Accueil > Musique > 2010 > Sophie Zelmani - I’m the Rain

Sophie Zelmani - I’m the Rain

mardi 16 mars 2010, par Marc

Cœlacanthe folk


Si je m’attendais de voir Sophie Zelmani quelque part, ce n’est certainement pas dans la rubrique « actualités musicales ». Car c’est véritablement un fantôme de mon passé musical qui revit là, comme un cœlacanthe folk. En fait, j’avais retrouvé sa trace à l’occasion de la rédaction d’un article pour radiolibre, dans le cadre de cette rubrique au nom si délicat. J’y avais appris qu’elle produisait toujours. J’avais ensuite complètement oublié cette information et je n’étais pas le seul, vu que sa tournée ne passe qu’en Suède, en Suisse et en Allemagne De plus, je me rends compte qu’on est raccord sur ce site puisque Laurent a déterré Baby Bird.

Ce qui a surtout changé pour moi, c’est qu’en 15 ans, j’ai eu l’occasion d’en entendre des chanteuses folk, de toutes les obédiences, de toutes les provenances, de tous les talents aussi. Des sympas et des bouleversantes, des rigolotes et des oubliables. A l’époque déjà je connaissais Hope Sandoval ou Lisa Germano et il va de soi que le côté mignon (physiquement aussi d’ailleurs) ne tenait pas la comparaison avec ces deux icônes qui d’ailleurs nous sont revenues récemment. De plus, certaines références pas toujours folichonnes (Score de Dawson, ce genre).

C’est moins pop, plus délicat qu’autrefois. Je m’attendais franchement à ces petites chansons gentillettes mais un peu nunuches, qu’on ne peut apprécier que comme plaisir coupable. Eh bien non, la surprise est bonne. La femme a évolué, le ton aussi, et on se retrouve de nouveau en phase. Exit donc les morceaux plus pop, c’est l’intimité qui est mise à l’honneur. C’est d’ailleurs elle qui a tout écrit et composé, et son collaborateur de toujours, Lars Halapi, est à la production. Il y a donc de définitivement de jolies choses donc You Can Always Log For May, dans un registre intimiste que ne renierait pas Marissa Nadler (la mort en moins), ce qui est une bonne surprise.

Un très bon petit piano donne du peps à If I Could. Cet instrument apporte d’ailleurs souvent une aide précieuse comme sur la plage titulaire. La batterie dans ces cas-là rend le tout trop propre sur soi, en faisant une balade pour série américaine (ce n’est pas une insulte, c’est juste un genre en soi).Le suivant Our Man est plus touchant de simplicité. Et surtout, Ready et sa jolie mélodie proposent une bien agréable et discrète montée en intensité.

La voix est bien plus discrète qu’auparavant, avec une intonation parfois un peu trop faussement expressive. Avec l’écho de The Years, on la sent prête à en découdre avec une Hope Sandoval, typiquement le genre de combat qu’on ne doit pas engager.

Malheureusement, certains titres sont plus anodins (Not With You) ou tournent plus en roue libre (Interior Design). Cette répétition peut fonctionner chez le Velvet Underground, mais pas quand c’est moins vénéneux comme ici. Comme souvent dans ce cas, le petit reproche concernera l’uniformité de l’écoute de l’album complet qui rendra certains morceaux de la fin moins attractifs.

Finalement, la jeunesse, c’est très surfait. La discrète Suédoise peut en effet se vanter de faire bien mieux maintenant qu’à l’époque de son succès. Renversant n’est définitivement pas un mot que j’y accolerais, parce qu’il manque cette parcelle d’émotion pure des toutes grandes. Mais sa voix caressante est au service de jolis morceaux dépouillés du plus bel effet.

http://www.sophie-zelmani.com/

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

10 Messages

  • Ottus – Ghost Travellers

    l faut toujours laisser le temps aux albums de révéler tous leurs secrets, parce que la profondeur n’est pas toujours tangible en première écoute. Sur le premier opus du groupe liégeois Ottus, c’est le côté folk-pop et les harmonies vocales qui plaisent le plus vite et le plus facilement. Certes Run Away propose déjà une belle ampleur mais cette façon peut aussi se décliner en mode plus léger, voire évanescent (The Old Skills) ou se rehausser de chœurs enfantins (Living Stone).
    Mais ils élargissent leur (...)

  • Sharon Van Etten - We’ve Been Going About This All Wrong

    On associe depuis toujours Sharon Van Etten à Shearwater. Outre un copinage qui les a vus partager la scène le temps d’une tournée et de quelques morceaux, il y a cette pureté, cette émotion affleurante qui émeut sans autre forme de procès. C’est un don que certains artistes ont. S’ils parlent tous peu ou prou d’eux-mêmes, certains semblent parler à chaque auditeur en particulier.
    Mais si Jonathan Meiburg a ce chant qui touche à la perfection, il y a ici une fêlure plus qu’humaine. Un peu de fausseté (...)

  • Dekker – I Won’t Be Your Foe

    On a une tendresse particulière pour ceux qui partent d’une matrice folk pour en faire quelque chose d’un peu différent, mine de rien. Parmi ceux-ci on comptait le duo Rue Royale dont un des membres revient en solo sous le nom de Dekker.
    Il s’en dégage un aspect cool et actuel qui plait immédiatement. Il profite notamment d’une haute tenue mélodique (Small Wins). Sa voix immédiatement sympathique, même en mode falsetto (Do It All Again). Et quand le tempo se fait plus soutenu, on entend un morceau (...)

  • Gabriiel – Treasure in The Garden

    Les artistes français pratiquant avec talent des genres folk et dérivés font partie des amis de nos oreilles. On avait déjà ajouté Gabriiel à Raoul Vignal ou The Wooden Wolf à la liste sur foi d’un prometteur premier EP. Evidemment, on est restés aux aguets pour le premier album et on n’a pas eu tort.
    La plage titulaire montre déjà une belle palette, avec ces cordes majestueuses et graves, de belles harmonies avec la choriste qu’on retrouvera tout au long de l’album et une sensation d’ampleur et la (...)

  • Josefin Runsteen - HANA Three bodies (Original Soundtrack)

    Même si on n’est pas exactement un service public, un peu de gai savoir s’impose parfois. Le Butoh est une danse de performance minimaliste créée au Japon en 1959. La danseuse suédoise Frauke a donc demandé à sa compatriote Josefin Runsteen de créer une bande-son pour une performance et c’est ce qui constitue l’objet musical du jour.
    La lisière entre les musiques électronique et classique est fréquentée et c’est dans ce (large) registre qu’on trouve ce HANA. De la musique de danse, donc, mais pas de (...)

  • Annika and the Forest - Même la Nuit

    On l’avoue, un talent féminin éclectique et un peu électronique, c’est quelque chose qui nous plait. On peut penser à Bat For Lashes, Harrys Gym, Jeanne Added, Odd Beholder ou autres et on ajoutera donc la Suédoise Annika Grill et son troisième album.
    On est d’emblée mis à l’aise par un petit air de Metric dans leurs moments les plus gorgés de beats et de guitares combinées (Thinking Crazy). On apprécie qu’Empty Space soit empli de cette énergie. Mais ce n’est pas la seule pour un album qui évolue au (...)

  • Frida Hyvönen - Dream of Independance

    Ce n’est pas parce qu’une artiste nous a marqués fortement qu’elle ne peut pas échapper momentanément à notre radar. Ils faut dire que si certaines de ses productions plus récentes que son album d’il y a 9 ans ne se sont pas signalées, c’est aussi parce qu’elles étaient chantées en Suédois. Et puis la toute dernière fois qu’on l’avait aperçue, c’était aux côtés de First Aid Kit pour une soirée hommage à Leonard Cohen qui fait actuellement l’objet d’une sortie en ce moment.
    Une chanson de Frida Hyvönen, c’est (...)

  • First Aid Kit - Ruins

    Elles en ont fait du chemin, les Suédoises de First Aid Kit. Il y a un peu plus de 8 ans, on les découvrait dans une petite Rotonde en ouverture de Megafaun et Port O’Brien et maintenant elles jouent à guichets fermés après une expatriation réussie aux Etats-Unis. La recette marche donc et les sœurs Klara et Johanna Söderberg n’ont visiblement pas l’intention de la changer. Deux voix à l’unisson, des morceaux au classicisme indéniable mais parfois habités d’une fraîcheur plaisante.
    Ce quatrième album (...)