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Muse : Black Holes And Revelations

mardi 29 août 2006, par Marc


Avec un rien de recul, on peut dire qu’à la charnière des années ’90 et 2000 Muse fut un groupe important. Apportant une certaine grandiloquence à un pop-rock qui se cherchait, ils ont joui d’une importante cote de popularité, laquelle ne semble d’ailleurs pas s’émousser.

Quelques années ont passé et le monde de la musique n’est plus pareil. Nous non plus d’ailleurs. Il faut le génie d’un Radiohead pour passer le temps sans s’user. Le syndrome Placebo, groupe en pilotage automatique, aurait-il frappé Muse ? C’est ce que nous allons tenter de vérifier. Oublions donc un instant ce que j’ai pu écrire à l’époque sur l’album Absolution.

Cet album est Muse jusqu’au bout des ongles mais marque aussi une rupture avec les trois précédents. Ce n’est pas le moindre (mais c’est presque le seul aussi) de ses mérites. Exit donc les riffs meurtriers, ce sont les grooves touffus qui tiennent le devant de la scène. Plus de virtuosité au clavier non plus, trop modeste sans doute. De plus, ils ont tourné le dos au grandiloquent pour clairement s’afficher dans le registre pompier voire pompeux. Il faut ainsi attendre 3’30" de Invincible pour entendre un riff de guitare et une voix qui prend ses aises. On est aussi dans un registre plus connu dans Assassain. La progression d’accords elle-même est très typique.

Visiblement, la démarche du Muse nouveau est tout pour le son, au détriment de la composition épurée. Des versions acoustiques de ces titres sont inenvisageables, alors que ceux des deux premiers albums supportaient l’exercice. Par exemple Map of the problematique a un son touffu, navigue sur un son plein comme un oeuf, comme celui que pratiquait U2 sur Pop, leur premier d’une série toujours en cours d’albums exécrables. Cette tentation discoïde (réussie) en fait d’ailleurs une cible idéale pour les remixeurs de tout poil. On attend ça. Exo-politics est ainsi rendu fermé comme une huître. Les vocalises de Bellamy étant mises sous éteignoir et ne servent plus de gimmick. Le morceau apparaît donc comme faiblard

La balade Soldier’s Poem est également symptomatique : le remplissage est poussé au maximum, les voix sont dédoublées, voire détriplées (au secours, j’ai même pensé à Queen) et l’émotion va voir ailleurs si j’y suis. De même le glam électronique du premier single au titre superlatif Supermassive Black Hole ne me plait pas non plus dans le contexte de l’album. La flamboyance est ici limée au profit d’une production XXL flaquée d’une voix plus proche de Justin Timberlake que de Jeff Buckley.

C’est quand même merveilleux d’oser des morceaux comme l’heroïc-fantasy Knights of Cydonia. On n’a plus l’âge de ne pas trouver ça ridicule. Notez que si ça m’était tombé dans l’oreille il y a quinze ans j’aurais adoré. Est-ce le cynisme de l’âge ? Mais toujours est-il que quand les choeurs sont arrivés je me suis écroulé de rire. Muse m’a mis de bonne humeur. Les gens qui en doutent de rien sont réjouissants. On a d’ailleurs plusieurs fois l’impression au long de l’album qu’il s’agit de génériques de fin pour superproductions hollywoodiennes (Take a Bow). Reconnaissons néanmoins qu’ils poussent le bouchon tellement loin qu’il n’y a qu’eux à pratiquer ce genre d’emo-rock extême. Heureusement The Veils annonce un album, ça va nous consoler un peu. Il y a un effet pervers à ça : on va aborder le reste de la discographie avec un autre oeil peut-être pas bienveillant.

Voilà, Muse a choisi son camp et profite de son assise dans les stades pour fournir la musique qui va avec. C’est la limpidité de cette démarche qui empêche de jeter aux orties un album au son hénaurme mais désespérément lisse et qui dégage plus d’ennui que d’émotion. (M.)

Article écrit par Marc

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