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Feldup - A Thousand Doors, Just One Key

lundi 29 juin 2020, par Marc


Suivre des artistes sur Twitter est presque toujours une expérience enrichissante. Outre ceux dont on est venus à préférer la production sur ce réseau que sur album (Coeur de Pirate est à ce point emblématique), on peut parfois mieux cerner leur personnalité. Quand il n’y a aucune raison de dissocier l’homme de l’artiste, on ne le fait pas. Le Français Feldup (c’est @Feldup_official d’ailleurs) est bourré de talent avec visiblement un poids de la vie qui nourrit cet album franc et direct. Pourtant, ce n’est pas de musique dont il parle sur le réseau social mais de choses de sa vie et surtout de ses créations de jeux en réalité alternée (non, on n’est pas allés vérifier ce que c’est vraiment) qui rencontrent visiblement un beau succès et fédèrent une communauté.

On retrouve donc chez Félix Dupuis ces paroles typiquement post-adolescentes (légitimes chez quelqu’un qui a 42 ans de moins que Nicola Sirkis) d’Attention qui a son petit air de Nirvana et c’est d’une sincérité qui touche. La précocité n’a jamais été ni ne sera jamais un critère de qualité mais on ne peut s’empêcher de penser que les années ‘90, c’est aussi éloigné dans le temps pour lui que ne l’est Woodstock pour moi.

Des fantômes du passé musical surgit souvent un un petit air de Strokes (Failing Apart), avec ce mélange de riff entêtant et de mélancolie auquel on a toujours du mal à résister. Il dit aussi oui aux grosses guitares (A Little Less Cold) et à la mélodie, encore un coup à rappeler les années ‘90 que lui n’a pas connues, avec dualité électrique/acoustique a une longue histoire qui remonte à Neil Young.

Parce que cet album bascule vite vers plus de mélancolie. La balade Take It Slow lui va forcément très bien au teint. Le chant ne perdrait pas grand’chose à être plus assuré, convenons-en (oui, je pratique la litote), cette impression se confirmant au cours des écoutes. Mais aussi, quand la voix pourrait se perdre, la guitare lui porte assistance de bien belle façon (Century Long Fire), le tout pouvant monter en intensité (Almost Gave Up).

Si ça ne dégage pas l’émotion irrépressible et brute de, disons, The Wooden Wolf, c’est plus éclectique et quand il ralentit le tempo et articule un morceau autour d’un arpège (The Spiral), c’est impeccable et trouve le ton juste, même quand le minimalisme est plus poussé (So Heavy). Mais le format brut n’est pas systématique, Mental Health (un thème qui lui est cher) présente un peu de groove qui permet de donner une autre forme à la mélancolie et de présenter un morceau aux multiples visages.

De même, il se dégage une bel langueur d’Almost Gave Up. Il y a même du hors-format avec Stockholm qui forcément propose des changements de braquet. On pense un peu à Radiohead pour le ton plaintif (ou Alec Ounsworth) des parties où le chant mène la danse. Et puis paf il enfonce la pédale de distorsion ou freine et c’est assez formidable. Ce n’est pas tant l’accélération qui est remarquable mais la propension à maintenir l’intensité et à la moduler.

Bravo à Talitres d’avoir signé ce talent déjà là et qui ne demande qu’à se polir. Il rejoint donc une belle écurie (Thousand, Motorama, Raoul Vignal, The Callstore, Emily Jane White) et ne va certainement pas la déparer.

On est toujours surpris de voir des chanteurs adopter des références plus âgées qu’eux. Si rien n’est un hommage appuyé, c’est une démarche débrouillarde et éclectique des années ‘90 qui est remise à l’honneur. Et comme les morceaux qui en résultent sont enthousiasmants, on en déduit qu’on s’est fait un nouveau pote musical, un artiste jeune et déjà bien affirmé qui est non seulement arrivé à raviver de fort bons souvenirs mais livre des morceaux qui comptent en cette année 2020 tout en ayant encore une belle marge de progression.

Article écrit par Marc

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