jeudi 13 décembre 2007, par
En route vers la maturité
Il est toujours agréable d’accompagner la trajectoire d’un groupe, de voir la notoriété d’un artiste qu’on connait depuis les débuts progresser. C’est le cas de Cecilia::Eyes dont le premier EP Echoes In The Attic est passé à la moulinette de notre fringale critique. L’évolution vers le LP est donc logique et nous sommes heureux de voir cet album arriver sur nos platines.
Premier contact avec l’objet et première constatation : ça se professionnalise. Le livret est soigné, le packaging au point (il manque quand même les paroles hihi). C’est un détail peut-être mais dénote une vraie envie de bien faire. Deuxième chose, c’est un certain Pierre Vervloesem qui est aux commandes du mixage. Si on veut se rappeler que c’est lui qui a accouché de l’icône Worst Case Scenario de dEUS, c’est de la référence en béton armé.
Par honnêteté intellectuelle, les écoutes sont souvent nombreuses avent d’écrire une critique, ce qui par ailleurs justifie le décalage entre la sortie et la relation qui en est faite ici. L’avantage est qu’on est d’office familiarisé avec l’album, ce qui nous permet parfois de passer outre des premières écoutes parfois pas emballantes (ne vous méprenez pas, ce n’est pas du tout le cas ici) et ainsi pénétrer des œuvres qui ne s’offrent pas du premier abord. L’effet pervers est que la familiarité s’installe presque toujours, ce qui diminue l’empathie avec le lecteur qui peut parfois se demander pourquoi on s’extasie devant des choses un peu âpres d’abord (Sunset Rubdown) ou dénuées d’intérêt en première analyse (Spoon). Cette longue digression n’a pour but que de préciser que la distinction avec des coreligionnaires ne peut se faire qu’après plusieurs écoutes, quand les morceaux se distinguent enfin les uns des autres et que les évidentes ressemblances stylistiques sont moins prégnantes.
On pourrait caricaturer et dire ce que ça n’est pas. Pas d’écrasement de pédale à l’unisson, le schéma du quiet-loud-quiet est rompu. Non, il n’y a pas pléthore d’arpèges lacrymaux non plus. Pas de violon et une seule batterie. On a donc balayé quelques ressemblances potentielles. Mais qu’on le veuille ou non, ça reste du post-rock dans la façon et dans l’écoute. Mais tous les groupes qu’on regroupe, parfois par paresse intellectuelle sous cette étiquette qui adhère à beaucoup d’expériences sont généralement bons, parce que leurs visées sont plus le plaisir de jouer que la recherche de notoriété. Mais c’est aussi un genre qui comporte presque autant de figures imposées que le patinage artistique. C’est donc dans le dosage que les groupes se distinguent les uns des autres.
J’ai complètement skippé la phase shoegaze dans ma jeunesse, et au moment où je vous parle avaler Loveless (morceau de bois de la vraie croix pour beaucoup) d’un trait n’est toujours pas envisageable. C’est donc en tant que revendiqué non-spécialiste que j’appréhende ces murs de guitare, ces bruissements de corde qui installent avec un talent et une maitrise certaines une atmosphère éthérée, presque romantique (ce n’est pas un gros mot), qui séduit.
Le rêve de s’affranchir de toute ressemblance est illusoire même si tous les groupes dont il sera question, directement ou en filigrane ont leur personnalité. Mais nous ne sommes pas là pour parler des intentions mais bien du résultat. On évitera le toujours fastidieux track-par-track et ce n’est pas dommage car certains titres seront déforcés sortis du contexte de l’album (Clocks). C’est que c’est sans doute d’une traite que cette plaque se consommera. Quand on est d’humeur à ça, tout passera d’un coup d’un seul. L’amateur du genre se sentira trop à l’aise pour qu’on crie à la dérangeante originalité mais c’est donc au choix sur l’ambiance dégagée tout au long de l’album ou sur de ponctuels moments de bravoure que l’intérêt va naitre.
D’ordinaire, les climats plus apaisés ne sont là que pour mettre en évidence des phases paroxystiques. C’est moins le cas ici puisqu’ils peuvent garder le cap longtemps avant de céder à l’envie d’une accélération. Songs for Alda est à ce titre exemplaire puisque c’est l’aspect rêveur qui a été privilégié aux montagnes russes de rigueur et c’est ce qui fonctionne sur la longueur
Les meilleurs morceaux sont ceux dont la mélodie est supérieure. Comme je range Too Late For A Porn Movie ou Songs For Alda dans cette catégorie, le moment passé est meilleur. Il y a une langueur qu’on retrouve moins ailleurs et c’est pour ça que je les proclame meilleurs morceaux de l’album. Et même parmi les grandes réussites du genre, osons le dire après autant d’écoutes. Et c’est sans doute celui qui est le plus personnel. Quand un groupe réussit un morceau, on écoute, on le recommande et c’est tout. Il reste des moments d’un classicisme certain (Shift/Kill) qui pour moi rejoint une de mes découvertes du genre de cette année, à savoir Joy Wants Eternity. Seul le dernier morceau, reposant sur le clavier (joué par le batteur, ce qui explique aussi l’absence de section rythmique), est atypique. Il fait immédiatement songer à ce que fait Eluvium. C’est de toute façon une porte de sortie pour l’album et ne choque pas après ce qu’on a entendu. Voyons ça comme un ami qui vous raccompagne à la porte après un moment passé avec lui.
Beaucoup mieux composé, interprété et enregistré, l’album complet de Cecilia::Eyes confirme le bien qu’on en pensait. L’approche est plus subtile et il en sort une musique plus éthérée et rêveuse. C’est donc plus de climats qu’il convient de parler. Ceux-ci sont très bons mais la pléthore de groupes du genre est une arme à double tranchant. Oui, il y a un public pour ça parmi lequel je me range. Mais la marge de manœuvre pour se distinguer est très mince. J’espère que cette chronique vous aura permis de vous situer. Si le style pratiqué vous est familier, vous aurez tout intérêt à découvrir Cecilia::Eyes.
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