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Séance de rattrapage n°13 - On liquide

dimanche 25 décembre 2011, par Marc

On vide les étagères


A la demande générale de ma liste de courses qui s’allonge de jour en jour, quelques albums écoutés (parfois copieusement) mais qui ne m’incitent pas à l’épanchement.

Bardi Johannsson - Selected Film & Theatre Works

Avec Keren Ann, Bardi Johannsson avait formé le duo Lady and Bird, qui était tout ce que je connaissais de lui. On le retrouve ici pour un autre versant de son talent de pianiste et compositeur. Servir une compilation de musique qui ont toutes servi de support pourrait sembler un peu aride une fois enlevé le spectacle de base. Pourtant il n’en est rien. Ou presque. Il manque évidemment un enjeu, et cette musique impeccable passera plus en fond que pour susciter des émotions diverses et variées. Une fois cette précaution prise, on peut dire que tout s’articule autour du piano, qu’un violon (souvent synthétique) vient enluminer le tout, et que le groove n’est même pas absent (Red Death 1 & 2). Cet album aura donc plusieurs mérites. Un plaisir d’écoute simple, même si presque exclusivement réservé à un fond sonore, et puis la mise en lumière d’un talent à suivre.

The Besnard Lakes - You Lived In The City

Etrange idée pour l’excellent groupe canadien de mettre en son un reportage sur une ville fantôme disparue après la fermeture des charbonnages. Outre le thème, on retrouve sur la lancée des deux premiers albums leur espèce de post-folk arrêté, avec un espace grand comme ça. Même quand il s’agit d’une reprise du groupe canadien Trooper (We’re Here for a Good Time), le chorus en devient une terrifiante et lente procession de brouillards. Le début d’Holiday Sin utilise des claviers qui m’ont rappelé Pink Floyd. C’est aussi majestueux et non dénué de tension (Winter Never Comes). Complément indispensable des albums pour ceux qui s’intéressent à ce groupe singulier, cet EP fera patienter ceux qui comme moi ne se lassent pas de ces discrets orfèvres.

Gazelle Twin - The Entire City

Si vous abordez cette artiste anglaise sans aucun point de référence, le plus facile à trouver est sans doute la froideur hiératique de Fever Ray, aride exercice solo de Kristin Dreijer de The Knife. Donc, sans se lancer dans un jeu des sept erreurs, ce sont ceux qui ont apprécié ces intrigantes productions suédoises qui seront intéressés au premier chef. Mais comme certains, je préfère celui-ci. Question de distance, de sensibilité, de point de vue. De plein de choses irrationnelles et personnelles donc. Il y a une tension qui couve sous la surface, palpable sur View Of A Mountain. Grâce à la mise en son impeccable, on ressent ces choses, et puis la voix sait se faire chaleureuse (Nest). Ou beaucoup moins, avec des airs d’une Lisa Gerrard qui se serait égarée dans des bas-fonds en sortant de sa forêt d’Elfes. Je regrette de n’avoir pas plus à dire à propos d’un des albums les plus intéressants de cette année. Je le conseille donc sans réserve.

John Maus - Tones

Une voix caverneuse (et, comme il se doit, noyée d’écho) digne d’Ian Curtis sur des sons presque disco, c’est le curieux mélange de John Maus. Quand elle se combine à une mélodie plus positive, c’est forcément décalé. Ce terme est celui qu’on utilise dans une acception positive, mais force est de reconnaitre que le premier qualificatif qui m’a traversé la tête, c’est ‘grotesque’, du moins quand il se prend pour voix off de film de série b (Quantum leap). Dans les moments les plus sympathiques, c’est de l’electro-pop à forts relents années ’80 (The Crucifix), voire de Pet shop Boys en cave (Head For The Country). Ce morceau semble échappé d’une compile millésimée. Plutôt Discover Bastos que batcave d’ailleurs. Laurent avait mieux goûté ce mélange qui m’a laissé bien perplexe.

Okkervil River - Golden Opportunities 2

Pour Okkervil River, il y a plusieurs façons d’être généreux. En donnant tout sur scène et en ébouillantant le public d’abord. Et puis en récompensant cet auditorat par ce petit supplément de reprises gratuit d’argent. Je ne connais aucun des titres d’origine, ce qui élimine l’aspect blind-test au profit de la découverte. It’s So Nice To Get Stoned est également joué en concert mais son climat languide est plus adapté aux conditions d’écoute au casque. Ce petit recueil est donc agréable mais n’a le potentiel dévastateur que cette formation hors-normes peut produire, même si Plan D en donne un petit aperçu. Rendez-vous sur leur site de toute façon.

Pierre Lapointe - Seul Au Piano

La flamboyance de Pierre Lapointe peut ne pas trouver d’écho, mais une fois mises à nu, ses chansons gardent toute leur saveur. Il n’est pas interdit de les préférer aux versions des albums d’ailleurs. On réécoutera donc avec plaisir 27-100 Rue Des Partances, Tous Les Visages, De Glace ou une relecture plus simple du plus pop Deux Par Deux Rassemblés qui tient très bien le choc. Et puis il y a pour moi qui ne connaissais que La Forêt Des Mal-Aimés quelques belles découvertes comme Le Bar Des Suicidés (morceau le plus populaire selon les réactions du public) ou Moi, Elsie. Sur la longueur, on peut dire que 16 titres ça pourrait paraitre uniforme, mais non, rien ne lasse, même si on doit avouer du bout des lèvres que l’écoute intégrale peut se révéler plombante (malgré des morceaux plus incongrus ou de volonté humoristiques qui me plaisent moins). Ce n’est donc qu’un pan de son talent, mais le plus indiscutable.

Small Sur - Tones

Oui, c’est certain, il reste une quantité impressionnante de groupes à découvrir dans ce qui me plait. Outre le désir de parler de ce que j’écoute, il ne faut pas voir d’autres raisons à la pérennité de ce site après près de 8 ans d’existence. On pense à la déprime chronique de Sophia, à Gravenhurst quand Talbot ne branche pas l’ampli, avec un chouia de pedal steel (mais discrète, je sais qu’il en est que ça rebute). Même discrète voix de tête, mêmes répétitions, un peu de violon en renfort. Tous ces ajouts sont subtils, ne viennent jamais occuper le devant de la scène. Cet album, c’est l’éloge de la lenteur, de la répétition, de la langueur. Si ces termes ne vous semblent pas injurieux, un petit détour par Small Sur pourra vous être bénéfique.

Tokyo Police Club - 10x10x10

Outre le talent et l’énergie, on peut reconnaitre que Tokyo Police Club ne se prend pas toujours au sérieux. 10 reprises empruntées aux 10 dernières années, enregistrées en 10 jours (avec des renforts divers et variés) et paru le 10 octobre, voilà le concept. Il s’attaquent à des trucs un peu limite avec un faux sérieux assez réjouissant (Since You Been Gone de Kelly Clarckson, Party In The USA de Miley Cyrus, agrémenté d’une énumération d’états), ou de façon frontale pour les morceaux plus respectés (All My Friends, ce genre) mais on se doute que ce sympathique exercice a du apporter plus de plaisir à ceux qui l’ont fait qu’il ne dégage d’intérêt intrinsèque.

Washed Out - Within And Without

J’ai souvent montré mon aversion pour l’electro un peu molle, mais ce Washed Out m’a fait changer d’avis. On pense entendre Yeasayer qui se laisserait aller dans un bain moussant (Eyes Be Closed), ou Engineers ayant acheté des synthés. Je me suis laisser aller sur le formidable spleen de Far Away, à tel point que le plus scintillant Before est accueilli avec un peu de réticence, parce qu’il cadre moins avec cette musique pour s’envelopper, pour se laisser aller sur le bien nommé Soft. Il est bon de ne pas s’emballer, mais de revenir encore et encore sur un album. J’ai développé cette addiction non toxique avec Washed Out.
Article écrit par Marc

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3 Messages de forum

  • Séance de rattrapage n°13 - On liquide 25 décembre 2011 17:12, par Mathusalem

    Gazelle Twin...J’aprouve, très bon album !
    Ca sonne méchamment scandinave (Dans la veine des Fever Ray, Lykke Li et autres Jenny Hval...) Et pourtant Elizabeth Walling est bel et bien de Brighton...Hààà la la... Cette mondialisation quand même !...

    Répondre à ce message

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