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Séance de rattrapage n°7 - Atmosphérique

samedi 25 juin 2011, par Laurent


Pour s’enfiler quelque chose d’un peu plus digeste le week-end, revenons sur quelques disques dont on n’a pas trouvé l’occasion de parler en long et en large. Du coup, autant en parler vite et bien, comme ça vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous aura pas prévenus... Cette semaine, voici dix albums pour se balader dans le pur éther, entre pop atmosphérique et errements progressifs, pour décrocher la lune et plus si affinités.


Braids – Native Speaker

Qu’attendre d’un groupe qui s’est affublé du nom de « tresses » – à bien distinguer de ces infâmes-ci – sinon de complexes assemblages filandreux où les éléments se confondent, rendant solidaires tout et son contraire... Le combo montréalais, à ce titre, remplit clairement son cahier des charges : en fait de mélodies, il construit des labyrinthes sonores où beaucoup ne retrouveraient pas leurs petits. Sauf sans doute Animal Collective, à qui les Braids font immanquablement penser pour cette façon de noyer leurs charpentes sous d’innombrables couches de lichen synthétique tout en laissant émerger la voix narcotique de Raphaelle Standell-Preston ; et ce, sans se priver pour autant de pratiquer ici l’idiome afro-pop (Same Mum), là le langage ésotérique de The Knife (Lammicken). Troublant.


Peter Broderick & Rauelsson – Réplica

Il eut été difficile d’accorder davantage qu’un entrefilet à ce disque qui, tout magnifique qu’il soit, ne compte jamais que deux chansons – respectivement de 14 et 22 minutes. On peut cependant les envisager comme de mini-symphonies divisées en différents mouvements, dont les titres en plusieurs parties définiraient les motifs. Ainsi de Un Castillo, Un Molino, Un Mapa y Un Plan, qui commence par une longue baignade en eaux troubles, entre piano flottant et violon tendu, avant que Rauelsson n’ose imposer son chant espagnol tout aérien ; au mitan, les âmes restent en suspension, et c’est après être passées par toutes les saisons que les voix retournent enfin aux abysses. L’infatigable Peter Broderick, aux commandes de 1001 projets, délivre ici sa plus belle épopée, qu’il marque de son empreinte dérisoire et fascinante.


Simon Dalmais – The Songs Remain

On va tout de suite évacuer le problème : Simon Dalmais est le frère de la déjantée Camille. Où est le problème ? Eh bien c’est que je suis, comme qui dirait, méchamment amoureux de sa frangine. Donc vu que le brave Simon est un peu mon beau-frère idéal, il m’est difficile de dire du mal de son premier album ; d’autant que sa pop planante, chantée en anglais cela va de soi, n’est pas désagréable pour un sou. Waiting, Get on Nice,... les titres se suivent et se ressemblent, on a déjà entendu ça chez Syd Matters. Et puis il y a les instrus sensibles, mâtinés d’une touche kitsch à la Vladimir Cosma (Sweet Senses My Love). Tout ça ferait fureur dans un film de Christophe Honoré (ou de Francis Veber), et ne manque pas de rappeler Sébastien Tellier ici ou là. Mon beauf devrait penser à se laisser pousser la barbe.


Jenny Hval – Viscera

Après Olivia Pedroli, c’est au tour de Jenny Hval d’abandonner son ancien pseudonyme pour officier sous son nom de baptême. Ceux qui ont eu la chance de la fréquenter sous l’alias de Rockettothesky savent déjà que la jeune Norvégienne n’a pas son pareil pour élever le chant païen au rang de télépathie cosmique. L’entendre parler si crûment de sexualité peut donc dans un premier temps dérouter ; qu’en outre elle décline ses ardeurs au gré d’une danse de la pluie (Blood Fight, Black Morning) ou dans une envolée lyrique pas loin d’être rock (Portrait of the Young Girl as an Artist), et l’on conçoit combien “Viscera”, disque sur le désir et la chair, est à la fois proche du silence (This Is a Thirst) et du vacarme (Milk of Marrow). Puissamment aphrodisiaque, il éveille surtout les sens à une forme céleste de rut.


Iamamiwhoami – B.O.U.N.T.Y

Dans cette époque exhibitionniste où le secret est une valeur qui se perd, l’aura brumeuse entourant certaines formations apparaît désormais comme une plus-value, à l’aune de laquelle se juge parfois leur art ou qui, à tout le moins, justifie qu’on en parle. Pendant un temps, on n’a pas su grand-chose de ce qui se cachait derrière ce nom intrigant, sinon des morceaux en forme d’acrostiche – ils sont respectivement intitulés B, O, U-1, U-2, N, T et Y – et, comme on le découvrirait ensuite, la personnalité singulière de la poppeuse suédoise Jonna Lee, ululant ses litanies à la façon d’une Marissa Nadler perdue dans l’espace. Plus étonnant est dès lors le support musical choisi : un creuset électro quasi vintage, qui cligne occasionnellement de l’œil au big beat ou à la techno, mais n’oublie jamais d’être envoûtant.


Johann Johannsson – Miner’s Hymns

On connaissait le talent du compositeur islandais pour tamiser la poésie des lignes de code (“IBM 1401”) ou créer des mondes parallèles (“Fordlândia”). Son univers, cinégénique s’il en est, ne pouvait que se frotter à l’image. C’est la raison pour laquelle le réalisateur Bill Morrison, mettant en scène la vie minière au siècle dernier, a eu l’idée inspirée de faire appel à Johann Johannsson pour la mise en son. Le résultat est inespéré : en six plages captivantes, le musicien déploie un entrelacs de textures (é)mouvantes, de cuivres au souffle court, donnant à vivre l’oppression obscure de ses personnages, la claustrophobie des tunnels et la peur sourde du coup de grisou. En jouant habilement des silences, Johannsson décuple ses effets et contribue à rendre bouleversant ce plaidoyer pour la solidarité et la dignité humaines.


Phaedra – The Sea

Il y a effectivement sur “The Sea”, premier album de l’aède norvégienne Ingvild Langgård, quelque chose d’éminemment aquatique. Il est évidemment trop tentant de recourir à la métaphore éculée du chant des sirènes... mais comment ne pas imaginer, sur la plage titulaire, que la fille en question est bel et bien une créature mythologique, qu’elle se confond avec l’écume et que sa voix immémoriale ne berce les marins que pour mieux les noyer ? Death Will Come, chante-t-elle d’emblée, et on est prêt à accueillir l’écueil comme un don céleste. Que l’écrin soit celtique (Honeydewed Autumn) ou appalachien (The First to Die), la chanteuse y laisse s’ébattre un gosier taillé dans le cristal, au gré des flots bienveillants de quelques arpèges azur. Les profondeurs nous attirent, il n’y a plus qu’à nous laisser couler.


Planningtorock – W

“W” pour « double toi », pour la symétrie et l’alter ego. Parce que le monde de la mystérieuse Janine Rostron, artiste anglaise installée à Berlin, est parfaitement circulaire et qu’elle y déploie sa double personnalité en faisant subir à sa voix les mêmes traitements qu’une Karin Dreijer Andersson. Être ambigu, bisexué, elle renforce son androgynie (I’m Yr Man) sans oublier qui elle est (Janine). Sa musique, empreinte d’une lourdeur inquiétante, puise donc souvent chez Fever Ray (le formidable Doorway qui ouvre le disque) mais recourt aussi parfois aux codes révolus des années 90 (Manifesto et ses relents d’eurodance) ou 80 (l’anachronique Living It Out) ; y compris quand elle calque d’autres organes équivoques comme celui de Marc Almond (Going Wrong) voire de Jimmy Sommerville (#9). Une vraie marginale.


Sleepingdog – With Our Heads in the Clouds and Our Hearts in the Fields

Quand Chantal Acda gazouillait dans son coin sous le nom de Chacda, on ne donnait pas cher de sa peau fragile, possiblement destinée à griller dans le méchoui du pop-rock flamand post-ado. Puis il y a eu des rencontres. Un très bel album de folk automnal, l’an dernier, avec True Bypass. Et pour cette 3e étape de son projet Sleepingdog, une autre collusion internationale où l’organe farouche d’Acda épouse merveilleusement la matière sonore dessinée par Adam Wiltzie, notamment aperçu chez Windsor for the Derby. Ainsi les claviers éthérés de l’Américain atteignent-ils des cimes de beauté délétère aussitôt que le chant s’en mêle. Untitled Ballad of You & Me terrasse l’auditeur en huit minutes de larmes subliminales. Ce n’est qu’une des perles que le disque enfile l’une après l’autre. It Leaves Us Silent : en effet.


Susanne Sundfør – The Brothel

Dans la grande lignée des sorcières qui hantent les forêts scandinaves, on ne peut pas dire que Susanne Sundfør déshonore le genre. Sa voix, pour commencer, possède en supplément un joli grain soul qui la distingue imperceptiblement de ses coreligionnaires. C’est ainsi qu’un titre comme Turkish Delight peut sonner comme un charmant croisement entre folklore et night-club. D’autre part, son univers familier de séduction flottante est admirablement épaissi par un travail original sur les rythmiques. On entend alors aussi bien un beat 2-step (It’s All Gone Tomorrow), un tambourinage martial (Knight of Noir) et même plusieurs moments de teck sensible (Lullaby, Lilith), part émergée d’un iceberg d’arrangements clinquants et clairvoyants. La classe norvégienne, une fois de plus.

Article écrit par Laurent

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3 Messages de forum

  • Séance de rattrapage n°7 - Atmosphérique 14 novembre 2011 17:31, par Mmarsupilami

    Les étoiles données à Rauelsson-Broderick et Sleepingdog me disent que tu pourrais aussi jeter une oreille au très inaperçu et beau Get Lost de Mark Mcguire. M’en vais en parler un de ces jours, tiens ! _ ;-)

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    • Séance de rattrapage n°7 - Atmosphérique 14 novembre 2011 17:49, par Mmarsupilami

      Quelque chose qui n’a rien à voir avec votre contenu musical. C’est terrible de n’avoir aucun contrôle là dessus mais, pour l’instant Google répercute sur votre blog une pub pour un "produit" qui -ça ne ’étonnerait pas- pourrait flirter avec l’attrape gogo et l’escroquerie : FOREX Comment voulez vous investir 40 000 euros avec 100 euros seulement ?.

      J’avoue que ça me hérisse le poil sur la tête pour vous !!!

      Répondre à ce message

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