Accueil > Musique > 2011 > I’m from Barcelona - Forever Today

I’m from Barcelona - Forever Today

jeudi 2 juin 2011, par Laurent

Les plus courtes sont les meilleures


On prend les mêmes et on recommence ? Enfin, les mêmes... honnêtement, ça faisait un bail qu’on avait arrêté de les compter, nous, les lutins suédois – et pas catalans pour un sou – de I’m from Barcelona. Aux dernières nouvelles, on en dénombre vingt dans la pochette intérieure de leur troisième album, alors que dans notre souvenir ils étaient vingt-neuf à leurs débuts. Un changement de line-up qui sacque pour ainsi dire d’un coup neuf musiciens, ça fait quand même lourd, mais encore une fois on n’est pas à ça près. D’autant que I’m from Barcelona, ça a toujours été et ça restera Emanuel Lundgren, ses compositions foutraques, sa voix lead et ses petits amis de Jönköping.

Bien sûr, il y a eu entre-temps “27 Songs from Barcelona”, ce concept un peu ronflant qui voulait démontrer que les autres membres de la bande sont aussi musiciens et, avec plus ou moins de réussite, occasionnellement songwriters. Un vaste bordel qui a fait dévier le groupe de son enthousiasmante trajectoire. Avant cela, en effet, l’épatant “Who Killed Harry Houdini ?” montrait que I’m from Barcelona n’était pas qu’un combo carnavalesque destiné à animer les après-midis des festivals en déguisements animaliers. Surprenant de profondeur, le deuxième album était plus que jamais centré sur son leader et dévoilait une plume plus aiguisée qu’il n’y paraissait, amenée à vivre un futur possiblement imprévisible.

« I need a new direction », chante donc Lundgren sur Always Spring. Un morceau dont le titre trahit les ambitions contradictoires du Suédois, persuadé que quelque part c’est toujours le printemps, et faisant ainsi écho à l’intitulé de cet album anachronique. Car non, aujourd’hui ne durera pas une éternité, et ce qui nous avait amusés sur “Let Me Introduce My Friends” ne pouvait décemment nous faire rire plus longtemps. Ayant négligé le célèbre adage qui fait des plus courtes les meilleures, I’m from Barcelona retourne sans complexe à sa pop festive, occasionnellement contagieuse certes, ce qui ne l’empêche pas de charrier désormais une odeur de plus en plus envahissante de sapin.

Dans le registre foufou, nul doute que le disque compte encore quelques authentiques réussites, en particulier son triptyque d’ouverture (Charlie Parker, Get in Line, Battleships) soit autant d’imparables tubes joyeux bouclés en trois minutes. Par après, on retrouve même un je-ne-sais-quoi de gravité derrière la couche de youp-la-boum d’un morceau comme Come On, mais c’est Game Is On qui révèle les qualités d’écriture les plus tenaces en étalant de façon nettement moins frontale sa plus-value mélodique. Si toutes les compositions pouvaient être de cette facture-là, on ne serait pas étreint par la tentation peu charitable de rebaptiser le morceau Game Over.

Rien de sadique là-dedans : la plage titulaire, loin d’incarner une foi absurde en la longévité de leur art, referme l’album des Suédois comme un chant du cygne. « We didn’t do all the do’s, I guess we did all the don’ts, we’re gonna miss this place. Do what you do and do it all the way. Go where you go, it’s gonna be OK. » Comme s’il avait compris qu’il était temps de prendre des chemins séparés, le groupe semble enfin chanter ce qu’on voudrait l’entendre chanter : la prise de conscience, dépourvue d’amertume, que la fête ne dure qu’un temps et qu’il faut à présent tenter d’autres aventures. Une carrière solo pour Emanuel Lundgren ? Aucun choix artistique ne serait plus avisé.

De nos jours, beaucoup de jeunes gens s’essayent à la vie en communauté, toutes formes de colocation confondues, histoire de subvenir à leurs besoins à moindres frais. C’est aussi, surtout, une façon de reculer à plus tard le passage véritable à l’âge adulte, celui où l’on s’assume pleinement et sans se reposer sur un esprit de groupe positif mais souvent artificiel. Dès lors qu’on a fait le tour de la question, on peut penser à un avenir moins utopiste, plus proche de la réalité de la vie : au fond, on est toujours seul. Emanuel Lundgren nous a présenté de bien sympathiques amis. On espère pour lui qu’ils le resteront mais surtout, qu’il apprendra bien vite à se débrouiller sans eux.

Article Ecrit par Laurent

Répondre à cet article

  • Josefin Runsteen - HANA Three bodies (Original Soundtrack)

    Même si on n’est pas exactement un service public, un peu de gai savoir s’impose parfois. Le Butoh est une danse de performance minimaliste créée au Japon en 1959. La danseuse suédoise Frauke a donc demandé à sa compatriote Josefin Runsteen de créer une bande-son pour une performance et c’est ce qui constitue l’objet musical du jour.
    La lisière entre les musiques électronique et classique est fréquentée et c’est dans ce (large) registre qu’on trouve ce HANA. De la musique de danse, donc, mais pas de (...)

  • Annika and the Forest - Même la Nuit

    On l’avoue, un talent féminin éclectique et un peu électronique, c’est quelque chose qui nous plait. On peut penser à Bat For Lashes, Harrys Gym, Jeanne Added, Odd Beholder ou autres et on ajoutera donc la Suédoise Annika Grill et son troisième album.
    On est d’emblée mis à l’aise par un petit air de Metric dans leurs moments les plus gorgés de beats et de guitares combinées (Thinking Crazy). On apprécie qu’Empty Space soit empli de cette énergie. Mais ce n’est pas la seule pour un album qui évolue au (...)

  • Frida Hyvönen - Dream of Independance

    Ce n’est pas parce qu’une artiste nous a marqués fortement qu’elle ne peut pas échapper momentanément à notre radar. Ils faut dire que si certaines de ses productions plus récentes que son album d’il y a 9 ans ne se sont pas signalées, c’est aussi parce qu’elles étaient chantées en Suédois. Et puis la toute dernière fois qu’on l’avait aperçue, c’était aux côtés de First Aid Kit pour une soirée hommage à Leonard Cohen qui fait actuellement l’objet d’une sortie en ce moment.
    Une chanson de Frida Hyvönen, c’est (...)

  • First Aid Kit - Ruins

    Elles en ont fait du chemin, les Suédoises de First Aid Kit. Il y a un peu plus de 8 ans, on les découvrait dans une petite Rotonde en ouverture de Megafaun et Port O’Brien et maintenant elles jouent à guichets fermés après une expatriation réussie aux Etats-Unis. La recette marche donc et les sœurs Klara et Johanna Söderberg n’ont visiblement pas l’intention de la changer. Deux voix à l’unisson, des morceaux au classicisme indéniable mais parfois habités d’une fraîcheur plaisante.
    Ce quatrième album (...)