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Phantogram - Eyelid Movies

lundi 19 avril 2010, par Laurent

À la va-vite


La vie va trop vite. On voudrait pouvoir écrire sur tout, tout le temps, mais les heures manquent et on est toujours, inlassablement, rattrapé par une actualité musicale frénétique. Certains disques m’ont ainsi contraint à l’abandon. Et puis parfois, quand le moindre interstice s’y prête, on s’y insinue à la va-vite pour revenir sur un album qu’on aurait voulu pouvoir partager. C’est dans ce contexte que je m’offre un court moment pour parler de Phantogram, avant que le torrent de la hype – où ces Américains n’ont probablement pas leur place – ne déferle à nouveau et balaye les derniers espaces disponibles pour donner à entendre ce réjouissant "Eyelid Movies".

Ces gens ont-ils un passé ? Je n’en sais fichtre rien, et je serais même tenté de vous dire que je m’en tamponne un peu. Pour les curieux, je répondrai tout de même par la négative, l’absence de traces discographiques laissant à croire qu’on a ici affaire à un premier album. Une petite réussite, soit dit en passant. Duo à la scène – pour la ville je ne sais pas, vérifiez sur Facebook – Josh Carter et Sarah Barthel se partagent tout : l’écriture, la production, le micro. Cet album, ils ont traversé l’Atlantique pour le faire mixer à Bristol, et ça en dit long sur leurs motivations : dès Mouthful Diamonds, il apparaît clairement que leurs sources d’inspiration proviennent d’un grand écart entre l’Angleterre et les Etats-Unis, de Herbaliser à Dntel, de Roots Manuva à Uzi & Ari, comme le dernier groupe branché de Brooklyn qu’on aurait livré en pâture à une turntable.

Une base rock tantôt versant dream-pop (l’épatante When I’m Small), tantôt limite post-punk (All Dried Up et sa montée inexorable), avec des guitares hypnotiques régulièrement audibles mais qui refusent de se présenter sans s’être refait une beauté chez le rémouleur trip-hop. Au 21e siècle, ce curieux mélange des genres ne devrait logiquement dérouter personne, et surtout pas ceux qui possèdent l’album de Gonjasufi. Occasionnellement envoûtants (Turn It Off) voire émouvants (You Are the Ocean), aux sens les plus classiques des termes, le gars et la fille de Phantogram multiplient les fausses pistes : sans ses affèteries synthétiques, Bloody Palms aurait pu faire un joli tube électrique ; Futuristic Casket commence comme un brûlot hip-hop avant de finir en vol plané au-dessus du crâne dégarni de Moby ; quant au traficotage vocal de Run From the Cops, il confirme à Phantogram le statut de gentils allumés.

Voilà donc un premier disque impressionnant de maîtrise technique. À défaut d’un enthousiasme plus prononcé, j’aurais du moins été fort marri de le passer sous silence, tant les écoutes successives démontrent son épaisseur et sa résistance physique : loin de s’essouffler, "Eyelid Movies" se fait au contraire de plus en plus convaincant, même s’il n’y a pas non plus de quoi crier au génie. Trois étoiles, ça dit ce que ça veut dire : le plaisir est garanti, pas l’envie de se lever la nuit. Et puis cette critique vous aura au moins appris deux choses : d’une part l’existence d’un duo hip-trip-pop-rock-psyché franchement intéressant – à supposer que vous l’ignoriez – et d’autre part, à quoi ressemble une chronique d’album rédigée à la va-vite. Vous ne voyez pas la différence ? Touché.

Article écrit par Laurent

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