si ce n’est pas un concept fort usité en musique, parce qu’il n’y est pas très pertinent, on peut déjà dire que Kety Frusco n’est pas une artiste efficiente. Sans que ça n’en diminue les mérites.
    Aussi étrange que ça puisse paraître, ce n’est pas du tout la première fois qu’on vous parle de (…)

  • Glass Museum - 4n4log City

    Voici donc le second troisième album du groupe de Tournai, faisant toujours la part belle au piano et à la batterie. Le concept étant maintenant connu, il était temps pour eux d’élargir leur horizon. Antoine Flipo et Martin Grégoire ont en effet recruté un troisième membre en la personne du bassiste Issam Labbene tout d’abord. Il fait par exemple un excellent boulot en habillant Gate 1 mais sa (…)

  • Camilla Sparksss - ICU RUN

    Barbara Lenhoff l’avait bien dit à la sortie de son album plus apaisé Lullabies, ce n’était qu’une digression. Et pour brillante qu’elle était, il faut admettre qu’elle était moins percutante que le formidable Brutal. On est donc plus que satisfaits d’un retour vers cette veine puissante qui prend un peu le temps de placer les choses avec les sons fondus d’Holy Shit.
    Elle a donc besoin d’un (…)